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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 10:21

 

 

 

 

Je suis tout et toute chose.
Huit ou quatorze mains bois allumettes tunnel olives torches caravane hérissons merde pinceaux verre cigarillo rues pluie cheveux vent parapluie piles rails escargots fleuve herbe pont feu rouille lumière acrylique géomètre
déluge arbre mains, encore.
Derniers jeux innocents.
Alors je levai un à un les voiles.
Eh ben les mecs je crois bien en avoir assez vu par ici. Cette ville est morte depuis 50 ans à vue de nez. L’un des vieux l’disait déjà. Maintenant tentons une vraie sortie, si ça vous dit. Sortons des tranchées de liberté qu’on nous a mesquinement laissées, petites, grandes ceintures parisiennes, on pourrait même les faire infinies, contemplons ce gâchis, ce désert, ce bordel négatif, et croyons le vieux fou.
Tout a d’ores et déjà été réglé.
Paris is dead. Dead Town for Dead Men and Dead Young Women.
Je n’ai plus désormais qu’un projet qui vaille : QUITTER LE MONDE.
Mourir ? Nous nous sommes mal compris... JE REVIS. Désolé… c’est vous les morts… Quant à mourir avec vous ? Mourir ici !? Plutôt vivre !!!
Laissez-moi 8 mois pour préparer ma dédaigneuse évasion et celle de quelques êtres chers, si possible dans des directions opposées selon le fameux principe de dispersion : moins on est de rebelles sur le même chemin, plus il faut d’obus de 150 mm ; moins on est de personnes en situation irrégulière dans la même maison murée, plus il faut d’indics ; et moins on est de guerilleros du verbe dans la même forêt de signes, plus il faut de rentrées littéraires.
Allez où vous voulez, ce n’est une question ni de kilomètres, ni d’heures de vol, moi je prends au sud-ouest ou au sud-est, je ne sais plus, j’ai le choix entre sauter les Alpes ou l’Atlantique, les skis de fond, le cheval ou le cargo bananier, je verrai ça au dernier moment après consultation de l’Indien fou, de l’ingénue Thrace, du combatif Gamin et du Cheval dont il est question.
Dans 8 mois en tout cas, bye bye les pourris, mes prosopoèmes à venir seront écrits dans un français tzotzile ou grec ou khirghize, merci, vous pouvez garder votre camelote académiologique, revendre ailleurs vos manuels du parfait manager et remballer allegro vivace votre civilisation de goules.
Je veux me souvenir juste d’une main froide dans la mienne sous le déluge qui cesse abruptement, d’un boulevard dont le quart d’une heure nous sommes silencieux les princes aériens, d’une fille qu’on veut défigurer que j’arrache à la meute, du vieux fou de Chinois sous l’église qui parle toujours pour moi, du labyrinthe à Picasso où la fille en formes me sourit, du type qui enterre son fils et ramène ses vêtements dans une valise que je porte sans effort, du pylône rouillé qui tangue quand j’écarte les bras pour voler, des tunnels quand on est au milieu et que la sortie visible à peine encore fait le huitième de l’ongle du petit doigt, des cheminées de béton où accroché aux barreaux rouillés à trente mètres tu comprends que si tu lâches tu es mort et tes copains sont dans la merde, d’une jeune québecoise qui me fait fumer tous les jours son infâme poison à rêver le présent, d’une fille qui m’invite à visiter son hangar à bateaux vers minuit et d’une autre qui frappe en maillot de bain à la porte de ma cabine. Et puis bien sûr il y a pas loin le fou de la Vallée des 15.000 livres et le cerf quand je courais des heures sans perdre haleine, et Laura à cheval et notre ancien champ de maïs neuf et les renards et les corbeaux qui t’avertissent que le temps brûle.
Je ne vous laisserai pas rassurez-vous sans quelques mots d’explication, quelques paroles salvatrices, quelques formules bien trempées, quelles recettes douces-amères de derrière les lignites, histoire d’inviter ceux et surtout celles qui le méritent à définitivement (dans un avenir que je leur souhaite infiniment proche) METTRE LES BOUTS.
Sachez donc que, dans l’ordre :

 
1) IL N’Y A NI ESPACE, NI TEMPS.
2) RIEN N’EST POSSIBLE. TOUT EST, OU N’EST PAS.
3) L’AMOUR EST ASSOCIATIF, COMMUTATIF, DISTRIBUTIF ET OPERADIQUE.
4) JE SUIS MILLE FOIS. (EVENTUELLEMENT LE PLUS PAUVRE, LE PLUS RICHE.)
5) DEUX ET DEUX FONT UN.
6) L’ECONOMIE EST UN ACTE FAUX.
7) SOIT ON MEURT, SOIT ON EST IMMORTEL, SOIT VOUS ÊTES UN HOMME, UNE FEMME ETRANGE.
8) LA SOCIETE SE CROIT SEULE, ET IL Y A VOUS.
9) L’ÊTRE AIME LE NEANT. LE NEANT AIME L’ÊTRE.
10) LA MACHINE N’A JAMAIS RAISON.
11) LE POUVOIR EST UNE CHAISE POURRIE.
12) LA TERRE N’EST PAS UN MONDE.
13) MIEUX VAUT NE RIEN VOULOIR PLUTÔT QUE VOULOIR LE RIEN.
14) ULYSSE REVIENT.
15) APRES L’INFIME DEDANS, VOICI L’INFINI DEHORS.
16) L’ESPRIT EST LA CHAIR.
17) LA VERITE EST INFINIE.
18) LA SITUATION A DEJA EXPLOSE.
19) TOUT COMMENCEMENT EST ABRUPT.
20) VOUS ÊTES LIBRE A TOUT MOMENT DE VOUS LEVER, ET DE PARTIR.


De rien.
Quelque part entre l’être, le néant, un échiquier et une bouteille d’un bon cognac,
Le soi-disant 2 octobre 2005.

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Published by riverrun - dans Poèmes perdus
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