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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 08:30
Des gens

« Rooo dis donc on a passé trois heures enfermés dans un avion sur le tarmac de Zagreb pour pouvoir rallier Dubrovnik…

- Ah vous aussi vous êtes allés à Dubrovnik. Les provinces du sud.

- Ce qu’on a galéré ! C’est incroyable qu’on te fasse poireauter comme ça quasiment sans aucune information et bien sûr aucune contrepartie. »

Ce qui est incroyable surtout c’est que tu passes cinq minutes à m’expliquer comment tu rages trois heures dans un avion dans un monde qui s’écroule, je me dis en continuant de sourire. Des vacances dans un bled miraculeusement préservé d’un pays ravagé par nos guerres d'influence, passe encore. Mais rager comme ça pour trois heures dans un avion? Moi aussi, je me dis, ça m’est arrivé de rager comme ça autrefois. Et moi aussi j’aimais bien prendre des « vacances à l’étranger » autrefois. Je me disais un peu comme tout le monde que j’y trouverais un peu de changement, que la réalité me paraîtrait plus hospitalière en rentrant. De Sofia, dans mon cas, ce qui n’a jamais été une destination touristique de première grandeur. Mais moi j’aimais cette ville.

Et puis non. La France me paraissait détestable en rentrant de Bulgarie.

Aujourd’hui la France est encore plus décevante que celle de 2005.

Mais bizarrement, je ne la quitte plus.

« Et toi, tu n’es pas parti ?

- Non !

- Pas d’argent ?

- Non, c’est sûr.

- Mais aussi tu aimes bien Paris à ce moment, c’est ça ?

- Oui, beaucoup.

- Parce qu’il n’y a plus personne ?

- Si, si. Il y a des gens. »

Comment expliquer ce que je ressens en restant ici l’été ? ça pourrait paraître encore plus prétentieux que de rager parce qu’on est resté bloqué trois heures dans un avion sur la route de Dubrovnik.

Certaines personnes me manquent, mais oui, il y a des gens.

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 17:55
Notes perdues (1)

7 juin 2010

"La vérité n'est admissible que là où elle est supportable. On la connaît très bien ici, mais on n'en veut point; la mauvaise volonté est positive, constante et inhérente. Il n'y aura que l'abus qu'on en fera qui pourra la détruire." (Vivant Denon)

Ali, Neila, Nour.

 

11 juin

Rue de la Réunion. "Look at the triton, Mom. It's happy."

"Impossible. On ne peut pas désorganiser l'univers pour un plaisir momentané. Nous aurons tout le temps demain."

 

14 juin

Des voitures me surprennent au coucher du soleil en train de danser avec l'épée de mon frère sur le parking du CEA. "Bravo. Vous donnez des cours?

- Oui."

Pas plus de six heures de sommeil par jour depuis six mois. La plupart du temps quatre ou cinq. Pour rien.

Beauté de l'arboretum vert et désert après une nuit blanche, en touchant joyeusement le fond. Un banc dans les hautes herbes blondes. Soleil, air léger, cigare et puis soudain le papillon jaune posé à côté de moi, très longtemps, ailes vibrant dans le courant d'air.

"The only good writer is a ghost writer."

 

27 juin

Plusieurs adresses dans Paris en quelques jours. Marx Dormoy, Damrémont, Championnet, Rivoli. Siestes dans des squares au milieu des cris d'enfants, sieste aux Tuileries au milieu des touristes.

Oublis à répétition. Anniversaires, observations, sécurité.

 

18 juillet

Opéré il y a 11 jours. 27 points de suture. Morphine. Soulagement.

Les exploits de Marco. Camping, kayak, pêché deux truites, nuit seul à la belle étoile pendant que les copains dorment entassés dans une grange. "Tu n'as pas eu froid, fils? - Le feu de camp était encore chaud."

Enfin seul dans le grenier blanc. Comme une part de moi-même que j'étais sur le point de perdre ou de ne jamais découvrir.

L'injustice faite aux femmes. L'injustice faite aux hommes. Guerre.

A quel point les gens préfèrent se méconnaître les uns les autres. C'est la mesure du bonheur commun dont ils préfèrent ne pas être capables. Revanche d'avoir été méconnu, mais avant tout revanche sur eux-mêmes: "tu as été digne d'être méconnu."

 

26 juillet

"Les hommes de l'Antiquité sont parvenus au point extrême de la connaissance. Quel point extrême? Certains ont pensé qu'il n'y a jamais eu de choses. C'est là le sommet. D'autres ont soutenu qu'il y a des choses mais qu'il n'y a jamais eu de limites; d'autres enfin ont jugé qu'il existait des limites mais pas d'opposition entre le vrai et le faux. L'apparition de la distinction entre vrai et faux a sonné le glas du Tao. Et avec la ruine du Tao, l'amour-propre a prospéré. Qu'est-ce que l'alternative entre l'accomplissement et le non-accomplissement?"

 

27 juillet

Po, déclin, usure.

Trois jours au paradis sur les rivières du sud. Regarder l'eau qui coule pendant des heures. Cascades, gués, bras, îlots, lits asséchés, canyons.

La magie de l'érosion.

 

4 septembre

Pete: "Votre enfant sera béni, comme tous vos enfants."

 

21 septembre

Jupiter à 600 millions de km. A gauche de la Lune, jaune. Ganymède, Io, Europe, Callisto visibles à la jumelle, en ronde, depuis la fenêtre est-nord-est du grenier blanc. Marco captivé.

Le parc avec F. Le jeune ginkgo, le jeune séquoia. Le soleil, longtemps, puis lentement le froid. "C'est la première fois que je me sens comme ça."

S., L., S. et E. chantant Hemingway en VO et Debord à la guitare et au djembé, pendant une heure. Les voisins d'en face se taisent et écoutent. La petite E. danse sur le lit. Café, cigarillo.

L'homme à la télé et au karaoké-saxophone qui empêche tout le monde de dormir dans l'immeuble de M&M. Je monte le soir et me fais passer pour un ex-flic. Il est à moitié saoul. "Quels enfants?"

 

7 octobre

"Et tes mains, ça va?"

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8 octobre

"But old folks - many feign as they were dead;

unwieldy, slow, heavy, and pale as lead."

 

4 novembre

Guy Debord, très jeune: "Je suis entré un jour dans un pays dont les frontières se sont refermées. Il y a environ 6 mois que je cherche à en sortir. C'est peut-être impossible. Comment finira le voyage."

 

12 nov.

Discussion avec G. au bar l'Odyssée. Il résume son livre en cours d'écriture: "Un jeune homme reçoit la mission de faire parvenir un manuscrit d'une trentaine de pages écrit dans une langue inconnue à un vieil homme qui saura le lire, dans un village de montagne saisi par l'hiver au fin fond d'un pays d'Asie centrale. Lorsqu'il parvient au terme de son périple après avoir semé ses poursuivants, le vieil homme n'est pas là. Le héros s'installe dans la maison pour l'attendre mais il ne viendra jamais. Les filles du vieil homme viennent passer quelques semaines dans la maison pour leurs vacances. Elles ne s'étonnent pas de la présence du héros dans la maison de leur père. Le héros leur montre le manuscrit. "Mais c'est écrit dans quelle langue? - Une langue que parle votre père. - Qu'il parlait. Il est mort il y a dix ans." Le héros reste dans la maison pendant plusieurs mois, puis des années. Devenu un vieil homme, un matin qu'il regarde ses enfants jouer dans la neige il comprend qu'il restera sur cette montagne jusqu'à sa mort et il parvient à déchiffrer le manuscrit."

 

15 nov.

Un fils. Ali.

 

16 nov.

Temps mort. Cavaliers seuls. La fin du voyage. Le manuscrit.

"N'est sous-développé que celui qui accepte l'image du sous-développement de ses maîtres."

 

24 nov

Deux heures de petite menuiserie pour étanchéiser le grenier blanc comme on calfeutre un petit bateau.

Sarkozy fait cambrioler les rédactions les unes après les autres tout en protestant du contraire. Les journalistes qui enquêtent sur Karachi sont des "pédophiles".

Les parents du petit Nicolas sont attendus à l'accueil de l'Elysée pour venir chercher leur fils âgé de 56 ans.

 

28 nov

Claude Monet lisant, par Renoir, 1872

Portrait de Claude Monet par Séverac, 1865

Vétheuil, dans le brouillard, 1879

Château de Dolce Aqua, 1884

 

16 décembre

Ici dans le brouillard, par LZ.

"Un bon espion obéit à un certain nombre de principes. Le premier principe étant qu'aucun principe n'est fait pour être respecté en toute situation. Exemple: un bon espion n'est pas toujours discret. Dans certains cas, jamais."

 

Lundi 27 décembre 2010

Ali né à 16h48.

Robuste et tranquille, crié quinze secondes. Ne dit rien pendant que la sage-femme indienne s'occupe de lui. Vu ses yeux bleux-noirs s'ouvrir. Chantonné son nom devant la couveuse. Il écoute un instant, il touche son visage, il bave, il dort. Il sourit.

 

7 janvier 2011

Yeux d'Ali attentifs aux couleurs. Dauphins jaunes et bleus sur mon T-shirt. Lignes vertes sur fond jaune sur un autre T-shirt. L'or du bois des poutres dans le soleil. Rouge et noir du poster de pirates de Marco sur le mur blanc.

"L'ancienne mer d'Aral est l'environnement le plus nocif de la planète après Tchernobyl."

Rêve de la maison de pierre. Sur la même façade, dans le même mur: un lion vénitien, un lion chinois et un serpent à plumes. Pierre ocre et nette. Lourde porte en bois et fer forgé, couleur d'ambre et d'ébène, entrouverte.

Réveillon à l'hôpital il y a quelques jours. Saumon fumé, champagne, marrons glacés, jazz sur la petite radio qui m'accompagne partout depuis le Kosovo, beauté calme d'Ali dans le berceau. Sa maman dans mes bras. Allongés sur le lit jaune dans la chambre vide pendant que les infirmières dressent joyeusement leur table dans le hall.

 

12 janvier

Les poèmes de Baudelaire préférés pas Cézanne, d'après je ne sais pas trop qui: Les phares, Don Juan aux enfers, L'idéal, Sed non satiata, Une charogne, Les chats, Le mort joyeux, Le goût du néant.

 

Dans une terre grasse et pleine d'escargots

Je veux creuser moi-même une fosse profonde,

Où je puisse à loisir étaler mes vieux os

Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde.

 

Je hais les testaments et je hais les tombeaux;

Plutôt que d'implorer une larme du monde,

Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux

A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

 

Ô vers! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,

Voyez venir à vous un mort libre et joyeux;

Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

 

A travers ma ruine allez donc sans remords,

Et dites-moi s'il est encore quelque torture

Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts!

 

Phrases de Cézanne sans doute déjà citées quelque part par Philippe Sollers, qui connaît presque tout. Phrases que j'aimerais voir plus souvent dans des tableaux modernes (exception Barcelo): "La ligne et le modelé n'existent point. Le dessin est un rapport de contraste ou simplement le rapport de deux tons, le blanc et le noir... La lumière et l'ombre sont un rapport de couleurs, les deux accidents principaux diffèrent non par leur intensité générale mais par leur sonorité propre... La forme et le contour des objets nous sont donnés par les oppositions et les contrastes qui résultent de leurs colorations particulières... Le dessin pur est une abstraction. Le dessin et la couleur ne sont point distincts, tout dans la nature étant coloré... Au fur et à mesure que l'on peint, l'on dessine. La justesse du ton donne à la fois la lumière et le modelé de l'objet. Plus la couleur s'harmonise, plus le dessin va se précisant."

La sagesse non pas esthétique, mais physique du peintre: "J'aime sur toutes choses l'aspect des gens qui ont vieilli sans faire violence aux usages, en se laissant aller aux lois du temps, je hais l'effort de ceux qui se défendent de ces lois. Voyez ce vieux cafetier assis devant sa porte sous ce fusain, quel style! Voyez d'autre part sur la place cette fillette de magasin, certes elle est gentille et il ne faudrait pas en médire. Mais dans sa coiffure, dans ses vêtements, quel banal mensonger!"

Carnets d'Afrique. Barcelo et les termites. Barcelo et les serpents. Barcelo et les araignées. Barcelo et les humains.

 

13 janvier

Poèmes de Heidegger.

Zeigendes

Erst dem Blick in das Geringe

leuchtet das Geschick der Dinge

Deines Bauens heller Wille

schuf dem Wohnen eigne Stille.

Oh, die langen Nächte

blieben leere Schlächte

spräche nicht durchwachtes

immer neu Gedachtes.

Oh, die langen Nächte

blieben leere Schlächte,

weilte und geschähe

nicht die tröstend' Nähe.

L'ajointement et la destinée des choses n'apparaissent qu'à ceux qui regardent ce dont la plupart font peu de cas.
 

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 09:19
Amigos salud

Amigos salud.

Ce petit message pour vous demander l'hospitalité le WE du 15, 16, 17 avril. En échange, je fais la cuisine et comme tout cuisinier de génie, la vaisselle. Si tout le monde veut pouvoir déguster un repas gratuit à base de canard, de steak haché bio, de poivron, de cacahuètes et de riz, je peux faire le tour de vos propriétés dans le WE. Je ne demande aucune indemnité de déplacement.

Par ailleurs, je suis à la recherche d'une colocation dès que j'aurai touché mon premier salaire. J'ai démissionné le 24 mars. Mes envois de CV-LM concernent pour l'instant des bureaux de tabac-presse, des librairies, la mairie de Paris même si elle fait couper des branches place de la Répu, des bibliothèques, des entreprises de nettoyage de bureaux, des bars, des "ateliers du chocolat" et autres conneries, mais je suis ouvert à tout ce qui me permettra de mettre 400 euros maximum dans un loyer et le reste dans ma poche. Si vous entendez parler de quelque chose, je suis preneur. En attendant je hante les marchés du 13e, 14e, 15e à la recherche de fraîche. Pareil, si vous entendez parler d'un maraîcher qui cherche un conducteur, des bras, un gosier ou une machine à calculer, je suis sur les rangs.

A propos de machine à calculer, Le Monde parle de plus de 2000 personnes la nuit dernière place de la Répu. J'irai voir ce qui se passe demain soir jeudi à partir de 19h, et peut-être prendre la parole, si quelqu'un veut y aller avec moi, ou y retourner, ou y rester.

J'ai gagné 250 balles cette semaine, j'offre les merguez à la cantine du mouvement.

Un abrazo para todos.

Democracia. Paz Justicia. Ou quelque chose dans le genre.

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 11:48

 

enfin je voulais surtout te dire que selon une biographie d'orwell

(qui ne voulait pas de biographie)

alors que ce dernier effectuait une série de reportage sur l'immédiat après-guerre

(qui devait le conduire en allemagne)

il aurait rencontré Hemingway en 1946 à Paris, à son hôtel,

quelques heures le temps d'un apéro, car Hemingway était sur le départ

(mais combien de tournées, le biographe ne se risque pas en spéculations hasardeuses)

seules informations :

orwell se serait présenté devant sa chambre d'hôtel, se serait introduit en tant qu'Eric Blair

ce qui aurait laissé Hemingway froid à sa manière un peu bourrue

limite à lui claquer la porte au nez

puis il aurait précisé "je suis Georges Orwell"

et Hemingway de s’esclaffer, en le faisant entrer d'une tape dans le dos,

"mais pourquoi vous ne l'avez pas dit tout de suite?"

sûrement avait-il lu ou entendu parler de la ferme des animaux, publié en 1945,

et/ou d'autres romans d'orwell...

en tout cas il semble qu'ils aient eu des choses à se dire

à bon entendeur

V..

ps : je suis en train de lire hommage à la catalogne

et il est assez troublant, mais terriblement signifiant par rapport à 1984,

que ses premières réflexions sur la manipulation de l'information

soient issues d'observations sur le camp pour lequel il se battait

ps 2 : récit d'une édifiante anecdote parisienne

https://paris-luttes.info/a-propos-d-un-dispositif-de-3887

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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 16:43

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Mon Island,

Tes beaux messages me rassurent entièrement sur ton beau voyage lointain. Pour tout t’avouer je n’étais pas très fier devant ton frère et son beau-père sur les bords de l'océan de te laisser partir seule dans un pays quasi en guerre, même loin du front européen… Un jour en me voyant arriver au collège pourri du coin avec mon blouson noir et mes gants noirs et mon bonnet noir et mes lunettes noires et ma tête renfrognée un collègue m’a dit : « Tu pourrais aussi bien être un tueur directement débarqué du Kosovo ». Evidemment, une bonne partie de ma fierté d’écrivain raté tient à ça : pouvoir rivaliser en gueule au moins sous certains angles avec les pires crapules. A la Cabane à un moment précis en dégustant les huîtres de nos hôtes et leur sauce incroyable je me suis senti comme l’ex-prof tout pâle qu’a rien compris à la géopolitique et qui laisse partir la fine fleur de l’humanité seule et sans armes dans un pays de fous dangereux. Sauf que moi je sais que ce n’est pas plus un pays de fous dangereux qu’un autre, qu’il y a même pas mal de chances que ce soit pour l’essentiel un pays aussi doux que le Portugal en avril. Mais quand même… Mon Island tu es si courageuse et si forte… Il faudra que je te protège un peu quand tu reviendras à Paris : pas pour toi je crois, simplement pour me faire du bien à moi, parce que je me suis quand même un peu inquiété pour toi pendant que tu prenais le train en solo…

 

bureau-de-campagne.jpg


Mais là je vois tes belles photos de la station de repos, je sens que tu es dans la contrée où tu voulais aller, exactement, et que ton système nerveux de comtesse en fugue engrange tout un tas de trésors d’inspiration et « d’influx de vigueur et de tendresse réelle ». Je suis si fier et si amoureux de toi.

 

Waiting-for-Stendahl-copie-1.jpg


Ici dans les confins de la Gironde ambiance si ennuyeuse qu’elle confine à la plus extrême tension, genre Rivage des Syrtes ou Désert des Tartares, quand ce n’est pas Sous les Falaises de Marbre avec Jean-Ma dans le rôle du traître inexorable. Plus le temps passe plus ce porc devient mystérieux. Ses rares gentillesses ou délicatesses sont-elles des hypocrisies parfaitement réussies ou la résurgence rare et miraculeuse et pour tout dire inespérée de la bonté humaine originelle ? Ses délations de collègues (« Machin est rentré parfaitement bourré avec des clients, Machin a probablement baisé telle cliente, Machine a oublié de faire 5 ballots », etc.) sont d’une mocheté nette et sans bavure, mais quand il rentre sur la pointe de pieds pour ne pas me réveiller à trois heures du mat’ pour aller faire sa sieste d’une heure et demie (au lieu des 45 minutes prévues par l’Institution sur mon canapé), comment ne pas reconnaître, sous l’épaisseur du lard, l’éternelle sensibilité et la vulnérabilité de l’humain ?

Les plages sont vides ou presque la moitié du temps, ce qui est à la fois très beau et très triste. Enfin il suffirait que tu sois là pour que ça devienne aussi très drôle et très bienvenu, même si le règlement de l’Institution m’interdit de détailler ici pourquoi.


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Les trois quarts des maisons sont déjà vides, enfin pardon : à louer. Quand j’aurai vendu mon premier bestseller, dans une quinzaine d’années, je nous achèterai entre autres une maison à Carcans Maubuisson, au bout d’une rue de sable qui se perd dans le lac. Nous viendrons vraiment vraiment hors saison et nous inviterons la bonne compagnie que tu veux, genre Yvette et Richard & Co que j’aime énormément, tu t'en doutes, et nous continuerons de produire des miracles quotidiens le crayon et la plume et le pinceau à la main.

 

Street-to-Nowhere.jpg


La batterie n’est pas à plat, je suis branché sur le secteur, mais je vais m'éclipser pour éviter la foule des lundis soirs à la cafèt' de l'Institution. Je pense très fort à toi, pas seulement quand je me jette sur ma couchette : à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit je t’imagine à demi-nue ou nue, assise ou debout, allongée ou penchée, en avant, en arrière, sur le côté, en train de nager, de ramer ou de peindre, et comme ce n’est pas un exercice de gym dicté par un demi-dieu abruti, tout ça venant du Tan Tien de ton ventre adoré, tes mouvements et ta joie comme la grâce iridescente des marées de lumière sur les bancs de sable.

 

Is-land-1.jpg

Yours.

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 19:58

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« Bon, qu’est-ce que vous en dites, mon petit Gambler, de ce petit coin d’enfer touristique ? »

Gambler ne l’avait pas entendu venir mais il n’avait pas besoin de se retourner pour savoir que ce bon vieux Satan s’était assis sur l’escalier de béton derrière lui, quelques marches plus haut, pour admirer l’aube à son aise.

« Eh bien, bravo, très réussi.

- N’est-ce pas ?... Mais qu’est-ce que c’est que ce chat ? Qu’est-ce qu’il a à me mater comme ça ?

- Cette chatte. C’est Wu. Wu, je te présente qui tu sais. Qui vous savez, je vous présente Wu.

- Quel drôle de nom… C’est vous qui l’avez baptisée comme ça, mon petit Gambler ?

- Vous n’allez tout de même pas vous imaginer que ça pourrait être Jean-Ma ?

- Ah, oui, qu’est-ce que vous dites de votre collègue aussi ? Est-ce qu’il n’est pas magnifique ?

- Le prototype du parfait petit collabo, oui, joli choix. Je préférais mon premier collègue, mais vous êtes au courant.

- Celui qui n’a pas tenu quatre jours… Vous vous entendiez un peu trop bien à mon goût si vous voulez tout savoir, mon petit Gambler !

- Eh oui, un ex-gendarme et un ex-prof, on se comprenait bien…

- Ce type hésitait entre la prêtrise et la logistique, Gambler !

- A juste titre.

- Un chrétien de base !

- Un type charmant, souriant, plein de tact et de bonne volonté. Mon prochain job je l’aurai peut-être grâce à lui.

- Ts. Je lui ai garé un petit monospace noir immatriculé 666 sur le parking sud, ça a été le coup de grâce, il n’avait pas sa place ici !

- C’est moche. Enfin, c’est sûr qu’il est mieux ailleurs.

- Jean-Ma, lui, s’est parfaitement acclimaté…

- Mouais. L’autre soir, avant la grande nuit des ballots, il parlait de se pendre.

- Il rigolait !... Et dans le pire des cas… Vous l’auriez dissuadé, bien entendu !

- On a partagé quelques clopes sous la lune et ça s’est calmé tout seul, en parlant.

- Ah, oui, parler, parler… C’est votre spécialité !

- Euh, oui. Là c’était surtout lui qui parlait.

- Vous avez fait connaissance avec sa copine ?

- Celle qui poursuit dans la forêt la machette à la main les biches qu’elle tamponne en rentrant de son job et qui se traînent dans les fougères avec deux pattes cassées, je veux dire les biches ?

- Oui…

- Et qui ramène les corps à la maison pour que papa fasse du pâté…

- Voilà, c’est l’idée.

- Paraît que c’est un modèle courant dans le Médoc ?

- Disons que je suis un peu chez moi ici…

- Evidemment, oui, plausible, le côté consanguin, fric et forêt en coupe réglée…

- Et vous, vous tenez le coup, mon petit Gambler ?

- Mais oui, regardez.

- Un peu maigri ?

- Nourriture de survie.

- Des soucis d’argent ?

- Je ne suis pas à découvert.

- Ouais, vous n’avez plus rien, quoi !

- Quarante euros pour finir le mois, ça ira, j’ai fait des courses il y a trois jours.

- Vous ne vous ennuyez pas ici ?

- Mais non.

- La conversation des gens ne vous broute pas trop ?

- Bah, quelques phrases par-ci par-là, un sergent antillais sympa, le barman qui joue au poker, de temps en temps une bière avec Jean-Hugues Larché, la visite de Victor…

- Et votre nouvelle copine, là !

- Mh.

- Ouais, votre copine ! Celle à qui vous écrivez tous les jours !... Je dois dire que vous m’avez bluffé, mon petit Gambler… Vous ne la méritez pas !

- C’est sûr.

- Elle est passée à Bordeaux pour vos beaux yeux il y a trois semaines, non ?

- Pour nos beaux yeux à tous les deux…

- Je vous ai vus partir un dimanche matin sous la pluie battante dans les rues désertes…

- Possible.

- Vous aviez l’air heureux, on peut savoir pourquoi ?

- On allait se baigner.

- Sous l’orage ?

- Peu importait.

- Elle va revenir vous voir dans quelques jours, non ?

- Non, là elle fait le tour de l’Asie. »

Gambler entendit Satan se racler la gorge et se lever. L’instant d’après, il était assis sur la même marche, épaule contre épaule.

« Vous voulez dire seule ?

- Oui.

- Mais vous n’êtes pas inquiet ?

- Taichi, natation, kayak, elle parle quatre ou cinq langues, elle se fait des amis partout, elle sait tout faire, un mental de demi-déesse, qu’est-ce que vous voulez que je m’inquiète ?

- Mh, je vois… Et vous n’avez pas peur qu’elle… qu’elle rencontre quelqu’un d’autre en chemin ?... ça vous fait rigoler ?... Bon, vous auriez une clope mon petit Gambler ?

- Mais une seule alors, hein, c’est mon dernier paquet du mois.

- Merci, et du feu ?... Merci… Bon, mais alors, votre copine, là… C’est qui, en fait ? Je la connais ?...

- Une artiste de chaque instant, une chamane des villes… Si vous la connaissiez, vous n’en seriez pas là mon vieux.

 - Mais ça n’est pas insupportable d’être loin d’elle, après tout ce qui vous est arrivé ?

- Mais non.

- Et elle, ça n’est pas insupportable d’être loin de vous, si elle est vraiment amoureuse ?

- ‘C’est l’amie ni tourmentante, ni tourmentée. L’amie.’

- Quelle saloperie !

- Pardon ?

- Non, excusez-moi, c’est juste que ça m’irrite un peu ! On passe l’été à faire tomber des avions, à attiser des guerres, à propager des virus, à faire fondre les calottes polaires, à répandre l’ennui la misère et la terreur, et vous vous êtes là tranquille à fumer votre clope en regardant la nuit tomber sur votre saloperie de résidence hôtelière, vous n’avez rien, vous n’avez personne, vous êtes maigre, vous êtes fatigué, vous avez une épaule et un genou en compote, vous ne savez pas ce que vous ferez dans quinze jours, votre vie entière est un échec, nom de Dieu !… et vous êtes là, assis sur un escalier au milieu de la pinède, avec les sangliers qui guettent, un collègue pot de colle marié à une serial killeuse et une tonne de drap à dispatcher sur la résidence… et vous êtes content ! Mais pourquoi ?!?

- Vous ne pourriez pas comprendre, mon vieux. »


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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 18:53

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Première nuit de repos, après la deuxième série de quatre nuits de veille sur la « résidence club », la fatigue et l’éloignement des enfants me pèsent, alourdissent mes pensées de deux à quatre heures du matin, il y avait un petit poème en prose de Charles, je crois, pas pris de musique, juste une dizaine de livres, mais là courriers administratifs jusqu’au sommeil puis, au moment de me coucher après trois gorgées de rhum, en pyjama dans le couloir, pieds nus sur le carrelage triste, j’ouvre l’Odyssée au hasard, réconfort immédiat :

 

« Ulysse : Ô reine, à ton bonheur !... ton bonheur éternel,

jusqu’au jour où viendront la vieillesse et la mort :

c’est notre lot à nous. Puisque je vais partir,

Ah ! qu’en cette maison, longtemps fassent ta joie

Le roi Alkinoos, tes enfants et ton peuple !

Et comme le divin Ulysse, sur ces mots,

Avait franchi le seuil, sa Force Alkinoos

Lui donna un héraut pour le mener jusqu’au

Croiseur, sur le rivage ; avec eux, Arété

Dépêcha trois servantes : la première portait

La robe avec l’écharpe tout fraîchement lavée ;

L’autre suivait, portant le coffre aux bois épais,

Et la troisième avait le pain et le vin rouge.

Quand ils eurent atteint le navire et la mer,

Les nobles convoyeurs se hâtèrent de prendre

Les vivres pour la route et de les déposer

Dans le fond du vaisseau ; puis des draps de linon,

Ils firent pour Ulysse, sur le gaillard de poupe,

Un lit où le héros dormirait loin du bruit.

Alors il s’embarqua, se coucha sans rien dire ;

En ordre, les rameurs prirent place à leurs bancs ;

De la pierre trouée, on détacha l’amarre,

Et bientôt, reins cambrés, dans l’embrun de l’écume,

Ils tiraient l’aviron. Mais déjà sur ses yeux,

Tombait un doux sommeil, sans sursaut, tout pareil

A la paix de la mort : comme, devant le char,

On voit quatre étalons s’élancer dans la plaine

Et pointer tous ensemble et dévorer la route

Sous les claques du fouet ; ainsi pointait la proue

Et, dans les gros bouillons du sillage, roulait

La mer retentissante, et le vaisseau courait

Sans secousse et sans risque, et l’épervier, le plus

Rapide des oiseaux, ne l’aurait pas suivi.

Il courait, il volait, fendant le flot des mers,

Emportant ce héros aux divines pensées,

Dont l’âme avait connu, autrefois, tant d’angoisses

A batailler sur terre, à peiner sur les flots.

Maintenant, sans un geste, il dormait, oubliant

Tous les maux endurés. Juste à l’heure où paraît

La reine des étoiles, qui vient pour annoncer

Le lever de l’Aurore en son berceau de brume,

Le navire, achevant sa course sur la mer,

Abordait en Ithaque. »

 

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19 juin 2014 4 19 /06 /juin /2014 11:05

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Comment tu fais pour être heureux? Je veux dire, dans une situation pareille? Pas d'argent, rien à toi, sur le point de partir faire un job de merde à l'autre bout du pays...

 

- Eh bien, comment t'expliquer? Après les courriers, les coups de fil obligatoires, le petit ménage quotidien, j'ai lu un peu le texte de Golovanov Autour de Bakounine, j'ai réfléchi un peu à la tragédie de la vie de Bakounine et j'ai mémorisé cette phrase: "Je considère que la chose la plus essentielle actuellement est de convaincre tous les Français qui tiennent au salut de la France qu'ils ne peuvent plus se sauver par des voies gouvernementales." Et puis, avant de dîner j'ai décidé de monter dans la forêt l'une des deux chaises en bois récupérées hier soir très tard dans la rue en rentrant du sud. Arrivé à la cabane, je me suis assis confortablement et j'ai allumé ma clope de la journée en repensant à mes trois enfants magnifiques et à la femme que j'aime et quand le soleil s'est couché je me suis aperçu que j'étais le plus heureux des hommes. Quelque chose comme ça, sans trop simplifier. 

 

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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 12:08

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Un ami rencontré récemment à Paris, qui partage mon goût pour les aventures soi-disant insensées, m'envoie un étonnant manuscrit. En exergue, cette phrase de Thoreau:

 

"Pourtant, il existe quelques anciennes routes pouvant être parcourues avec profit, comme si elles menaient quelque part maintenant qu'elles sont presque désertées."

 

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Un message de la femme que j'aime:

 

"Dans les dessous de Paris aussi, Gare d'Auster essayé de pressentir ton passage gare du Lion, comme une bobine stimulée par un aimant proche. T'imagine partant pour la mission européenne du cheveu dans le vaste bordel ferroviaire. Voulu passer par Javel pour t'envoyer un mnm's de notre première île-square, mais faute de RER repris la 13 et voici un narcie de la femme au chapeau. Vibrations d'amour sensibles sur le réseau ferré."

 

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Cette fin étonnante d'un roman de Romain Gary, Europa:

 

"Quelque part, on ne sait au juste où, dans une topographie autre dont les cartes sont difficiles à obtenir et où les points de repère sont pour la plupart trompeurs, s’élaborait pourtant, avec une lenteur extrême et dans le secret le plus absolu, afin de ne pas attirer l’attention de l’ordre des choses établies, une naissance nouvelle, dont il n’était pas encore possible de prévoir la nature exacte, mais où l’on distinguait déjà quelque chose comme un commencement d’amour. Le Temps, le Destin, l’Europe, avaient repris leurs places, d’aucuns disent dans les rouages d’un très vieil orgue de Barbarie, qui en faisait sa gentille musique, et d’autres, dans le magasin d’accessoires du Piccolo Teatro de Milan, où ils pouvaient encore servir. Aux plus hautes instances de la hiérarchie, on déniait toute réalité à l’affaire, et on avait raison, car il n’y avait pas de réalité. Il était encore possible de s’asseoir sur un banc dans le parc et d’éprouver un semblant de vie, un frémissement, mais il y avait toujours une ombre au tableau et cette ombre était que le tableau demeurait terriblement seul, qu’il souffrait d’une irrémédiable solitude dans sa beauté, et qu’il fallait attendre encore des millénaires et franchir des abîmes avant que cette beauté descendît du cadre, devînt enfin de ce monde, et qu’il y eût une réalité sans déshonneur et une dignité sans oubli. On disait qu’il devait finir comme ça et on avait raison, car un fil de lumière continuait à courir à travers les siècles, mais il courait ailleurs, et ce qui se transmettait était seulement une noire et poussiéreuse toile d’araignée. Les saisons passaient avec leurs fleurs et leurs fruits, mais on ne laissait pas entrer les visiteurs. On pouvait regarder le lac pendant des heures et des heures et sa surface demeurait limpide et sereine et là où il y avait eu un vol de chevelure et de jupon blanc, s’élevait parfois un visage d’une pureté miraculeuse, et on disait qu’il y avait quelqu’un quelque part qui continuait à aimer, à croire et à attendre, mais on ajoutait qu’il avait naturellement perdu la raison. On avait arrêté celui qui était allé lacérer La Joconde parce qu’il prévoyait qu’il y aurait encore deux guerres, des centaines de millions de morts et une souffrance sans nom, mais on disait naturellement qu’il avait perdu la raison. Des fleurs, oui, des fleurs et des fruits, on voyait ce qu’il appelait Europe flotter dans le sourire de la Vierge, mais c’était seulement une œuvre de Bellini. Parfois, un certain interstice kw dans les espaces stellaires s’élargissait et on apercevait alors Arlequin qui passait la tête à l’intérieur, pour voir s’il restait encore du monde. Et puis, il y eut quelques âges géologiques pénibles à ceux qui n’avaient rien pour se couvrir, où disparut l’humanité, ce qui rendit tout incompréhensible, mais comme tout l’était déjà auparavant, on ne peut parler ni de fin ni de commencement, et il n’y eut en somme rien de changé.

Cimarrón, 1971."

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 11:50

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L'urbanisme est l'accomplissement moderne de la tâche ininterrompue qui sauvegarde le pouvoir de classe: le maintien de l'atomisation des travailleurs que les conditions urbaines de production avaient dangereusement rassemblés. La lutte constante qui a dû être menée contre tous les aspects de cette possibilité de rencontre trouve dans l'urbanisme son champ privilégié. L'effort de tous les pouvoirs établis, depuis les expériences de la Révolution française, pour accroître les moyens de maintenir l'ordre dans la rue, culmine finalement dans la suppression de la rue. "Avec les moyens de communication de masse sur de grandes distances, l'isolement de la population s'est avéré un moyen de contrôle beaucoup plus efficace", constate Lewis Mumford dans La cité à travers l'histoire, en décrivant un "monde désormais à sens unique".

Debord, La société du spectacle, 172

 

*

 

Chère Aprélia,

 

1) Merci pour cette nuit que je ne suis pas près d'oublier. Difficile de te dire la joie, le plaisir, le soulagement et la jouissance que m'ont procuré tes baisers, tes caresses, tes paroles, ton corps étendu sur les draps comme une oasis de blancheur dans un nid de dunes bleues, tes jambes sous mes bras, ton ventre contre mon ventre, ton sexe autour du mien, ton cul et ton dos dans la pénombre, ta voix contre ma voix, tes oreilles contre mes oreilles, tes yeux chéris dans l'obscurité de 3:33 et dans la lumière de 8:24 et dans la lumière de 9 et quelques. Ta voix au moment o(uaccentgrave) tu jouis, ta voix au moment o(uaccentgrave) je jouis, c'est une liqueur d'extase. (On fait ce qu'on peut pour être un peu à la hauteur en écrivant de ces choses qui nous arrivent depuis la Asencion et qui sont si uniques que je suis parfois tenté d'écrire seulement dans mon journal:

"Nuit du 10 au 11 juin: L'amour avec Aprélia. Descriptible, mais pas avec la grammaire actuelle. De toute façon vous ne pourrez pas comprendre, bande de robots.")

 

2) Merci pour la visite du Grand Labyrinthe, épisode 5 ou 6, vol. 1 "Le PTF à 20 min des 3 coups". Et pour la tenue discrètement ravageuse de l'Exploratrice violette de mes rêves. Je garde la vision d'une grande soeur irrésistible aux beaux cheveux mi-longs m'entraînant les yeux fermés à travers un dédale de couloirs, de portes, d'antichambres, d'entresols, de machines, de volées d'escaliers, de soupentes, de grilles de fer, avec le sourire d'une Ariane qui se foutrait royalement de Thésée et du Minotaure. Quand j'étais petit je cauchemardais souvent à peu près ça:

 

http://leboisdesarts.altervista.org/wp-content/uploads/2014/05/Piranesi02-1.jpg


Maintenant que je suis enfin grand, je t'ai toi.

 

3) Merci pour...

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