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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 14:11
 

Une criminelle conversation en version intégrale au format pdf sur:

http://parolesdesjours.free.fr/conversation.pdf

 

 

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Après les émeutes de novembre 2005, un ami peintre me proposa de composer un petit livre d'art avec quelques poèmes et dessins parce qu'il en avait l'occasion dans les sous-sols d'une école des Arts & Métiers. C'est à ce moment que j'écrivis le texte sans ponctuation "Furieux de ces bagarres". Le titre absurde me fut inspiré par les déclarations plus absurdes encore du parti politique majoritaire de l'époque. J'étais en pleine lecture de Joyce et de Sollers après des années à lire Hemingway, Rimbaud, Villon, Sade et autres dangereux émeutiers dont les activités avaient justifié en leur temps la déclaration de l'état d'urgence dans divers systèmes politiques bien réglés  et je me lançai avec passion dans la "parole sans virgule" avec des ambitions hyper-démocratiques tout sauf avouables. La composition du livre était plus difficile que prévue et mon ami peintre me demanda de couper sauvagement dans le texte, ce que je fis sans rechigner, le ramenant à 200 mots qu'on peut lire dans ce qu'on appelle bêtement un "livre d'art" tiré à 15 exemplaires justement intitulé Furieux de ces bagarres et dont il reste encore un spécimen quelque part dans les profondeurs inhospitalières de la nouvelle Bibliothèque Nationale de France.

 

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L'été suivant je partis vivre sans femme ni enfant quinze jours sur l'île de Sein, à quatre milles nautiques au large de la Pointe du Raz, pour y finir la rédaction d'un thriller politico-nucléaire qui devait me rendre riche et célèbre. Mais une fois installé au premier étage de l'hôtel Ar Men, avec l'Océan atlantique qui remplissait toute la fenêtre, un tourteau mayonnaise arrosé d'un petit blanc dans le ventre, quinze livres éternels dans mon étagère et une bouteille de rhum posée sur une pile de feuilles vierges, impossible de continuer le manuscrit entamé. L'île avait pris la parole. La mémoire avait pris la parole. Furieux de ces bagarres dans une main, mon stylo dans l'autre, j'écrivis les cent pages d'"Erriverevie" en treize jours sur une vraie table d'écrivain que l'une des deux patronnes de l'hôtel me proposa gentiment de monter dans la chambre numéro 5.

 

Le résultat une fois tapé à la machine ne faisait pas encore un livre, après une quinzaine de scènes d'action physiques et intellectuelles authentiques mais incredible il y manquait une scène d'amour digne de ce nom. Trois mois plus tard, je passai trois jours à peu près seul dans un petit appartement de la rue Barrault, à quelques mètres de là où avait habité Sebald, et j'écrivis l'épilogue de ce livre en respectant toujours la même méthode: n'écrire que des choses réellement vécues ou souvenues le jour-même.

 

Je me souviens avoir pensé tout au long de ces jours d'écriture, sur Sein ou à Paris, que cette espèce de monstre serait sans aucun doute possible mon premier livre publié. Pour la première fois de ma vie j'avais composé un long texte d'une centaine de pages aussi rigoureusement et aussi scrupuleusement qu'on monte un bateau à voile destiné à traverser les océans, et je l'avais fait en y distillant l'essentiel de tout ce que j'avais vécu et appris et aimé et trouvé et perdu en vingt-huit ans. Je l'avais fait en ayant lu Paradis 1 et 2 de Sollers et ce qui se faisait de mieux dans la "littérature" française des années 2000 et j'étais sûr que mon texte était à la hauteur, voire en avance sur certains points grâce à Heidegger dans le texte, aux Balkans dans le texte, à la Z-machine dans le texte, à la belle Lilas dans le texte et à Sein dans le texte.

 

Je n'ai jamais reçu de réponse positive d'un éditeur pour Une criminelle conversation et lorsqu'un ami écrivain m'a demandé, il y a quelques années, pourquoi j'avais écrit ce livre, je me suis retrouvé parfaitement incapable de répondre.

 

Aujourd'hui je dirais, avec le sourire d'un homme qui a perdu la moitié de sa vie et qui n'en fera jamais le reproche à personne: "Parce que j'étais ivre."

 

Ou plutôt: "Parce que je suis ivre."

 

Fontenay, le 6 oct. 2012

 

 

 

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  Furieux de ces bagarres

 

davar parole qui s’étale et les eaux fonts escales verbe qui s’époumonne le firmament s’étonne me voici les voilà et la couche de rosée se leva alors sur la surface du désert il y avait quelque chose de fin de crissant quelque chose de fin comme du givre sur la terre recueillez-en autant que chacun peut manger on dirait toutes choses dévalent par ailleurs que les cris dans cette rue posée là pas au hasard laissez le hasard venir à lui-même disent autre chose encore vous avez remarqué comme vous avez vu ou plutôt entendu ou humé ou senti ou goûté quelque chose comme une fugue l’écho devenu contagieux loquace les peaux pestifères polyglottes et les yeux aveuglés dessillés l’oreille enclose déclose éclose et vagabonde langoureuse langue salée statufiée humidifiée désaltérée revigorée prend congé au revoir mes amis les ennemis polis messieurs les membres de la confrérie des neutres et des tièdes les robots prix d’usine et les affriolantes prêtresses du lent suicide de tous chères confessantes chères confessées mal fessées chers piloris chers pylônes chères rambardes glissières de sécurité chers canaux passages à caniveaux adieu chères bavardes âges d’or et d’airain de fer de plomb de mercure plutonium césium strontium usage civil garanti et la preuve la voici grâce à la félectricité oiseuse jeunesse déboulant des tours courte mort des miracles oisive racanaille à tout asservie babel en direct babel à l’envers antibabil c’est au programme rénovation destruction construction expansion d’ailleurs je ne sais pas si vous avez remarqué mais langue unique guerres puniques par un ami qu’on a trouvé le moyen d’essayer de m’y associer refus net et circonstancié du désintéressé mon cher compagnon d’enquête la différence entre le verbe et un gratte-ciel langue même pas pulvérisée atomisée donc atomique vingt-six briques lego de la physique génétique antimatière antigenèse antipoème dépouillent adam de sa tunique lumineuse brise des brises pourtant mêlant boue et nuage et plus rarement poussière de pierre à encre à la pointe du roseau de la plume du pinceau et toi tu es là en pleine rue en est-ce encore une face impassible drôle impossible pas irascible pour un pou contemplons le spectacle de cette société deux trois six mille pelletées infernales blocs de poux dans les artères des cités depuis le ciel aurore du mal paraboles parasites satellites qu’est-ce qu’elle a ta télé micro urovision vous avez là l’explication du phénomène la ville brûle la nuit labyrinthe de paille et cette fille juliette inquiète qui m’observe au balcon suis-je un flic un casseur un rg photographe journaliste ou les cinq quel rôle dans la typically french farce menée par tous client voleur truand serial killer dindon égaré ou don juan motivé ou les six elle préfère en tout cas fermer les yeux et les stores elle hésite me regarde encore son visage a rejoint l’ombre on se bat au bout de la rue que voulez-vous c’est novembre il fait nuit à cinq heures et ça se ouh la la se rapproche je salue et me sauve dans la paix de l’aube on cherche des coupables on évacue les ruines en remuant fort la bouche mais là voilà figurez-vous nos figues que moi nous peut-être transparents disparents ici bas ici ou là ni furieux ni apaisé ni innocent ni coupable infiniment mêlé infiniment tissé métisse et métissant infiniment tressé infiniment fluide je traverse les ponts et le fleuve me traverse que le piéton regarde à ces clairevoies il ira plus courageux et je franchis les herses barricades inoxydables compagnies républicaines de sécurité sécurité républicaine de la compagnie sécurité compagne de la république cavalcades rembrunies évacuations bidon occupations fébriles pendant que tout l’espace nous appelle assoiffé ils marchent en cercle dans la nuit et le feu social les consomme et il y a quelque fois pendant qu’on crie au crime et qu’on laisse s’éborgner dans des millions de cages des millions de cyclopes momies distraites croquant coquettes leurs croquettes en fameuse famille écrans partout étalés étoilés comme les poux fenêtre du contrôle lucarne et meurtrière ouverte sur le tout par tous coûte que coûte tentez-nous par le cou même si ne valons bien sûr dans cette vallée de charmes pas le câble pour nous vendre ni les chaînes pour nous distendre mais j’accélère à tort à mort au moment où la vie en moi par tous les ports s’insufflent noires mes moires à moi à toi miraculeuses armes invisibles langue putrescible et partant rayonnante aurore ironique irénique iroquoise et pantoise dans la lutte reffrénée dont je leur ai pourtant tu que je prenais congé la voix du saint homme étant bien entendue d’agir sans lutter mais eux que voulez-vous sauvez-vous qu’ils disaient et l’argent l’argent en nous mettant la morgue au cou par coup à tous les cous tout à dégoût mais j’étais déjà loin et par délicatesse tout enfant que j’étais j’avais perdu leur vie leur vie de grosses bêtes hippopotames affalés alligators défalqués phacochères esseulés zoo limite désaffecté professeurs falsifiés copines mal déflorées école universelle l’étroit de l’homme pénitentiaire quand est-ce qu’on trouve un homme un vrai pas un écolier un qui nous tient nous détient nous maintient nous baise nous  entretient nous poétise à mort nous déglace nous paie des glaces dans la galerie des classes nous habille à la page nous laisse en héritage mais le voilà qui flirte avec l’étrange sensuelle peu consensuelle insaisissable fille de l’ennemi la prend nous la ravit i te se lioubiat v planinata gorata daje parkingite rivaux galvanisés pendant que j’errais avec mes livres mon jeu d’échecs et mes désirs par les sentiers du harz au milieu de la foule dégoulinante des goûles endormies fausses pierres je dormais moi aussi mais je dirais que c’était l’envers de leur sommeil l’envers de leurs rêves et quand tu rêves que tu dors tu dois te réveiller deux fois sur l’échiquier prise en passant pour revoir le soleil et les goûles qui bien évidemment sont toujours là confites et recuites et pituites en fuite à la moindre vraie parole métrissée double dragon de feu mexicain sans adresse dans ce désert elle est où ta bagnole ne parlons pas de l’homme dont les sandales sont restées sur les flancs du volcan ni de forêts noires ni du mythique dédale ou du praguois cosmique du ci-devant fou révolutionnaire du neckar enfermé dedans enfermé dehors il trouve toujours le sud und neues leben kommt aus der menschheit wieder ni du trafiquant dans l’inconnu ni des buveurs d’amérique et d’irlande mort trois fois le premier aveugle douze fois le second et pourtant l’un a dit voilà et l’autre sprakin sea djoytsch à tous ces golbasto momaren evlame gurdilo shefin mully ully gue très puissants empereurs délices et terreurs de l’univers dont les terres s’étendent sur cinq mille blugstrugs environ douze milles de circonférence autant dire jusqu’aux extrémités du globe monarques du monarque plus grands que les fils des hommes et dont les pieds vont jusqu’au centre de la vase et dont la tête touche les mauvais présages dont un hochement de menton ébranle les genoux du quark mous comme leurs printemps compulsifs comme leurs étés inféconds comme leurs automnes plaisants comme leurs hivers mais moi zorro ulysse que voulez-vous quand je les vois j’ai mes yeux dans ma tête soudaine iridescence homère isomère involucre victoire invraisemblance immense désertique désertion voici l’épiphanie les étoiles aussi pures en ce vingt-trois septembre que les sources où j’ai bu parfois dans la montagne en amont des troupeaux à l’heure où j’avais dans mes poches deux billets de cinq cents un canif une boussole le livre des monts et des mers veille ivre de bonheur vierge parmi les miens endormis mon carnet posé sur un toit debout dans la ville silencieuse je bois toute lumière et toute obscurité vêtement pour la lumière comme le corps est un vêtement pour l’âme toute ténèbre aussi ici et partout comme ailleurs au degré de hideur et d’abjection près mais s’il est vrai gouldberg que l’intention de l’art n’est pas l’éjection ponctuelle d’une giclée d’adrénaline mais plutôt la construction graduelle une vie durant d’un état de grâce et de sérénité alors salut les artistes et tant pis si j’me trompe vous voici me voilà je marche apparemment sans plan précis de jour et de nuit et le feu me nourrit pour quelque temps encore et d’ici là si peu mort j’aurai personnellement et certains ama mén praos ama dé khalépos m’en voudront sans le vouloir et je ne leur en voudrais pas même si je le voulais construit graduellement en moi une vie durant l’embruon redouté dépisté et d’autant plus furtif irrepérable irrécupérable o that this too too solid unsufficiently sullied flesh would melt thaw and resolve itself into a dew corps glorieux impassible agile subtil et clair la clarté jaillit deux fois comme un courant rapide de même je viens comme brûlant comme mort comme abandonné une fois obturées les trente-neuf portes de la mort dénoués les douze noeuds et unis les neuf souffles longue vie des hommes étranges poissons oiseaux serpents salamandres bu yi bian yi jian yi mes os sont d’or et ma chair est de jade et ma chair est mon verbe jade jaune chaire chair éclatante sainte jolie délicate vulnérable elle est indestructible infiniment sensible à la désolation du monde elle est infiniment sensible à la joie de la terre respire souffle des souffles condensé transitoire et tranquille elle anime le ciel désespérée elle espère tout magnifique elle disparaît enfantine elle plaît infailliblement muette elle parle encore inconnue elle m’habite quiero decir vive


Paris & Environs,
6 juin 2006


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