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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 22:36
La ballade des amis perdus

 

 

dans les rues jaunes de pristina

dans ton jardin sous la colline du cimetière juif

et la ligne à haute tension

et les ordures et les épaves et les crânes d’animaux

tu ne voulais la guerre de personne

tu prenais les armes à regret entre une bouteille de sufi

et un poème marin du vieux

melville

il n’y avait pas plus ridicule ni

plus noble que toi

quand tu rêvais à voix haute d’emmener dans

un pays tranquille

la femme qui ne t’aimait plus

et les enfants que tu aimeras toujours

depuis là-bas

 

allah te garde et réciproquement

dans votre foutue vie éternelle

ibrahim

 

 

dans les champs de cailloux de

la marne (et soyons honnêtes

de limon) sous les serres par quarante degrés

et sous un gentil déluge

dans les planches de fèves

de courgettes de laitues à la noix

dans le hangar puant le jus de merde de poule et

les patates pourries

dans le camion serrés coude contre coude avec

notre vieux copain ben

dans les rues brûlantes de cette bonne ville de meaux

de merde

avec ton vélo aux pneus toujours crevés et

tes lunettes tordues et

tes chaussures de terre et

ton visage cramé par le soleil et

tes interminables discours sur la grande théorie du merdier tout cosmique

tu étais le lièvre de meaux

aux dernières nouvelles tu es

avec les cowboys d’australie à nddl

à la morgue du coin ou celle de chantilly

 

marx te garde et réciproquement

dans votre foutue dialectique éternelle

arnaud

 

 

dans les rues de juillet de paris désertées par

les indigènes et hantées par

les fantômes des

touristes

avec tes vêtements toujours noirs

tes cheveux aux quatre vents quand

il y avait quatre vents et

que tu disais que c’était la terre qui

respirait

avec ton pc portable à 15.000$ et

tes écouteurs branchés sur la radio de

hong kong et

tes yeux de déesse chinoise qui fait semblant de

ne pas voir et

voit tout

avec ton sourire aussi rare et plus étincelant que l’arc-en-ciel de

l’arrosage municipal du 19e arrondissement

et tes phrases sorties du VIe siècle

avant le sauveur et qui détruisaient tout

tu étais l’emblème de toutes les résistances

solitaires à venir

aux dernières nouvelles il n’y a pas de

nouvelles

j’ai changé sept fois d’adresse et de téléphone et

toi tu croupis dans une prison chinoise ou

au conseil d’administration d’une multinationale que

tu anéantiras de ma part

j’espère que ton visage est intact

et tes oreilles et ta langue et tes doigts et tes cuisses

quand dans les mois de juillet trop solitaires je me branle en regardant

une photo de

jennifer chen (la championne de billard)

c’est parce que tu voulais qu’il n’existe aucune photo

de toi

 

et je crois que dans mon alphabet

à la con ton nom s’écrivait

jen

 

 

dans les nuits et les jours les fêtes mobiles

sur les toits de la capitale du crime

spirituel

tu buvais le vin de la vie intacte

avec ta jolie femme de 40 ans et

vous emmeniez ma chérie dans

des labyrinthes debordiens jusqu’au bout du petit matin

à l’époque où elle n’était

pas encore ma chérie et où je n’étais

pas encore un homme des bois

j’ai entendu le récit de tes virées

dans les pays de l’amitié

je compte bien boire autant que

toi toutes ces choses qui font

d’une vie infiniment brève une vie infinie

ma chérie prétend que je ne t’ai vu

qu’une seule fois

dans un hangar de fontenay sous bois mais je te vois

debout

à mon trentième anniversaire à fontenay aux roses

un verre de vie à la main devant le tableau des pavots

grand comme un ours et souriant comme un loup

attentif errant heureux

tu serrais les mains comme on touche les arbres

tu bâtissais je ne sais quoi dans un monde mûr pour

de nouveaux dialogues entre

les prêtres et les moribonds

 

veille sur moi où que tu sois maintenant que

tu es tranquillement partout

ton foutu verre de vie à la main

hubert

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 09:00

Où es-tu, mon fils?

 

Où marches-tu? Au milieu de quels dangers absurdes? Au milieu de quelles merveilles jamais vues?

 

Quels auront été tes premiers mots? Dis-tu encore ba! pour montrer ce qui t'émerveille? Dirais-tu encore pa-pa! si tu me voyais?

 

Qui sont tes premiers amis? Touches-tu toujours doucement leur visage pour vérifier qu'ils existent? Debout, les regardes-tu toujours de loin enfermés dans leur bac à sable pendant que tu explores les environs sans même tenir ma main? As-tu déjà rencontré celui, celle qui te suit et t'emmène? L'as-tu déjà perdu, l'as-tu déjà perdue?

 

Es-tu souvent trop seul avec ta peine, trop seul avec ta joie, avec si peu de mots pour les chanter, avec si peu de gestes pour les danser, aussi peu que j'en ai?

 

Pourras-tu t'empêcher de m'en vouloir d'être loin, et de ne pas savoir le chemin pour revenir?

 

Te souviendras-tu que je suis ton père de chair et de coeur? Sauras-tu le chemin?

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 06:40

Une gorgée de vin, la parfaite et comique vision d’une ville anéantie et la compagnie de quelques amis insouciants en apparence tandis qu’ils marchent vers le nord suffisent à remplir mon âme d’ivresse.

 

Ma femme attend là-bas sagement ou pas, allez savoir, mon retour au matin, et ses seins bruns parfaits sous la soie noire et ses mains aveugles et ses yeux qui n’oublient rien, j'espère, de nos courses radieuses et folles à travers le temps.


Mon fils rêve de planètes merveilleuses où la parole à elle seule fait le mal et le défait, comme le vent sous mes yeux joue vert et jaune à la surface du canal dix mètres en contrebas, et ses mains restent sur les draps paumes ouvertes, immenses cartes glorieuses et tendres, sûres de tout décrire, de tout toucher, de tout ouvrir au matin, si proche déjà!

 

L’aimée sur les rails, imprévisible source, est partout présente, elle qui ne le sait pas encore, et même si je ris pour me jouer de cette infinie distance entre les murs immaculés, ce rire sans fin bénit le monde.

 

La nuit est traversée de quelques solitudes. Aucune ne m’attriste. Aucune ne m’arrête. Certaines m’émerveillent. Toutes me réjouissent. Toutes sont inutiles. Bof. Quelle comédie!!!

 

Je joue pour le temps. Le temps joue pour tous. Et peu m’importe que tous ne jouent pas. Je ne suis pas—Je suis—Je suis ivre—Je veux dire infini. En attendant que la sortie vienne à moi tranquillement, Ariane ou pas, j'ai saboté toutes les horloges.


A six heures en face de la gare du nord ce sera tout de même quatre croissants, trois oeufs au plat, une belle tranche de bacon et un grand chocolat chaud siouplé.

Barataria, 2005

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 06:34

Je traverse les rues et les rues me traversent.
La ville dort tout entière et ma richesse est infinie.
Autrefois j’aurais désespéré d’être seul à la pressentir, la savourer.
Aujourd’hui je suis sage, et fou, je me réjouis seul, mon esprit est en paix.
Mon corps malgré la nuit passée au dehors est brûlant de force.
Les mots simples sourdent dans mon cœur
comme au flanc d’une montagne après l’orage.
Plus rien n’a d’importance.
Vers la porte de Montrouge à cinq heures trente-sept du matin une idée me vient.
Je vais courir le monde, voir si mon bonheur tient là où personne,
Aucun, aucune de ceux que j’ai connus,
sauf elle peut-être,
ne pourra jamais rêver d’aller,
par peur de perdre ce qu’ils ne possèdent pas.
Je suis l’amoureux infini.
On n’a pourtant jamais vu plus raisonnable que moi.
J’allume un cigarillo, je relève le col de mon blouson trempé,
je souris déjà.
Et l’aube est peuplée d’autres rieurs
qui acquiescent.

 

Barataria, 2005

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 10:21

 

 

 

 

Je suis tout et toute chose.
Huit ou quatorze mains bois allumettes tunnel olives torches caravane hérissons merde pinceaux verre cigarillo rues pluie cheveux vent parapluie piles rails escargots fleuve herbe pont feu rouille lumière acrylique géomètre
déluge arbre mains, encore.
Derniers jeux innocents.
Alors je levai un à un les voiles.
Eh ben les mecs je crois bien en avoir assez vu par ici. Cette ville est morte depuis 50 ans à vue de nez. L’un des vieux l’disait déjà. Maintenant tentons une vraie sortie, si ça vous dit. Sortons des tranchées de liberté qu’on nous a mesquinement laissées, petites, grandes ceintures parisiennes, on pourrait même les faire infinies, contemplons ce gâchis, ce désert, ce bordel négatif, et croyons le vieux fou.
Tout a d’ores et déjà été réglé.
Paris is dead. Dead Town for Dead Men and Dead Young Women.
Je n’ai plus désormais qu’un projet qui vaille : QUITTER LE MONDE.
Mourir ? Nous nous sommes mal compris... JE REVIS. Désolé… c’est vous les morts… Quant à mourir avec vous ? Mourir ici !? Plutôt vivre !!!
Laissez-moi 8 mois pour préparer ma dédaigneuse évasion et celle de quelques êtres chers, si possible dans des directions opposées selon le fameux principe de dispersion : moins on est de rebelles sur le même chemin, plus il faut d’obus de 150 mm ; moins on est de personnes en situation irrégulière dans la même maison murée, plus il faut d’indics ; et moins on est de guerilleros du verbe dans la même forêt de signes, plus il faut de rentrées littéraires.
Allez où vous voulez, ce n’est une question ni de kilomètres, ni d’heures de vol, moi je prends au sud-ouest ou au sud-est, je ne sais plus, j’ai le choix entre sauter les Alpes ou l’Atlantique, les skis de fond, le cheval ou le cargo bananier, je verrai ça au dernier moment après consultation de l’Indien fou, de l’ingénue Thrace, du combatif Gamin et du Cheval dont il est question.
Dans 8 mois en tout cas, bye bye les pourris, mes prosopoèmes à venir seront écrits dans un français tzotzile ou grec ou khirghize, merci, vous pouvez garder votre camelote académiologique, revendre ailleurs vos manuels du parfait manager et remballer allegro vivace votre civilisation de goules.
Je veux me souvenir juste d’une main froide dans la mienne sous le déluge qui cesse abruptement, d’un boulevard dont le quart d’une heure nous sommes silencieux les princes aériens, d’une fille qu’on veut défigurer que j’arrache à la meute, du vieux fou de Chinois sous l’église qui parle toujours pour moi, du labyrinthe à Picasso où la fille en formes me sourit, du type qui enterre son fils et ramène ses vêtements dans une valise que je porte sans effort, du pylône rouillé qui tangue quand j’écarte les bras pour voler, des tunnels quand on est au milieu et que la sortie visible à peine encore fait le huitième de l’ongle du petit doigt, des cheminées de béton où accroché aux barreaux rouillés à trente mètres tu comprends que si tu lâches tu es mort et tes copains sont dans la merde, d’une jeune québecoise qui me fait fumer tous les jours son infâme poison à rêver le présent, d’une fille qui m’invite à visiter son hangar à bateaux vers minuit et d’une autre qui frappe en maillot de bain à la porte de ma cabine. Et puis bien sûr il y a pas loin le fou de la Vallée des 15.000 livres et le cerf quand je courais des heures sans perdre haleine, et Laura à cheval et notre ancien champ de maïs neuf et les renards et les corbeaux qui t’avertissent que le temps brûle.
Je ne vous laisserai pas rassurez-vous sans quelques mots d’explication, quelques paroles salvatrices, quelques formules bien trempées, quelles recettes douces-amères de derrière les lignites, histoire d’inviter ceux et surtout celles qui le méritent à définitivement (dans un avenir que je leur souhaite infiniment proche) METTRE LES BOUTS.
Sachez donc que, dans l’ordre :

 
1) IL N’Y A NI ESPACE, NI TEMPS.
2) RIEN N’EST POSSIBLE. TOUT EST, OU N’EST PAS.
3) L’AMOUR EST ASSOCIATIF, COMMUTATIF, DISTRIBUTIF ET OPERADIQUE.
4) JE SUIS MILLE FOIS. (EVENTUELLEMENT LE PLUS PAUVRE, LE PLUS RICHE.)
5) DEUX ET DEUX FONT UN.
6) L’ECONOMIE EST UN ACTE FAUX.
7) SOIT ON MEURT, SOIT ON EST IMMORTEL, SOIT VOUS ÊTES UN HOMME, UNE FEMME ETRANGE.
8) LA SOCIETE SE CROIT SEULE, ET IL Y A VOUS.
9) L’ÊTRE AIME LE NEANT. LE NEANT AIME L’ÊTRE.
10) LA MACHINE N’A JAMAIS RAISON.
11) LE POUVOIR EST UNE CHAISE POURRIE.
12) LA TERRE N’EST PAS UN MONDE.
13) MIEUX VAUT NE RIEN VOULOIR PLUTÔT QUE VOULOIR LE RIEN.
14) ULYSSE REVIENT.
15) APRES L’INFIME DEDANS, VOICI L’INFINI DEHORS.
16) L’ESPRIT EST LA CHAIR.
17) LA VERITE EST INFINIE.
18) LA SITUATION A DEJA EXPLOSE.
19) TOUT COMMENCEMENT EST ABRUPT.
20) VOUS ÊTES LIBRE A TOUT MOMENT DE VOUS LEVER, ET DE PARTIR.


De rien.
Quelque part entre l’être, le néant, un échiquier et une bouteille d’un bon cognac,
Le soi-disant 2 octobre 2005.

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