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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 04:31
Etat de la partie Peter vs Lance (Tom) lorsque les blancs abandonnent (d'après Jennifer (Laura))

Etat de la partie Peter vs Lance (Tom) lorsque les blancs abandonnent (d'après Jennifer (Laura))

À cet instant Thomas crut percevoir du coin de l’œil un changement d’expression sur le visage de Laura et il la regarda bien en face. Elle souriait. Il ne l’avait jamais vue sourire comme ça. Enfin il ne se souvenait pas l’avoir jamais vue sourire comme ça.

Et il avança la reine noire en h4.

À partir de ce tournant Peter sembla se désintéresser totalement de la partie et joua pour ainsi dire sans regarder l’échiquier. Il avait visiblement d’autres sujets de préoccupation, maintenant. Il commença par pousser du bout de l’index son pion g2 en g3 tout en reprenant : « Je crois savoir que vous vous souvenez de certains détails de l’affaire de la comète SL9, Lance ?

- Non. Enfin très vaguement, ça fait quand même un bout de temps, je crois ? », répondit Tom en ramassant le cavalier blanc en c3 comme si la position n’était pas défendue, tout en négligeant de sauver son fou et sa reine.

« Oui, bien sûr, il y a aussi la question du temps, dans toute cette affaire… Le temps qui passe, le temps qu’il fait… Cette comète a embrasé l’atmosphère de la planète Jupiter pour le 25e anniversaire de la mission Apollo 11, en juillet 1994, il ne s’agissait d’ailleurs pas à proprement parler d’une comète mais de vingt-quatre comètes, ou plus exactement d’une comète brisée en vingt-quatre parties, alignées sur la même trajectoire, et qui se sont enfoncées les unes après les autres dans l’atmosphère de Jupiter à la vitesse de 60 kilomètres par seconde sur un durée totale de 5 jours. Vous resituez ? » et Peter prit la reine noire sans conviction.

« Non, désolé. En plus je commence à être un peu fatigué », s’excusa Tom en avançant la deuxième tour noire en d2.

Il avait maintenant toutes ses pièces (sauf le fou b6) en échec. Seulement voilà, comme le remarqua je ne sais plus qui lorsque le déroulement de la partie fut analysé bien des jours plus tard par les experts du troisième étage : « On ne peut prendre qu’une pièce à la fois. »

Peter ralluma pour la dernière fois ce qui restait de son cigarillo et se mit à fixer Tom du regard qui avait oublié de rallumer le sien.

« Lance. Écoutez-moi bien. Dans toutes les comètes observées et spectrographiées jusqu’ici, on a vérifié la présence d’eau. Pas dans les vingt-quatre fragments de SL9. En revanche on a détecté dans chacun des vingt-quatre fragments de SL9 la présence de lithium. Un élément qui n’avait jamais été identifié sur aucune comète ni aucun astéroïde… Lancelot ?... Vous m’écoutez ?

- Pourriez-vous jouer le coup suivant, Peter ? Je suis tellement fatigué…

- Vous avez gagné cette partie, Tom. Les blancs sont surmenés, débordés, foutus.

- Vous le saviez ?

- Naturellement. Vous avez joué exactement la même partie la première fois que nous nous sommes rencontrés, il y a bien des années, en 1994. La même partie, au moindre coup près.

- Vous aviez joué quoi, là ?... C’est votre tour, Peter…

- Je sais pertinemment que c’est mon tour, Lance, mais bordel là n’est pas la question ! Ce qui m’intéresse, maintenant que j’ai la preuve que vous êtes toujours là, quelque part dans les profondeurs de votre cortex, et que vos capacités de calcul non seulement sont intactes, mais témoignent toujours de la même passion de l’imprévisible et…

- Et de la même tendresse… » intervint Laura, radieuse.

« Ne m’interrompez pas ! » hurla Peter sans pouvoir se retenir une seconde de plus.

Après quoi un silence d’une demi-heure ou quelque chose comme ça se fit dans les cieux, et puis Tom répéta doucement, presque tendrement : « Et là… Peter… Vous aviez joué quoi ? »

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 09:18
(Très brève) - 32. Perpétuité (4)

Peter prit le cavalier e5 et ralluma son cigarillo éteint.

« Je vous cèderais volontiers ma chambre pour une séance de baise de quelques millions d’années supplémentaires, Lance. Je crois que Jennifer vous aime bien, malgré le pétrin où vous vous êtes fourré, et malgré la foule toujours croissante de ses prétendants.

- Toujours croissante, hein » fit Tom d’un air dégagé en reprenant e5 avec son fou.

« Ne l’écoute pas, Tom », intervint Laura. « Le seul qui peut rivaliser avec toi au pieu, c’est Stephen. Vous avez la même taille, on est quand même sur du 23, par contre Stephen, quand il bande, contrairement à toi, n’a aucun scrupule. »

Tom leva les yeux de l’échiquier quelques instants pour contempler le lever de la Lune sans pouvoir réprimer un petit rire.

« Aucun scrupule, hein ?

- Mais ne le prends pas mal car ça s’équilibre assez bien et j’aimerais continuer de baiser avec toi de temps en temps, Tom, parce que Stephen est un bon ouvrier, solide et fiable, mais toi tu es un artiste, imprévisible et tendre.

- Ahem », fit Peter en montant un pion en e4 pour repousser le double assaut des fous noirs. « Si vous permettez, jeunes gens, j’aimerais reprendre le cours de mon intervention. C’est bien beau de roucouler, mais vous avez tous deux une responsabilité vis-à-vis de la planète et, de mon point de vue, votre épanouissement sexuel personnel devrait être mis au service de notre lutte politique, et non l’inverse.

- Et pourquoi ne dépasserions-nous pas l’opposition artificielle entre lutte politique et bonheur sexuel ? » remarqua Tom en reculant sagement son fou en c7.

« Pour les mêmes raisons qui font de votre capture un très mauvais coup, Lance. En vous livrant chevaleresquement aux forces de l’ordre, vous avez mis en danger toute notre stratégie. Alors certes, c’est peut-être en vous jetant dans la gueule du loup, négligeant tous vos autres devoirs révolutionnaires, que vous avez définitivement séduit notre Jennifer adorée. Mais ce n’est pas ça qui vous rendra la mémoire, ni qui nous donnera la victoire… » prévint Peter en se décidant à envoyer en éclaireur un deuxième pion, quelque part en e4.

« Qu’entendez-vous par mes autres devoirs révolutionnaires, Peter ? » demanda Tom en négligeant les deux pions blancs au milieu de l'échiquier et en glissant tranquillement sa tour a8 en c8.

« Quelle est votre constellation préférée, Lancelot ?

- Vous répondez toujours aux questions par d’autres questions, Peter ?

- Et vous ?

- La constellation de la Vierge.

- Cela n’a rien d’étonnant.

- En quoi n’êtes-vous pas étonné, Peter ?

« Je suis astronome » répondit Peter comme si cela expliquait quoi que ce soit, tout en poussant son avant-garde jusqu’en e5. « J’ai été chercheur pendant vingt ans au CNRS où je me suis notamment occupé de la formation des galaxies. Mais j’ai eu bien d’autres casquettes au cours de ma carrière. J’ai notamment inventé la propulsion magnéto-hydrodynamique dans les années 1970 et, en partant du modèle cosmologique de Sakharov, j’ai récemment établi les équations fondamentales du transfert hyperspatial.

- Désolé, ce n’est pas mon domaine actuellement », répondit Tom en poussant un fou en b6, obligeant Peter à décaler instantanément son roi en h1.

« C’est dommage, Lance, car nous avons eu d’intéressantes discussions par le passé, vous et moi, sur les perspectives à long terme du voyage interplanétaire, voire intersidéral.

- Et pourquoi pas intergalactique ? » continua gentiment de se moquer Tom en amorçant sa véritable offensive avec un putain de cavalier en g4.

Peter eut un sourire attendri : « Je savais bien que la mémoire vous reviendrait peu à peu. Malheureusement, mon cher Lance, nous n’avons plus le temps pour ce genre de rêveries! Car ici », menaça-t-il en levant la main vers le plafond, « quelque part au-dessus de nos têtes, quelque chose menace les racines de l’existence humaine, animale et végétale !

- Et sans doute minérale. Ici, vous voulez dire au deuxième étage ?

- Non, ici, dans l’espace, entre 600 et 36.000 kilomètres d’altitude, Lance…

- Les... Les satellites ?

- Nous parlons de quelque chose de bien plus grave que les satellites, Lance. Nous parlons du Système.

- Evidemment, le Système, où avais-je la tête. C’est à vous de jouer, Peter », fit Tom en rallumant à son tour son cigarillo, les yeux rivés au fou blanc posté en d3.

« Oh, vous avez le droit de vous moquer, Lance. Quand on a perdu la mémoire, on a tous les droits, n'est-ce pas? Mais je vous implore de m’accorder votre attention encore quelques minutes, vous voulez bien ? » demanda Peter en déplaçant son fou blanc de d3 en e4, bloquant la diagonale du fou noir discrètement abandonné en b7.

« Un beau duel de fous », commenta Jennifer en se grattant lascivement sous le sein gauche.

« Le Système, Lance. Le Sys-tème.

- Oui, oui, bien sûr, le Système », répéta Tom sans pouvoir détacher son regard des miraculeux seins de Laura.

« Ne trouvez-vous pas étonnant, Lance, que l’être humain se sente obligé de convertir en nombre tout ce qu’il y a de beau, de désirable et, au final, d’apaisant dans le cosmos ?

- Ce n’est pas mon cas, Peter. Même si je ne cherche pas spécialement l'apaisement dans le cosmos, je me suis depuis longtemps libéré du syndrome de l’Arpenteur. »

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 09:53

Jennifer s’assit sur le lit et contempla l’échiquier quelques secondes avant de regarder Tom bien en face. Puis elle remit en ordre ou quelque chose comme ça sa jolie robe courte et entreprit de se faire un chignon avec ses cheveux noirs et bleus, les bras remontés derrière la tête, découvrant ses jolies aisselles approximativement épilées.

« Qu’est-ce que tu en penses, Peter ? Il a fait exprès ou tu l’as aidé ou c’est un parfait hasard ?

- Aucun des trois, Jennifer », répondit Peter en sortant d’une main qui tremblait légèrement son deuxième fou en d3.

Tom s’empara du pion c4 avec son pion d5, menaçant directement le fou qui venait de pointer son nez. Il s’éclaircit légèrement la gorge et demanda, les yeux rivés à l’échiquier : « Peter, avez-vous déjà envisagé l’hypothèse que nous tous, en tout cas nous trois, là, Laura-Jennifer, vous et moi, nous puissions être totalement fous, les uns et les autres ?

- Evidemment, j’envisage toujours toutes les hypothèses, Lance, du moins celles que je peux formuler.

- C’est une bonne chose. »

Peter vengea son pion avec le fou menacé et Tom attaqua à nouveau le fou avec un pion en b5.

« Contrairement à ce que vous semblez penser, Lance, Jennifer, nos amis et moi sommes des gens prudents, mesurés, attentifs, disons raisonnables. Nous sommes capables de reconnaître nos erreurs ou le danger, voire la folie », commenta Peter en repliant son fou en d3.

« Vous avez bien de la chance », répliqua Tom en glissant sa tour libérée en d8, achevant de déséquilibrer l’apparente symétrie de la partie. « Parce que moi, non.

- Lance… Ou Tom si vous préférez : vous pensez sérieusement être fou ? » demanda Peter en faisant tomber un peu de cendre de son cigarillo sur sa tour en h1, sans jouer.

Tom fit tomber la cendre de son cigarillo sur le linoléum et réalisa tout à coup l’évidence : le linoléum du premier étage était un pavage de carrés blancs et noirs alternés.

« Ecoutez, Peter ou qui que vous soyez. J’ai souvent entendu dire que les gens qui croyaient être fous ne pouvaient pas être fous, mais j’ai un gros doute là-dessus. Peut-être que ce sont justement les gens qui pensent être fous qui sont fous. Ou peut-être que tout le monde est fou et que deux gens raisonnables ce sont deux gens-gens qui ont la même espèce de folie, vous me suivez ? »

Peter décala sa reine en e2.

« Si je vous suis, Lance, six milliards de gens qui ont la même espèce de folie ce sont six milliards de gens raisonnables ? Allons, ce n’est pas sérieux. La folie, c’est la folie.

- Je n’ai pas l’impression de progresser beaucoup en discutant avec vous, Peter, même si ces cigarillos sont excellents. En fait, comment distinguez-vous les gens raisonnables des gens complètement jtongs ? » demanda Tom en installant confortablement un fou en b7.

« Nous ne sommes pas tous complètement jtongs ici, par exemple, Lance. Nous avons tous nos petites manies, évidemment. Quand vous voyez une comète tomber du troisième étage, c’est moi. Quand des paires de lianes tressées se mettent à danser devant vos fenêtres, c’est notre ami Jean. Quand vous êtes inondés du plafond, c’est une expérience de Jacques. Et quand vous trouviez une ampoule suspecte sur votre plateau-déjeuner avec marqué Visnu dessus, c’était notre pauvre ami, Maurice. De temps en temps, bien sûr, à force de chercher la consolation dans le défoulement le plus débridé, nous nous mélangeons les pinceaux. Il faut dire qu’en arrivant ici, nous avons traversé certaines… épreuves. Interrogatoires brutaux, drogues, lavages de cerveau, électrochocs, isolement plus ou moins prolongé… Nous sommes tous plus ou moins esquintés. Ce qui explique notre penchant un peu exagéré pour l’humour et notre rapport au temps euh disons… dix-temps-dus, passez-moi le jeu de mots. Histoire d’évacuer le stress, bien sûr, mais aussi de brouiller les pistes. Vous, vous me suivez ? » Et Peter se décida pour un petit roque.

« Pour brouiller les pistes, c’est réussi », répliqua Tom en se mettant soudain à sourire et en repassant à l’offensive avec un cavalier en e5. Il se sentait inexplicablement heureux. Rien de tout cela n’avait de sens, évidemment. Une totale et définitive perte de temps. Mais rien de tout cela n’était tout à fait désagréable, non plus. Par les temps qui couraient, c’était déjà pas mal. Tom se sentait bien ici, maintenant, même si tout était faux, même si tout était fou, même si à la réflexion la seule chose qu’il aurait vraiment désirée, là, maintenant, ça aurait été d’être seul avec Laura, ou Jennifer, ou quel que soit son véritable nom. Peut-être qu’au fond l’explication à tout cela, je veux dire l’explication d’absolument tout ce qui se produisait dans le monde, c’était : retarder infiniment l’arrivée de ce moment : le moment où Laura et Tom seraient seuls.

Mais peut-être que c’était ça, la folie.

Et peut-être que c’était ça, la vie.

Le syndrome de Roméo et Juliette, Juliette et Roméo.

Et Tom se dit, en attendant le prochain coup fourré des blancs, que tout au fond, que ce soit la folie ou autre chose, ce qu’il aimait, c’était, bon, disons le mouvement de la vie. Un truc au-delà des mots, mais parfois c’était avec des mots qu’on pouvait rapprocher le moment où ça arrivait, je veux dire le moment où le mouvement de la vie arrivait, quand on n’avait plus d’autres cartes à jouer que ces putains de mots.

« Vous avez une idée derrière la tête, Lance ?

- Non, Peter. Je n’ai plus de tête, je n’ai plus d’idées, je délire dans la solitude de mon crâne et c’est pas beau à voir, je voudrais juste que tout cela finisse et baiser avec Laura pour l’éternité ou quelque chose comme ça.

- J’apprécie ce qui me semble être la marque d’une absolue sincérité, Lance. Mais en seriez-vous seulement capable ?

- Je n’ai plus aucun doute là-dessus, mon vieux. »

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 23:04
La position de la partie Peter vs Tom à la fin de cet extrait d'après Jennifer

La position de la partie Peter vs Tom à la fin de cet extrait d'après Jennifer

« Et vous allez détruire ces... outils à vous seul, Peter ? » demanda Thomas en avançant un autre pion en e6.

« Bien sûr que non, Lance. Chacun de mes gestes, jour par jour, heure par heure, minute par minute, concourt à faire sortir d’ici la seule personne qui en serait capable », répondit Peter en jouant un pion en e3.

« Qu’est-ce qui vous fait penser que je pourrais détruire ces outils, Peter ? Puisque je suppose qu’il s’agit de moi, bien sûr ? Et de quels outils parlons-nous ? » demanda Tom en risquant son pion en c5.

« Vous ne vous souvenez donc vraiment pas de ce que vous faisiez avant de vous constituer prisonnier, Lance ? » répliqua Peter en avançant symétriquement en c4.

« De me constituer prisonnier ?

- Oui, d’après nos hôtes, c’est ce que vous avez fait, Lance. Il y a un an vous êtes allé vous livrer à ce qu’il est convenu d’appeler, non sans une certaine ironie, les forces de l’ordre, en conséquence de quoi vous avez fini par atterrir ici.

- Et pourquoi me serais-je livré, Peter ? » demanda Tom un peu énervé en déplaçant un cavalier en c6.

« Vous voulez dire pour qui », corrigea Peter en répliquant instantanément avec un cavalier en c3.

Tom cessa de réfléchir et monta un deuxième cavalier en f6 : « Eh bien allez-y, Peter, étonnez-moi. Pour qui me serais-je constitué prisonnier ?

- Pour Guenièvre, évidemment », répondit Peter en prenant audacieusement le pion c5 avec son pion d4.

« Et qui est Guenièvre, Peter ?

- Guenièvre, Guinivere, Jennifer. Bref celle que vous appelez Laura, alias Ralo. »

Tom essaya de se reconcentrer sur la partie quelques instants et reprit c5 avec son fou.

« Vous aussi, Peter, vous vous êtes constitué prisonnier pour rejoindre Laura dans cette charmante institution ?

- C’est Laura qui m’a rejoint ici, il y a maintenant quatorze mois, mon cher Lancelot », répondit Peter en préparant un mauvais coup en a3.

« De mieux en mieux. Alors vous, Peter, pourquoi êtes-vous ici ? » demanda Tom en avançant symétriquement en a6.

« Ça vous intéresserait donc de savoir pourquoi je me suis retrouvé le premier ici, dans cet asile, Tom ? » et Peter poussa comme prévu un pion en b4.

Comme s’il avait pu être ailleurs.

« Mais oui, Peter, étonnez-moi encore. Pourquoi diable vous êtes-vous retrouvé ici, dans cet asile ? » répliqua Tom en retirant prudemment son fou en d6.

Peter sortit un paquet de cigarillos d’un tiroir et le tendit à Thomas qui se servit. La fumée de leurs deux cigarillos commença lentement d’envahir l’échiquier et la chambre. Thomas leva les yeux et aperçut un détecteur de fumée au plafond.

« Soyez tranquille, Lance. Les alarmes et les caméras du premier et du deuxième étage ont été désactivées en prévision de votre visite. Du beau boulot. Un de vos anciens collègues a bossé là-dessus depuis deux jours, nous avons une bonne heure devant nous », expliqua Peter en postant un fou derrière un cavalier, en b2.

« J’espère bien que vous n’aurez pas besoin d’une heure entière pour m’expliquer comment vous avez atterri ici, Peter », objecta Tom en effectuant un petit roque.

Ils aspirèrent et expirèrent quelques bouffées en contemplant la position, le dos à leurs dossiers, épaules détendues, mains bien à plat sur la table.

« Qu’est-ce qu’un million d’années à l’échelle du système solaire, mon cher Lance ? Qu’est-ce que dix mille ans à l’échelle de l’histoire de la Terre ? Qu’est-ce qu’un siècle à l’échelle des ères glaciaires ? Et qu’est-ce qu’une heure à l’échelle d’une vie d’homme ? » demanda Peter en levant les sourcils et en poussant timidement sa dame en d2.

« Eh bien, ça dépend quel million d’années, et ça dépend quelle heure », répondit Tom en poussant un petit soupir et sa reine en e7.

« Jennifer ? » fit Peter après quelques secondes de silence et d’immobilité. « Jennifer, je crois que Lancelot est sur le point de se réveiller d’un très long sommeil. Vous feriez bien de venir voir ça. »

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 07:59
(Très brève) - 32. Perpétuité (1)

32. Perpétuité

42.5°E NewSat 1 (incl. 2.7°) 030613

« En tout cas je pense que ça va vous revenir. Il est important que ça vous revienne sans qu’on vous en dise trop. Mais je suis sûr que vos capacités de résilience sont immenses. Vous avez survécu à des choses incroyables par le passé, Lancelot. Et cette force est toujours en vous, même si vous ne savez plus qui vous êtes. Le corps mémorise de ces choses. Votre corps n’a pas oublié. Jennifer m’a beaucoup parlé de vous, ces dernières heures. Vous avez ce qu’il faut pour vous en tirer.

- Qui est Jennifer ? »

Thomas avança un cavalier en f6.

Peter répondit avec un cavalier en f3 et montra Laura toujours allongée en travers du lit.

« Quelle jolie fille, non, Lance ? Vous permettez que je vous appelle Lance ? »

Thomas avança un pion en b6.

« Comment avez-vous connu Laura, Peter ? »

Peter monta un autre pion en c4.

« Tout le monde connaît Jennifer. D’ailleurs… Ici, nous nous connaissons tous plus ou moins, non ?

- Non. Enfin qui ça, nous ? »

Et Thomas posta son fou en b7.

« Vous n’avez pas remarqué à quel point la science occupe une place décisive dans les obsessions de chacun d’entre nous ici, Lance ? Sous des formes plus ou moins burlesques, évidemment. Nous ne sommes pas tous Einstein. Mais à l’inverse, prenons garde à ne pas trop idéaliser Einstein non plus. Einstein au sens strict n’était pas une exception. Le génie n’est pas une exception. Le génie est quelque chose de rare. Mais le génie n’est pas quelque chose à part. Le génie, c’est l’intelligence poussée à ses limites. Cette définition semble évidente, elle est pourtant d’une fécondité surprenante. Beaucoup de choses très fécondes semblent d’une banalité effarante. C’est une sorte de mécanisme de défense psychologique. Nous savons que nous savons ce qui pourrait changer le monde. Et nous n’agissons pas. Et pour nous justifier de ne pas agir, nous trouvons tout très banal. Tout ça, tout ce qui pourrait nous sauver, au fond, dans le bruit de fond du métro-boulot-blabla, c’est du déjà-vu. Mais nous ne faisons rien. L’intelligence, c’est le lien entre les choses. Un génie ce n’est rien d’autre que quelqu’un qui voit des liens entre des choses là où la plupart des gens ne voient rien, ou préfèrent ne rien voir, ou ont appris à ne (plus) rien voir. Et je dirai même plus. Le génie c’est quelqu’un qui voit le lien possible entre les choses, et qui passe à l’acte.

- Je ne comprends pas très bien où vous voulez en venir, Peter.

- Bien sûr que si, Lance. Mais vous n’êtes pas encore passé à l’acte. »

Et Peter monta un troisième pion en g3.

« Bon. Tout ça c’est bien gentil. Mais si vous m’expliquiez le lien entre vous tous, les scientifiques de l’asile, Peter ? »

Thomas monta lui aussi un troisième pion, en c5.

« Vous ne vous considérez pas comme un scientifique, Lance ? Pourtant, à votre manière, vous en êtes un. Quelle est votre définition d’un scientifique, Lance ?

- Je n’aime pas les définitions. Elles m’empêchent de penser vite. »

Peter hocha la tête et poussa son pion d4 en d5, prenant définitivement le contrôle du centre de l’échiquier. Thomas encaissa d’un air morne.

« Je comprends ce que vous voulez dire, Lance, même si je pense qu’il est indispensable de penser à partir de certaines définitions claires… Sinon vous ne gagnerez jamais aucune partie… Euh, sans vouloir jouer les rabat-joie, cette ouverture a déjà été jouée en 1930, au championnat de Paris. Ça ne s’était pas très bien terminé pour les noirs. Vous semblez un peu rouillé, Lance. Voulez-vous recommencer ? »

Thomas contempla l’échiquier et sa position minable.

« 1 : 0 » fit Laura sans ouvrir les yeux mais en relevant lascivement un genou. Sa jupe glissa doucement le long du haut de sa cuisse, dévoilant une partie de sa hanche.

« Et donc vous êtes à l’asile depuis longtemps, Peter ? » demanda Thomas en remettant ses pièces en place.

« Il me semble parfois que je suis né ici, Lance. Qu’en pensez-vous ? Suis-je un fou passionné de science, ou un scientifique rendu fou par la passion de la vérité ? »

Thomas regarda Peter bien en face. L’homme était souriant, calme mais indéchiffrable. Poker-faced. Son visage lui rappelait bien quelque chose mais impossible de dire quoi, qui, où, quand, sans parler du reste.

« En tout cas vous restez ici, dans cette chambre, à jouer au pok… euh, aux échecs ?

- Eh oui, Lancelot. Je reste comme ça dans cette chambre à accumuler les échecs théoriques et les passages à l’acte manqués. Gardez les noirs, si vous le voulez bien, c’est vraiment votre couleur, vous savez.

- Pourtant vous n’avez pas l’air cinglé », risqua Thomas. « En tout cas moins que ce soir-là, à Noël, quand vous êtes monté nous rendre visite.

- Il faut bien jouer la comédie de temps en temps. Pour les caméras, quoi. Pas vrai, Jennifer ? Sans compter que simuler la folie est parfois un excellent défoulement », ajouta Peter en avançant de nouveau un pion en d4.

- Mais alors si vous n’êtes pas fou… qu’est-ce que vous foutez ici ? »

Thomas contra énergiquement en d5. Il allait montrer à ce type à qui il avait à faire.

« Je révise les ouvertures, Lance. On risque d’en avoir besoin.

- Pour quoi faire ?

- Pour détruire ce monde.

- Bon. Quelle est votre définition de ce monde et votre définition de détruire, Peter ? »

Peter leva la tête, soudain intéressé.

« Voilà une question qui méritait d’être posée, bravo, Lance. Ma définition est simple. Par ce monde, j’entends : le réseau de communications de ce monde. Son intelligence matérielle, si vous voulez. Et par détruire ce monde, j’entends en réalité : détruire cette intelligence matérielle ou du moins lui infliger des dégâts suffisants pour la réduire quasiment à rien. En d’autres termes : détruire le réseau de surveillance, de contrôle et les capacités d’action de ce monde. Hum… Mes capacités de définition ne sont plus ce qu’elles étaient… Mes idées doivent vous sembler un peu embrouillées et j’en suis désolé. »

L’homme avait soudain l’air infiniment triste.

« Disons, Lance, que… J’aime beaucoup cette planète. Détruire le monde, ce n’est pas détruire la planète. Je veux juste débarrasser la planète de ceux qui s’en croient les maîtres. Enfin, pas de ceux qui s’en croient les maîtres. Juste débarrasser la planète de leurs principaux outils. Vous me suivez, Lance ? On ne va quand même pas continuer à encaisser ça perpétuellement, si ? »

Et Pete avança un cavalier noir en f3.

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15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 07:31
Viktor Vasnetsov, Le chevalier à la croisée des chemins (1882)

Viktor Vasnetsov, Le chevalier à la croisée des chemins (1882)

 

Deuxième partie

Terre

 

S’il y eut un temps où les choses parlaient

sans qu’on les sollicite,

il faut être un homme de l’époque actuelle

pour croire que ce temps appartient au passé.

 

Antonin Artaud, Messages révolutionnaires

 

 

31. L’influence

44.0°E Intelsat 602 (moving 0.5°E/day)

“Ecoute”, elle avait dit en posant tendrement sa main sur son oreille, si bien qu’il était obligé d’écouter par l’autre. « Je vais t’emmener voir quelqu’un qui peut t’aider. Tu vas comprendre des choses nouvelles. En d’autres termes, tu vas te souvenir.

- OK.

- Arrête de dire OK. Ça veut dire Zéro Mort à la base. Il y a eu des morts. Et il y en aura encore. Donc pas OK. Many Killed. Many, Many Killed. MMK.

- D’accord. Emmène-moi. »

Elle l’avait entraîné au bout du couloir dans un cagibi méconnu des dieux et l’avait poussé dans le noir à travers un fatras de balais brosses et de séchoirs à serpillères ou un truc dans le genre.

« C’est par ici, avance, Tom.

- Quoi ? Qu’est-ce qui est par ici ?

- La Voie.

- La Voie ?

- Ta Voie. Et la Mienne, pour le moment.

- Bon. »

Dans ce qui n’était peut-être pas seulement un cagibi ils avaient descendu une volée de marches en tâtonnant.

« C’est dément cet escalier dérobé. Quand est-ce que tu as découvert ça, Ralo ?

- Depuis l’origine.

- Depuis l’origine ? L’origine de ce bâtiment ?

- On appelle ça des plans.

- T’aurais quand même pu nous dire depuis le temps !

- Je les ai trouvés hier les plans. Et vous méritez pas que je vous dise le quart de la moitié du commencement d’une chose que je sais, ni toi, Thomas Book, ni Stephen, même s’il baise comme un taureau, ni aucun des mecs du deuxième étage.

- Je vois le genre… »

Elle l’attrapa par le col de sa chemise et le secoua trois bonnes secondes avant de le foudroyer en quelques phrases.

« On vous dit nos trésors. On vous dit ce qu’on a de plus précieux. On vous dit la connaissance qui pourrait changer le monde. On vous la dit. On se creuse la tête pour trouver la formule qui vous fait comprendre et quand on a trouvé parfois au bout de plusieurs années, on vous la dit. Et vous, vous allumez la télé, ou vous ouvrez un bouquin, ou vous dites c’est très intéressant, ou vous nous refaites la Théorie Générale du Grand Tout. Alors on y réfléchit à deux fois avant de vous parler maintenant, tu captes, Tom ?... Allez avance. »

Les mains de Tom butèrent dans l’obscurité contre une cloison.

« Et maintenant ? » demanda Thomas légèrement anxieux.

Laura le bouscula et la cloison céda. C’était une porte. Ils étaient dans un autre cagibi.

« On est descendus au premier étage ?

- Bravo.

- Et maintenant ?

- Maintenant quoi, Thomas ?

- On fait quoi maintenant ? »

Laura soupira, rajusta l’ourlet de sa robe sur ses cuisses et resta immobile. Thomas resta les yeux rivés à l’ourlet de sa robe. Il y avait un peu de lumière. Elle passait sous une porte. Thomas poussa la porte qui s’ouvrit sur un couloir du premier étage.

Thomas inspira un grand coup et fit trois pas en avant. L’étage cette fois semblait désert. Laura le prit doucement par la main et l’entraîna derrière elle. Ils entrèrent sans frapper dans la 109.

Un homme d’une cinquantaine d’années au visage franc et aux traits étonnamment réguliers, les yeux grossis par les verres d’une paire de lunettes tout droit sortie des années 1980, les regardait en souriant, assis à une table, un vaste échiquier de concours placé devant lui.

« Thomas, je te présente Peter.

- Enchanté », fit Thomas en reconnaissant le petit génie du calcul de la veillée de Noël.

Le type se leva et vint lui serrer la pince en disant : « Messire Lancelot, c’est un plaisir de recroiser votre route.

- Moi, c’est Thomas », fit Thomas Book.

“Ah”, fit Peter. “C’est votre nouveau nom de code, c’est ça ? Du moment que vous faites toujours dans la chevalerie errante. »

Puis il invita Thomas à s’asseoir à la table.

Laura alla s’allonger sur le lit et ferma les yeux en croisant ses jolis doigts sur son joli ventre.

Thomas resta les bras ballants.

« Asseyez-vous, Lancelot.

- Lancelot du Lac, le chevalier à la charrette ?

- Je savais que vous n’aviez pas tout oublié. Asseyez-vous. Voyons si vos capacités de calcul sont intactes. Allons, allons, n’ayez pas peur, si vous n’y arrivez pas je ne vous ferai aucun reproche, asseyez-vous, Thomas. Vous préférez que je vous appelle Thomas, c’est ça ? »

Thomas s’assit à contrecoeur en jetant un coup d’œil à Laura qui avait toujours les yeux fermés. Il aurait espéré un quelconque signe d’encouragement de sa part mais tout ce qu’il obtint fut un doigt d’honneur envoyé à l’aveugle.

Le type ramassa un pion noir et un pion blanc et magouilla un truc sous la table avant de tendre les deux poings vers Thomas. Thomas choisit le poing gauche. Pion noir.

« Il y a les chevaliers blancs, et les chevaliers noirs. Vous, Thomas, vous êtes le Chevalier noir. Vous avez le pouvoir de détruire ce monde, mais vous ne le savez plus. Vous avez conquis ce pouvoir ces trois dernières années. Vous avez inventé les moyens de réaliser la plus grande opération de sabotage de toute l’histoire de l’humanité, mais vous l’avez oublié. Alors voilà, jouons une partie d’échecs. C’est un excellent exercice pour comprendre ce que signifie l’expression : détruire le monde. Tout le monde parle de changer le monde, ok, ok, mais il y a changer le monde, et il y a détruire le monde. Vous, Lancelot, enfin je veux dire Thomas, c’est la destruction. Bam. Pas de discussions, pas de blabla, pas d’hésitations sans fin. Bam. Et le monde est détruit. Vous allez voir. Ça va vous revenir. »

Et Peter avança un pion blanc en d4.

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13 août 2017 7 13 /08 /août /2017 08:56
Magritte, Les Amoureux, 1928

Magritte, Les Amoureux, 1928

30. Jonction et séparation

Quelques jours passèrent encore, comme c’est la tradition dans ce genre de cas.

Puis un sale matin Thomas découvrit une nouvelle petite feuille de papier glissée sous sa porte et l’observa attentivement depuis le lit où il gisait sur le côté, un œil enfoui dans l’épaisseur d’un oreiller spécial luxe offert par Stephen, l’autre œil en mode périscope inversé, pleinement plongé dans la contemplation du réel ultra-matinal.

Qu’est-ce que c’était encore cette foutue feuille de papier.

Vaguement pliée et repliée, presque chiffonnée, comme une ébauche ou une épave d’oiseau blanc-jaune à rayures bleues.

Est-ce que Laura n’en avait pas marre de jouer à ce jeu.

Est-ce que c’était vraiment un jeu.

Si Laura ne lui disait pas clairement qui il avait été avant de perdre la mémoire, ou en tout cas une bonne petite proportion de sa mémoire, disons un pan entier, à moins qu’il ne fallût dire l’inverse : il lui restait un ou deux pans de sa mémoire,  en gros ces trucs un peu douteux qu’on appelait l’histoire et la science, juste ces deux petits pans de merde comme s’il n’avait jamais eu de vie à lui, une fois mis à part ces quelques bribes de souvenirs dont après tout en poussant un tout petit peu il aurait été facile de dire qu’ils n’étaient que des souvenirs de films, de reportages ou de récits, même si quelque chose dans le corps de Tom semblait avoir été inscrit, mais pouvait-on se fier à ses sensations physiques, etc.

Si Laura ne lui disait pas clairement qui il avait été avant de son point de vue à elle, est-ce que ce n’était pas tout simplement parce qu’elle avait honte, elle aussi, de ne pas se souvenir et toutes ces sortes de choses.

Est-ce que ce n’était pas le signe d’une souffrance cachée celle d’une femme que Tom ça il en était sûr même s’il ne se l’expliquait pas aimait est-ce que ça n’aurait pas été à Tom de la titiller elle je veux dire Laura pour la pousser à faire l’effort de

Il se leva, enfila un jeans et une chemise parce qu’il faisait frais en cette fin d’été à moins que ne persistât simplement en lui le lointain souvenir physique d’un froid d’une autre vie et alla chercher le bout de papier à la con.

Etait écrit :

« Salut Tom. Bon du coup on arrête la saison de Mahjong ici d’un commun accord avec Stephen. La situation est trop affreuse. Fin je veux dire pour Maurice et tout.

Final des points d’après nos calculs :

Laura : 6.976

Stephen : 1.492

Tom : 0.

Et encore, ton véritable score aurait dû être de

Tom : - 32.301

Suite à ta dernière misérable tentative de réaliser un Grand jeu. Seulement la tradittion veut qu’on n’attribue pas de score négatif à un joueur en difficulté quand aucun art urgent n’est enjeu. Histoire de ne pas l’humilier inutilement.

Tu vois ce que je veux dire ?

En tout cas ces scores résument assez bien la situation !!!

Bisoux !

Ta chère et dévouée R410

PS : surtout Tom, ne vois dans tout cela aucune allusion sexuelle. Fin je veux dire aucune allusion à la situation sexuelle. Tu n’étais pas vraiment mal mais Stephen me fait des choses que tu ne m’as jamais faites et que par conséquent tu ne me feras jamais. Re-bisoux ! »

Tom se mit à sourire doucement, même s’il éprouvait une irrésistible envie de retourner se coucher. D’ailleurs l’un n’empêchait peut-être pas l’autre et il essaya.

Il se mit à rêver aux phrases de sa réponse à Laura en regardant un coin de ciel sans intérêt par un bout de fenêtre.

« Chère Laura.

Terminons par la fin.

1) La situation est ce qu’elle est. N’en rajoutons pas.

2) En tout cas moi je n’en rajouterai pas.

1bis) Maurice me manque.

3) De manière générale tu ne réponds pas à ce que je t’écris. Fin je veux dire ça ne provoque aucune réaction visiblement en rapport avec ce que je t’écris. Peux-tu, en tout cas si cela t’importe d’une manière ou d’une autre, tenter de m’expliquer pourquoi ? Est-ce le résultat d’une souffrance ? Est-ce un appel au secours informulé voire informulable ? Est-ce que c’est juste que ça ne t’intéresse pas plus que ça, sans raison particulière ? Est-ce que tu es juste trop conne, ce qui serait curieux car je suis amoureux de toi, mais on ne sait jamais ? Fin l’expression ‘amoureux de toi’ n’est peut-être pas ce qu’il y a de plus réussi dans la civilisation française, in love with you est beaucoup plus sexy, disons que si j’avais le choix là maintenant fin pas là maintenant parce que là je rigole, mais disons si j’avais eu le choix les trois quarts du temps ces derniers temps j’aurais préféré être au pieu ou dans les bois avec toi plutôt que n’importe où ailleurs, etc.

4) Le pluriel de bisou est bisous et quelque part c’est sûrement très con mais je pense qu’il est assez miraculeux mais tout à exact qu’on peut faire des baisers magnifiques sans savoir l’alphabet mais certainement pas des bisous à la con. Donc mets un S si tu peux à la place du X mais sinon pas grave, je trouverai bien quelqu’un à embrasser et à me faire embrasser par (la simultanéité de phénomènes accordés au fond est ce qu’il y a de plus miraculeux dans ton foutu Cosmos) ne serait-ce que dans ce qui me sert de rêves. Sic transit gloria mundi.

5) Tu te souviens que quand on était gosses on savait qu’en l’espace de trente minutes l’humanité pouvait être effacée de la surface de la Terre par une guerre nucléaire. Je me demande maintenant si ça n’a pas eu une influence décisive sur notre psychologie à nous fin je veux dire toi et moi-même si je pense que nous sommes dans ce pseudo-asile pour une tout autre raison que notre pseudo-folie d’ailleurs d’où vient le mot folie ? Mais pour en revenir à cette sorte de peur très spéciale (c’est le mot peur qui convient non ?) il y a un truc qui me tue ces jours-ci depuis la mort de Maurice je me dis : si toute l’humanité était rayée de la carte dans trente minutes, enfin pourquoi pas tout de suite parce qu’après tout personne n’a prévu de me prévenir de la fin du monde dès la détection d’une centaine de signaux radar simultanés quelque part au-dessus de la taïga sibérienne ou d’Alaska, bref si tout s’arrêtait brusquement comment est-ce que je ferais pour savoir si j’ai vraiment eu un enfant avant d’être enfermé ici est-ce que ça au moins tu pourrais me le dire si tu te souviens ?

6) Et est-ce que mon enfant ne va pas se sentir terriblement seul s’il existe et qu’il voit que j’ai laissé la fin du monde arriver ? ça aussi s’il te plaît une réponse si tu sais quoi que ce soit merci. Point final.

7) Rapport au final des points de la saison : je n’ai jamais été doué pour les jeux d’argent, même quand on remplace l’argent par des nombres griffonnés sur du papier. Mais ce n’est pas un problème. Sauf si vous vous amusez plus avec un adversaire sérieux, fin je veux dire avec un adversaire.

8) Je ne pense pas que ce score résume la situation, à moins que ce ne soit la situation de ton point de vue mais bon. De mon point de vue qui vaut ce qu’il vaut c’est-à-dire rien voire moins que rien (-32.000 c’est à peu près la date de la première peinture de l’humanité ce qui est tout de même assez saisissant de mon point de vue par exemple) non oublie.

9) Il n’y a pas de situation sexuelle. Il n’y a pas de sexe. Il n’y a pas de situation. Il y a le corps dans la pensée et la pensée dans le corps. Toute partie du corps est érotique quand la pensée s’en mêle. Aucune partie du corps n’est érotique quand la pensée s’emmêle. Et réciproquement. Je développe histoire de ne laisser aucune ambiguïté, voire très peu : Toute partie de la pensée est érotique quand le corps s’en mêle. Aucune partie de la pensée n’est érotique quand le corps s’emmêle, à moins que ce ne soit avec un autre corps. Et réciproquement fin je veux dire à moins qu’une pensée ne s’emmêle dans une autre pensée. Cui bono. (Note en me relisant : j’ai oublié un élément clé de toutes ces équations : le lieu. Enfin ce n’est pas un élément de ces équations, c’est une nouvelle équations dans ce systèmes d’’équations. J’espère avoir été plus clair maintenant.)

10) Si une ou plusieurs phrases de ce message te déplaisent ou te mettent mal à l’aise, tu n’as qu’à les rayer d’un trait propre fin je veux dire qui n’efface pas complètement le mot pour que je puisse lire et faire mieux la prochaine fois s’il y en a une. En attendant la prochaine fois ne tiens aucun compte des phrases qui te déplaisent ou te mettent mal à l’aise. C’est comme ça qu’on fait dans la vie et parfois on a raison.

11) T’aurais pas du papier à cigarettes ?

Besos

Thomas »

Evidemment, il rêvassa aux réactions possibles de Laura en lisant sa réponse et il trouva que c’était pas mal du tout tout ce que ça pouvait provoquer mais en fait il n’écrivit jamais ces phrases d’abord parce qu’il n’avait pas beaucoup de papier, ensuite parce qu’on lui avait confisqué son dernier stylo, et enfin parce que lui il ne savait pas très bien comment Laura faisait pour faire circuler tous ces messages à la con.

D’ailleurs maintenant que j’y pense d’après les récits que j’ai pu rassembler par la suite Laura et lui ne feraient plus jamais l’amour mais ça, ils ne le savaient pas encore et s’ils l’avaient su, il est probable qu’ils auraient tout fait pour baiser encore quelques coups mais après tout on ne peut pas tout savoir dans la vie.

La seule chose qu’on peut savoir c’est qu’on ne peut pas tout savoir et donc agir en conséquence.

Moi aussi j’espère avoir été plus clair.

Maintenant.

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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 08:55

29. Chute dans l’abîme

48.0°E Eutelsat II f2 (incl. 3.0°) 030607 45.0°E Europe*Star 1 030607

Le 29 août Maurice but un verre de thé seul dans sa chambre, continua de discuter quelques minutes avec lui-même assis sur le rebord de la fenêtre, perdit l’équilibre et tomba du deuxième étage.

Il mourut sur le cou.

(Cependant la chute de six mètres d’un homme pris de vertige ou déséquilibré et qui n’a jamais été entraîné à se rétablir dans les airs ne constituerait pas à elle seule ce que les Chinois des temps anciens et les Chinois des temps futurs appellent une « chute dans l’abîme ». Car celle-ci ne nécessite en réalité ni chute, ni abîme au sens habituel du terme. Un homme qui a encore de très longues années à vivre, apparemment les deux pieds sur Terre, en bonne santé et – c’est là un point crucial – tout à fait indépendamment de son statut économico-socio-spirituel, riche ou pauvre ou ni l’un ni l’autre, admiré, méprisé ou ignoré, cultivé, inculte ou idiot (au sens étymologique du terme), peut être en chute libre dans l’abîme. Cette chute peut être volontaire ou accidentelle ou voulue par d’autres, conscience ou inconsciente ou voulue par des dieux absents, présents ou disparus, perceptible, imperceptible ou symbolique. Cette chute, comme celle d’un corps dans le vide intersidéral, peut être verticale, horizontale ou diagonale : d’un point de vue au-delà des points de vue, elle est tout cela à la fois et peut paraître ininterprétable. Il n’en reste pas moins que Maurice, du point de vue de Thomas, est mort. Et là se trouve, du point de vue de Thomas, l’une des chutes dans l’abîme possibles. La mort d’un ami n’est pas la fin de quelque chose. La mort d’un ami ne s’arrête jamais. La mort d’un ami ne s’arrête selon toute probabilité que le jour où vous mourez vous aussi. Et encore.)

Tom déplia le papier glissé sous sa porte et lut : « ça va, tom ? laura »

Mais il n’avait, lui, aucun moyen de faire passer un mot à Laura pour lui répondre. Alors il ouvrit la fenêtre, se pencha vers celle de Laura qu’il n’arrivait pas à voir et appela : « Laura ? »

Mais il n’y eut pas de réponse.

Tom regarda le sol six mètres plus bas.

Il avait déjà sauté une fois de cette fenêtre et encaissé le choc de l’atterrissage sans difficulté, sans doute entraîné dans une vie antérieure à rouler-bouler pour soulager son squelette en encaissant une bon petit paquet de newtons.

Mais ce n’était pas une chute et ce n’était pas un abîme.

C’était un saut et une pelouse.

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6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 10:54

28. Ce qui est grand traverse

55.1°E Insat 2DT 030416 53.0°E Gorizont (incl. 4.1°) 011001

Ils sont tous alignés assis dans le hall. Stephen et Book au centre, Laura très loin trop belle, à droite, un brin d’herbe folle aux lèvres sages.

Le docteur, bien en face, est entouré de toute l’équipe saignante.

« Où a disparu cette arme ?! » hurle le docteur d’un air patient.

Silence au poulailler.

« Ecoutez-moi bien. Si vous ne me dites pas où est cette arme dans les cinq minutes, il n’y aura plus de visites !

- Moi j’aime pas les visites.

- Taisez-vous, Laura.

- Mais c’est vrai c’est tout le temps pour les autres. Moi j’aimerais bien qu’un chevalier errant vienne me dire bonjour j’ai entendu parler de toi j’ai vu ce que tu fais et je suis venu t’emmener si tu le souhaites pour mettre à bas les structures exist…

- Laura, restez en dehors de ça.

- Je suis, en dehors de ça.

- C’est bien ce que je dis. Restez en dehors de ça. Cinq minutes ! »

Le temps passe, pas pressé. On entend le fantôme de Maurice jouer les chevaliers errants les comédiens les troubadours.

« Nous allons organiser une fouille sys té ma tique de l’étage. Une enquête sera menée. Nous saurons tout. Vos chambres n’auront plus de secret pour nous. Nous saurons tout. Nous saurons d’où est venue cette arme. Nous saurons qui l’a introduite dans l’établissement. Nous saurons à qui cette personne l’a fait parvenir. Nous saurons où cette arme est cachée. Nous saurons qui l’a cachée. Nous saurons avec la complicité de qui. Nous saurons dans quel but. Nous confierons la suite de l’affaire à la… à la police et les coupables seront punis par loi.

Stephen s’agite sur sa chaise.

« Stephen vous avez quelque chose à nous révéler ?

- Est-ce que nous saurons pourquoi nous sommes là ?

- Vous êtes là parce votre place est ici.

- Non mais je veux dire on ne sait pas pourquoi l’être humain est ici.

- N’essayez pas de noyer le poisson, Stephen. L’heure tourne. Où est cette arme ? Voulez-vous vraiment avoir à faire à loi ?

- A la loi ? » se risque Loïc.

« Où est cette arme ?! »

Stephen essaie de se rattraper. Tom trouve qu’il fait une drôle de tête et se demande s’il va craquer.

« Ok, Monsieur le Docteur. Mis à part votre respect c’était pas une arme, même selon l’oie.

- Très intéressant, Stephen. Les deux infirmiers qui sont intervenus et que certains d’entre vous ont sauvagement agressés ont vu cette arme pendant quelques instants et l’ont clairement identifiée comme un calibre .45. Cette arme peut arracher la tête de quelqu’un. Mais vous affirmez que cette arme n’en était pas une ?

- Comment ils savent reconnaître un .45 vos infirmiers ? Ils ont fait l’Armée ?

- Vous affirmez que cette arme n’en était pas une, Stephen ?

- Tout à fait oui, Monsieur le Docteur.

- Et c’était quoi, selon vous ?

- Un briquet, Monsieur le Gentil Docteur.

- Un briquet en forme de pistolet automatique ?

- C’est exactement ça, Monsieur le Docteur », confirme Stephen soulagé par les capacités d’analyse du docteur. « Vraiment, on ne peut rien vous cacher à vous alors.

- C’est bien vous qui teniez ce… briquet à la main lorsque les infirmiers sont intervenus, Stephen ?

- Oui, Monsieur le Docteur. Il faut bien l’avouer, Monsieur le Docteur.

- Et qu’aviez-vous l’intention de faire avec ce briquet en chambre 209 à 6h30 du matin, Stephen ?

- J’étais venu menacer Book, Monsieur le Docteur.

- Avec un briquet ?

- C’est tout à fait ça, Monsieur le Docteur.

- Ça ne tient pas une seule seconde comme explication.

- Taisez-vous, Laura. Et pourquoi étiez-vous venu menacer Book, Stephen ?

- J’ai pas le droit de vous dire, mais ça à un rapport avec la religion. Vous savez tout est lié. Book. La Bible. Le déluge. La pêche originelle. Les tables. L’oie. Même les chevaliers errants. La table ronde. Le code. L’honneur. Le vice. La forme. L’esprit. Et par conséquent Dieu. Le cosmos. L’amour. Au fond, la question est : un troubadour doit-il porter un briquet ou peut-il se contenter de faire des belles chansons qui se vendent bien ?

- Stephen. Pourquoi étiez-vous venu menacer Book ?

- Je viens de répondre, Monsieur le Docteur. Mais je comprends que ça doit être difficile à comprendre pour vous, car vous, vous n’êtes pas fou. »

Le docteur se contient très bien. Des années d’expériences. Il attend quelques secondes d’avoir rassemblé quelques idées.

« Parfait. Puisqu’aucun, aucune d’entre vous ne veut collaborer vous serez tous, toutes bouclés dans vos chambres jusqu’à nouvel ordre. Les fouilles auront lieu plusieurs fois par jour. Aucun contact entre vous. Aucune visite cette semaine. Jusqu’à ce que nous retrouvions cette arme. Il n’y a pas trente-six mille cachettes possibles. Rien n’a jamais pu nous échapper éternellement. Mais vous, Stephen, je vais en référer à vos parents.

- Ok, mais mes parents ils sont en voyage.

- Je vais les faire revenir.

- Alors ça, ça m’étonnerait…

- Et pourquoi ça vous étonnerait ?

- Ils participent à une expérience de confinement dans un biodôme étanche dans le désert de l’Arizona.

- …

- Ils sont comme vous, ce sont de grands scientifiques, Monsieur le Docteur.

- Taisez-vous maintenant, Stephen.

- Oui, oui, je me tais. Je veux bien me taire si ça peut vous aider à vous sentir mieux, Monsieur le Doc…

- Taisez-vous ! »

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4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 21:52

27. La nourriture

57.0°E NSS 703 030610 56.0°E Most 1 030124

Un matin il ouvre à peine les yeux et Stephen est accoudé au bout du lit et le braque avec un flingue.

Philippe est à côté, ravi, un paquet de Marlboros à la main.

« Tu vas mourir, Thomas Book », annonce Stephen l’air tranquille.

Ann est à la porte, affolée.

« Stephen ! Stephen… Tu ne tueras point. Stephen. Tu ne tutueras poiiiiiiiint. Tuuuuuuuuue ne tuuuuuuuuueras poooooooint. Stephen. »

Philippe s’esclaffe, incapable d’ouvrir correctement son paquet de clopes.

« C’est ta dernière cigarette, Thomas Book !

- Stetetetetephen. Tutututututu ne tututututututueras point.

- Oh la ferme, la Sainte, on a bien le droit de tuer ! »

Maurice et Loïc arrivent à la porte.

« Ouaaah, putain.

- T’as vu j’t’avais dit. »

Ils ont bien du mal à se retenir d’avancer encore un peu pour essayer de toucher le truc, ça se voit depuis le bout du lit, la tête appuyée sur la tête de lit.

« Eh, Stephen, tu nous le passes, pour voir, s’te plaît ?

- Vos gueules, les mecs. Je suis venu m’occuper de mister Book. Il paraît qu’il a des trucs à nous dire mais qu’il fait pas son boulot.

- Stetetephen…

- C’est quoi ces conneries ?

- Laisse-le s’ex-primer. C’est lui qui va nous dire, sinon…

- Vous dire quoi ?

- Allez tu me le passes.

- Moi j’aim…

- Ouais dis tu nous le passes ?

- Ta gueu…

- Mais Stete…

- Stete il t’emmerde, Anne.

- Vas-y quoi donne.

- Fais pas chier le commercial ou c’est toi que je bute en premier.

- T’as combien de balles ?

- Mais comment t’as fait pour récupérer ça ?

- C’est sa sœur !

- Steteph…

- STETEPH il en a marre de tes jérémiades, espèce de folle!

- Stetephen j’arrive pas à ouvrir le… le paquet.

- Merde vous êtes tous des boulets, tu magnes, oui ?

- Je trouve pas le truc qui se décolle tu sais le truc qui avec mon ongle…

- Allez grouille, Philippe, il va en avoir besoin de sa dernière clope s’il continue à me regarder comme ça le mister Book comme on dirait un chien-loup là.

- Ouais le chien-loup dans le film !

- Quel film ?

- Danse avec les fous.

- Danse avec les loups, espèce de fou.

- Ta gueule Loïc.

- Alors Tom, t’as peur ?

- Non.

- Tu peux dire la vérité, ça changera rien. T’as peur ?

- Non. J’ai faim.

- Pas crédible. Et quoi d’autre ?

- J’ai faim, et j’ai envie de donner à manger à quelqu’un.

- T’es pas encore bien réveillé on dirait. Tu réalises que j’appuie sur la gâchette et t’es mort ? T’as peur ?

- Non. J’ai faim, et j’ai envie d’avoir quelque chose à donner à manger à quelqu’un.

- A qui ?

- A un enfant.

- Quel enfant ?

- Mon enfant.

- Putain. T’as un enfant ?

- Je crois pas.

- Alors pourquoi tu veux donner à manger à un enfant que t’as pas ?

- Il est bizarre.

- Stetephen, Tom a un… un… un enfanfanfant.

- Il a pas d’enfant. Il cherche juste à nous apitoyer.

- J’ai besoin d’apitoyer personne. Je préfère crever que t’apitoyer, Stephen. Je suis encore à moitié dans mes rêves et même si je sais plus très bien si je me souviens de mes souvenirs ou si je me souviens de mes rêves, je sais qu’une seule chose. J’ai faim. »

Laura arrive à la porte les cheveux tout emmêlés et les yeux encore bouffis de sommeil.

« Bon qu’est-ce qui se passe en 2209 ?... Ah oui.

- Laura qu’est-ce qui…

- Détends-toi Tom, après tout soit tu vas mourir, soit tu vas vivre, il n’y a pas d’autre possibilité.

- Il veut pas parler.

- Je veux pas parler de quoi ?

- Quelle est la situation en 2209 ?

- En l’an 2209 ?

- Tu vois Laura il essaie de gagner du temps.

- Puisqu’il veut pas nous dire la situation en 2209 on va le buter.

- Bon, butez-le, moi je vais réclamer du café et des sans-croix, tu m’as vraiment crevée cette nuit, Stephen.

- OK, Laura. Enfin je veux dire One Killed.

- Stetete…

- Ok Book, je te le demande pour la dernière fois, tu craches le morceau ou… »

Thomas Book vole sur un ou deux mètres et se cramponne au bras de Stephen pour arracher le calibre et ils s’écrasent tous les deux sur le linoléum merdasse avec un grand bong.

Stephen résiste de toute ses forces en rigolant le bras tout tordu sans lâcher l’arme Philippe vient l’aider à désespérément tourner le canon vers la tête de Thomas mais Ann se précipite pour l’en empêcher Loïc la retient Maurice retient Loïc Laura va réclamer le café.

Bong.

Bong.

Bong.

Bong.

Bong.

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