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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 08:00

Bernard-Henri Lévy mis à part, on ne trouve pas dans l'espace intellectuel médiatique français une seule personnalité qui ait stratégiquement un peu de suite dans les idées. En l'espace de onze ans, pas un seul intellectuel en France n'a pris sur soi de se pencher sérieusement et publiquement sur l'un des événements les plus ignobles et les plus lourds de conséquences du vingt-et-unième siècle. Et il aura fallu que de sombres crétins comme Thierry Meyssan, Dieudonné ou ce pauvre Jean-Marie Bigard s'en mêlent pour achever de verrouiller le sujet.

 

A l'époque où j'avais encore une famille, un célèbre scientifique français  m'avait proposé de fonder une association en France pour relayer les interrogations et les révélations de citoyens américains (victimes ou anciens des services secrets) au sujet des événements du 11 Septembre. J'avais refusé. En partie parce que je n'estimais pas avoir la légitimité pour le faire (je sortais d'une enquête sur le nucléaire français qui avait été un véritable fiasco), en partie parce que je ne voulais pas que mes activités politiques nuisent à ma famille, et en partie parce qu'un obscur multi-millionnaire américain pour le moins douteux rôdait dans l'entourage de mon ami depuis quelque temps.

 

En France, plus de six ans après la publication du scandaleux "Rapport final de la commission nationale sur les attaques terroristes contre les Etats-Unis", une trentaine d'experts vus à la télé continuent de commenter l'actualité guerrière de la planète du haut de leurs plateaux France 5 et de leurs chaires de Sciences-Po sans se rendre compte du ridicule croissant de leurs déclarations, que ce soit à propos du passé et de l'avenir du terrorisme en Europe, de la sempiternelle crise nucléaire iranienne, des "raisons culturelles du conflit israélo-palestinien" ou de la longue et profitable carrière (sauf sur les derniers mois) de bouchers locaux comme Khadafi, Assad ou Moubarak.

 

Pendant ce temps, les apôtres de la "guerre de civilisation" et les antisémites de tout poil se répandent tranquillement en ragots sur la Toile, formant des générations de lycéens et d'étudiants européens à la haine de masse et à l'anti-occidentalisme sauce Hezbollah. Dans certains quartiers du nord de Paris, vous ne trouverez pas une classe de lycée, pas un amphithéâtre d'université où la majorité des élèves ne sera pas convaincue que le 11 Septembre est l'oeuvre du Mossad et de la CIA, et que d'ailleurs, au passage, vous êtes sûr que des juifs ont été massacrés pendant la Seconde guerre mondiale, monsieur?

 

Au lieu de prendre en compte cet état de fait (que la jeunesse en France n'a pas de modèles intellectuels capables de lui faire désirer la vérité dans l'histoire et dans la politique), ceux qui se font passer pour les "intellectuels français" (il reste en France une dizaine d'intellectuels dignes de ce nom et ils ne passent à deux ou trois exceptions près pas à la télévision, c'est tout juste s'ils sont imprimés) préfèrent débattre de la crise de l'Euro, du port du voile islamique ou de la capuche de sweat, de la baisse de 10 centimes du prix de l'essence ou de la nécessité ou non (c'est plutôt non) de réformer le Conseil de sécurité de l'ONU.

 

Pendant ce temps, le plus grand black out médiatique de toute l'histoire de l'Europe depuis 1945 est naturellement passé sous silence, ou peu s'en faut. Sans surprise, aucune leçon ne peut être tirée en public de toute la longue histoire du terrorisme depuis soixante ans.

 

Par exemple, rares sont les journalistes et les écrivains pour écrire publiquement, en France ou en Italie, que les Brigades rouges des Années de plomb étaient manipulées par les services secrets italiens, pour écrire publiquement, en France ou en Allemagne, que les attentats d'Action directe et de la Rote Armee Fraktion et les prises d'otages des années 1980 étaient pilotés par l'Iran pour obtenir "le règlement du contentieux Eurodif", pour écrire publiquement, dans un supplément week-end du Monde de 2007, que le RPR de Chirac manoeuvrait vingt ans plus tôt pour retarder la libération des otages jusqu'à telle ou telle élection, que les attentats du DC10 d'UTA et de Lockerbie n'ont jamais été commandités par Khadafi mais bien par telle ou telle branche pourrie de tel ou tel service secret occidental ou telle ou telle administration des douanes britanniques mouillée jusqu'à la moëlle dans le trafic d'héroïne. Qui parmi les barons médiatiques français connaît le parcours réel de personnages comme Chuck McKee et Robert Baer, Imad Mougnieh et Haroon Rashid Aswat?

 

En comparaison avec la presse américaine, la presse française ne dit rien sur rien. En comparaison avec le cinéma indépendant américain, le cinéma "indépendant" français ne dit rien sur rien, à tel point qu'un film comme Fahrenheit 911, qui ne va pourtant pas bien loin, a pu faire l'effet d'une bombe... à Cannes. En comparaison avec les journalistes et les écrivains américains, les journalistes et les écrivains français ne disent rien sur rien, à la notable exception d'un Eric Laurent, d'une Dominique Lorentz ou, en d'autres temps et avec d'autres conséquences, d'un Guy Debord.

 

"Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L'histoire du terrorisme est écrite par l'Etat; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique... On peut remarquer que l'interprétation des mystères du terrorisme paraît avoir introduit une symétrie entre des opinions contradictoires; comme s'il s'agissait de deux écoles philosophiques professant des constructions métaphysiques absolument antagonistes. Certains ne verraient dans le terrorisme rien de plus que quelques évidentes manipulations par les services secrets; d'autres estimeraient qu'au contraire il ne faut reprocher aux terroristes que leur manque total de sens historique. L'emploi d'une logique historique permettrait de conclure assez vite qu'il n'y a rien de contradictoire à considérer que des gens qui manquent de tout sens historique peuvent également être manipulés; et même encore plus facilement que d'autres." (Commentaires sur la société du spectacle, 1988)

 

En comparaison avec la "société civile" américaine, il n'y a pas de société civile française. Aux Etats-Unis, il existe de puissantes associations pour protéger les anciens des services secrets qui témoignent des "dysfonctionnements" dans la CIA, le FBI ou la NSA. En France, un journaliste un peu curieux mais mal préparé comme Guillaume Dasquié passera 48 heures en garde à vue à subir sans aucune assistance les menaces des officiers de la DST certains de leur impunité.

 

Il n'y aura donc pas de réflexion digne de ce nom en France sur le 11 Septembre avant très longtemps. Y a-t-il eu une réflexion digne de ce nom en France sur Vichy? Elle est venue d'un Américain.

 

Je suis Français, de famille anglo-normande du côté de mon père, de famille germano-polonaise du côté de ma mère.

 

J'aime l'Amérique.

 

 

 

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Published by riverrun
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