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16 novembre 2017 4 16 /11 /novembre /2017 11:12

 

Il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression.

Préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme, 1948

 

On désigne comme terroristes ceux que l'on s'apprête à frapper.

Comité invisible, A nos amis, 2015

 

Il ne nous paraît pas possible d'affirmer que l'existence de l'entreprise terroriste serait caractérisée uniquement par l'adhésion proclamée à une littérature révolutionnaire. Cela reviendrait peu ou prou à réduire l'entreprise à l'expression d'une conviction.

Avocat général à la Cour de cassation, 2017

 

Certains anciens ministres et cadres de la Direction Générale du Renseignement Intérieur (DGSI) doivent manger leur chapeau. Mais d'autres doivent espérer éviter ainsi un procès public de l'antiterrorisme. Nous nous attellerons évidemment à ce qu'il ait lieu.

Mathieu Burnel, 2017

 

No good deed goes unpunished.
Oscar Wilde

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9 novembre 2017 4 09 /11 /novembre /2017 06:48

Un jour, un novice se présenta pour recevoir

l'enseignement d'un maître soufi.

 

« // te faut d'abord trouver la réponse à une question, lui dit l'un des disciples.

Si tu y parviens, le maître t'acceptera comme élève dans trois ans. »

La question lui fut posée et l'élève s'acharna jusqu'à ce qu'il eût trouvé la réponse.

Le disciple du maître porta la réponse au soufi et revint avec ce message :

 

« Ta réponse est correcte.

Tu peux t'en aller et attendre

que les mille et un jours soient écoulés ;

ensuite, tu pourras revenir ici

pour recevoir l'Enseignement. »

 

Le novice était ravi.

Après avoir remercié le messager, il lui demanda :

« Et que serait-il arrivé si je n avais pas su fournir la bonne réponse ?

 

- Oh, dans ce cas, tu aurais été admis immédiatement ! »

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9 novembre 2017 4 09 /11 /novembre /2017 06:34

“My concern is not whether God is on our side; my greatest concern is to be on God's side, for God is always right.”


Abraham Lincoln

 

“If you're unable to listen to things or even to people, you might consider not only dropping your weapons, not only stopping giving money to your generals, but also shutting up.”

Evan Shipman


 

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 08:28
Les bons et les mauvais migrants de nos guerres

Environ 40.000 personnes mortes en essayant de traverser la Méditerranée depuis 1990.

Dont au moins 15.000 depuis 2014. (OIM)

Mais aussi au moins 30.000 morts en traversant le Sahara depuis 2014.

En octobre 2017, plus d'un million de réfugié-e-s sont prisonniers en Libye. (MSF)

Tortures, viols, esclavage, rançons touchent l'écrasante majorité de ce million de "migrants".

 

Ces photos ont été transmises par Aurélien Sigwalt, de retour de six mois de mission en Libye avec MSF. Prises en 2017, elles montrent des migrants victimes de kidnapping. Tous ont été affamés et battus avec des tuyaux ou des tubes en fer. Certains ont été brûlés, d’autres ont contracté des maladies comme la gale, qui, non soignées, se sont infectées. Tous ont vu certains de leurs compagnons d’infortune mourir à leurs côtés.

(Mediapart)

 

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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 23:34

Le petit bijou de film qu'on a vu et revu 3 fois en une semaine quand mon fils aîné avait 14 ans.

Penser à préparer le terrain avec Le Meilleur des mondes et à enchaîner avec Roméo & Juliette.

Aux dernières nouvelles, tout baigne.

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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 07:27

Salut à toutes et tous.

J’ai une pensée aujourd’hui pour Daphné Caruana Galizia, assassinée hier sur l’île de Malte parce qu’elle dérangeait la mafia politico-financière internationale.

Daphné Caruana Galizia n’était pas vraiment de mon bord politique puisqu’elle était, paraît-il, proche du Parti Nationaliste maltais. Moi, mon grand-père était Franc-Tireur et Partisan pendant l’Occupation, il a été déporté à Sachsenhausen et depuis, dans ma famille on a plutôt voté Parti socialiste, Les Verts, Front de Gauche et maintenant France Insoumise.

Mais le 7 Janvier 2015, je n’aurais pas non plus pu dire que Charlie Hebdo était de mon bord politique, et pourtant j’étais aussi en colère.

J’étais en colère contre le fondamentalisme islamiste qui a permis Daech, contre les compromissions de la France avec les dictatures qui soutiennent le terrorisme, et contre l’extrême-droite qui se frottait les mains.

Aujourd’hui je suis en colère contre le fondamentalisme de la finance qui permet que des lanceurs d’alerte soient assassinés en Europe sans que cela suscite une édition spéciale des radios et des télévisions le lendemain.

Aujourd’hui je suis en colère contre les citoyens qui subissent l’information de masse au lieu d’aller la chercher eux-mêmes.

Aujourd’hui je suis en colère contre l’amnésie quotidienne des citoyens de l’une des seules régions de la planète où l’on pouvait encore dire il y a quelques années : « Ici, on est en démocratie. »

Ici, nous ne sommes plus en démocratie.

Est-ce encore une démocratie, quand le sujet qui écrase tous les autres dans les médias c’est le terrorisme, avec pour conséquence un effondrement de nos libertés civiles et des tensions croissantes entre les citoyens, et notamment l’explosion des propos et des actes racistes, antimusulmans et antisémites ?

Est-ce encore une démocratie, quand chaque année les multimillionnaires, les banques et les milliardaires français sortent au minimum 80 milliards d’euros de l’économie réelle pour les cacher dans des sociétés écrans au Panama, sur les îles anglo-normandes ou à Hong Kong, alors que nos hôpitaux et nos écoles sont au bord de la rupture, et qu’une dizaine de millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, et qu’une dizaine d’autres millions de Français vivent tous les jours menacés de passer sous le seuil de pauvreté ?

Est-ce encore une démocratie, quand la mémoire de nos victimes du terrorisme est insultée en servant de prétexte pour détruire nos libertés et éclipser les vraies catastrophes de notre temps : la catastrophe écologique, la catastrophe agro-alimentaire, la catastrophe de l’esclavage humain déguisé en « délocalisation » mondiale ?

L’Europe est-elle encore une démocratie ?

La France est-elle encore une démocratie ?

Si c’en est encore une pour vous, ça ne durera plus très longtemps.

Les élections de 2017 étaient le dernier avertissement.

Combien de fois ai-je été insulté par des amis ou de simples connaissances, il y a tout juste un an, parce que je soutenais ouvertement le programme de l’Avenir en commun, fidèle au programme du Conseil National de la Résistance de 1945 ?

Combien de fois ai-je dû expliquer à des gens de ma génération qui avaient pourtant « fait des études », ce que voulait dire l’acronyme C.N.R. ?

Aujourd’hui, quand vous parlez du programme du C.N.R. avec un journaliste, il croit que vous parlez du programme du Conseil National du Renseignement.

Et le pire, c’est que ça veut peut-être dire que c’est un bon journaliste.

Mais le naufrage de l’histoire dans la mémoire collective des citoyens français présage de lendemains terrifiants.

Pour moi qui côtoie souvent des gens à la rue à Paris, Français ruinés ou réfugiés des guerres que nous avons provoquées, financées ou armées,

pour moi qui ai travaillé dans des campagnes françaises dévastées par le désespoir social,

pour moi qui ai travaillé pendant douze ans comme professeur dans les banlieues les plus ravagées de France,

et pour moi qui ai reçu plusieurs fois ces quinze dernières années, dans des cafés de campagne, dans des dîners de bonne famille, sous prétexte que j’étais blanc et blond, des invitations de la part de membres de réseaux d’extrême-droite à les rejoindre pour « préparer la guerre civile »,

l’urgence citoyenne est absolue.

Je ne me résous pas à cette amnésie permanente.

Je ne me résous pas à l’effondrement de ce qui reste de nos démocraties dans l’indifférence générale.

Si les réseaux sociaux, tous les canaux d’échange de la fameuse « société civile » française doivent servir un jour à quelque chose, c’est maintenant.

Peut-être que, comme moi, vous vous demandez quoi faire ?

Si vous vous posez sérieusement la question, vous trouverez quoi faire.

Mais là, tout de suite, si vous ne savez pas encore précisément quoi faire, commencez par partager ce message de ras-le-bol ou écrivez-le vôtre et propagez-le autour de vous, pas seulement sur le Net. Le monde réel, ça existe encore.

Et si vous êtes comme moi prisonnier politique sur un réseau social comme par exemple Facebook©, changez quelques jours de photo de profil en signe de mémoire, de peine, de colère ou de résistance.

Comme moi, dites : « Je suis Daphné. »

 

 

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12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 07:09
“La démocratie s’arrête là où commence la raison d’Etat.” 1987

“La démocratie s’arrête là où commence la raison d’Etat.” 1987

 

Notes pour le prochain tome de l’Histoire universelle de l’infamie.

 

 

L’organisation, dans le meilleur des cas la gestion de l’insécurité.

 

 

L’administration du territoire comme domaine de la terreur (étymologie probable du mot « territorium »).

 

 

Tout est dans le dosage. Un peuple de moutons n’a pas besoin de grosses doses de terreur quotidiennes. La vision ou plutôt la télévision de la terreur généralement lui suffit, sur de longues décennies.

 

 

C’est lorsque le peuple menace de se réveiller qu’il faut augmenter les doses.

 

 

Le terrorisme tel qu’on le conçoit généralement n’est qu’une des variables d’ajustement de la terreur comme outil de gouvernement.

 

 

Si l’assassinat par des tarés de groupes de personnes incapables de se défendre constituait la seule terreur disponible pour divertir l’écrasante majorité des pseudo-citoyens des destructions qu’organise leur propre gouvernement, la « paix » ne règnerait pas sur les beaux quartiers de l’Occident.

 

 

Heureusement pour le pouvoir occidental en fin de course, il y a aussi la terreur du crime ordinaire, la terreur de la maladie, la terreur de la pauvreté, la terreur de la mort, la terreur de la solitude.

 

 

La terreur de la solitude étant l’arme absolue.

 

 

Comme le demandait Albert Camus dans un livre aujourd’hui oublié, bien loin des préoccupations des Ricoeur d’opérette, des philosophes-rois et des Machiavel élevés en batterie, « qui pourrait être héroïque – risquer sérieusement sa vie – avec la certitude que son acte ne sera jamais connu de personne ? »

 

 

L’aménagement du Territoire continue.

 

 

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8 octobre 2017 7 08 /10 /octobre /2017 20:24
Arthur Cravan, Barcelona, 1916

Arthur Cravan, Barcelona, 1916

une conversation tactique

with Arthur Shipman

 

A. Sh. – Si on résume, pour toi, quelle attitude adopter face à FB en tant qu’artiste ?

A. G. – Tout dépend de ce qu’on appelle un artiste. Tu connais le mot d’Arthur Cravan : « Salut les artistes, et tant pis si j’me trompe ! »

A. Sh – Euh… Rappelle-moi qui est Arthur Cravan ?

A. G. – Un artiste ridicule et absolu... La légende raconte qu’il était le neveu d’Oscar Wilde, que c’était un boxeur d’un certain… poids, qu’il a écrit à lui seul tous les numéros de la revue « Maintenant » et qu’il est mort au large du Mexique en traversant un ouragan en kayak… [rires] Ce qui est sûr, c’est qu’Arthur Cravan était un type cohérent et décidé, un des écrivains français les plus lucides du XXe siècle et pourtant quasiment inconnu du public. Chacun à sa manière, cinquante ans plus tard, des gens comme Guy Debord ou Philippe Sollers ont salué sa trajectoire de comète, de « déserteur de dix-sept nations ». Pour te donner une idée du phénomène, un jour Arthur Cravan obtient une interview d’André Gide. Une interview que tu peux lire en entier dans je ne sais plus quel numéro de « Maintenant ». Vers la fin de l’interview qui ne se passe pas très bien, Cravan demande à Gide : « Où en est le temps, M. Gide ? » Et Gide qui trouve peut-être que son intervieweur un peu anglo-saxon parle bizarrement le français lui répond : « Eh bien, il est dix-huit heures trente. »

A. Sh. – Quel rapport avec FB aujourd’hui, sans vouloir te recadrer ?

A. G. – Le rapport au temps, justement… Ça ne fait qu’un an que je « suis sur FB », comme on dit, et j’ai peut-être encore beaucoup de choses à découvrir…

A. Sh. – Vraiment ? [rires]

A. G. – Mais pour l’instant ce qui me fascine le plus dans ce « réseau social » virtuel qui tend à supplanter ce que dans la vie réelle on pourrait légitimement appeler un « réseau social » – les amis que l’on croisait souvent ou de temps en temps, je veux dire pas sur rendez-vous, mais par exemple au café, au parc, en faisant ses courses, en allant faire du sport, en allant chercher les enfants à l’école ou au contraire parce qu’on avait des rendez-vous réguliers, pour des raisons politiques ou tout simplement parce qu’on faisait son jogging ou sa cuisine ensemble – donc ce qui me fascine le plus dans ce « réseau social » de secours que semble être FB, c’est la fragmentation du temps de l’individu et ses effets sur la mémoire.

A. Sh. – C’est assez banal comme remarque, non ? FB est l’un des symptômes les plus évidents de l’organisation sociale de l’oubli…

A. G. – Oui mais ce qui est beaucoup plus significatif, c’est que cette organisation sociale de l’oubli n’est que la partie émergée de l’iceberg. Un « post » chasse l’autre, oui, tout le monde peut le voir… Retrouver un vieux « post » intéressant est un calvaire, techniquement… Certains messages sont très émouvants, parfois bouleversants, mais pour plusieurs raisons, leur effet instantané se répercute rarement, concrètement, dans la suite de nos vies.

A. Sh. – Trop d’info tue l’info, etc. ?

A. G. – Arthur, je te remercie de tenir le rôle de celui qui pose les questions débiles aujourd’hui [rires], pour que notre conversation reste à peu près digeste je suppose… Même si franchement je crois que là, au bout de cinq minutes, c’est bon !... Nous sommes quasiment seuls maintenant !... Il ne doit plus rester que deux ou trois lecteurs étalés sur la prochaine vingtaine d’heures… Après quoi plus personne ne lira jamais ça ! Et puis n’oublions pas les cinq ou six « (ro)bots » programmés pour repérer des occurrences de mots inquiétants pour FB et la sécurité nationale… Mais donc là s’il te plaît nous allons pouvoir commencer à parler pour de vrai, tu peux poser de vraies questions !

A. Sh. – Tu veux dire que FB détruit notre rapport à la mémoire, et que d’une certaine manière, c’est précisément là son intérêt pour la « sécurité » de l’ordre existant ?

A. G. – Je crois que FB ne fait que finir le boulot. La vraie révolution dans la domination sociale, ce n’est ni la mythique invention de l’Arpanet par l’Armée américaine en 1969 et l’explosion de l’Internet en 1995, ni l’apparition d’un certain trombinoscope en ligne de l’université d’Harvard en février 2004 et son ouverture à toutes les personnes physiques âgées de plus de 13 ans à partir de 2006, qui a donné comme chacun sait ou pas le FB actuel. Non, je pense que la véritable révolution anthropologique dans ce qu’on pourrait appeler la gestion imaginaire des foules - de la même manière que pour les grenades anti-émeutes, on a appris récemment que le ministère de l’Intérieur parlait de « gestion démocratique des foules » (sic) – c’est le téléphone portable, ou plus précisément le « smartphone ».

A. Sh. – L’intrusion du numérique dans les 24 heures de la journée de l’individu, pas seulement le moment où il s’assied devant un ordinateur…

A. G. – Voilà… Qui préfigure au passage  ce qu'on pourrait appeler le pucelage des êtres humains, lorsque la technologie des puces et la soi-disant évolution déontologique qui va avec le permettront... La connexion continue... Même si tu as le même âge que moi et tu sais bien que l’apparition progressive de « l’Ordinateur » dans nos vies d’enfant ou d’adolescent a eu un côté terrifiant, enfin là je parle pour moi en tout cas, parce que mes après-midi de jeux dans les bois à construire des cabanes ou à jouer aux cowboys et aux indiens avec les copains se transformaient peu à peu en longues séances d’attente et de non-communication devant les Amstrad ou les vieux McIntosh des enfants d’ingénieurs qui voulaient absolument me montrer comment marchaient ces incroyables jeux de balistique et de colonnes blindées avec trois ou quatre types de véhicules qu’il fallait alterner savamment pour enfoncer la colonne ennemie et comme personne ne comprenait réellement ce qu’il fallait faire, on s’affrontait en deux dimensions pendant des heures, donc…

A. Sh. – L’ordinateur comme ordonnancement des vies des petits humains…

A. G. – Oui, L’ordinateur comme ordonnateur, « L’Ordi » pour les intimes, avec bien sûr ce petit côté « Lordy », quand on a un peu d’anglais dans l’oreille, ça sonne un peu comme « Lord » en version gentil doudou… Bref, l’horreur ludique… Je ne perds pas de vue la révolution du « smartphone » car aujourd’hui, si les « jeux vidéo » notamment les « MMO » [Massive Multiplayer Online] sont devenus d’une complexité phénoménale au niveau de la programmation par rapport à ce qui se faisait dans ma jeunesse, je suis quand même un peu surpris de voir des cadres d’une cinquantaine d’années par exemple qui, dans le RER à la station La Défense, se jettent dans la rame leur « smarthpone » à la main, et quand tu regardes par-dessus leur épaule tu vois qu’ils sont en train de traverser le Moyen-Orient un fusil d’assaut lance-grenades à la main en tirant sur tout ce qui bouge…

A. Sh. – Ce que si ça se trouve ils contribuent à permettre dans le monde réel pendant toute leur journée de travail, tranquillement assis en train de travailler à leur bureau…

A. G. – Exactement ! J’essaie de me mettre dans la peau par exemple d’un type qui est cadre supérieur chez Total©, la France a implanté fortement Total© au Kurdistan irakien par exemple – j’ai failli aller travailler là-bas comme instituteur mais ils m’ont dit « on cherche deux personnes, on préfèrerait un couple, parce qu’ici vous savez, on ne peut pas faire de rencontres » – et donc tu imagines le gars qui toute la journée au 37e étage d’une tour de La Défense travaille à optimiser l’installation de Total© dans ce qui reste quand même une zone de guerre, et tous les soirs à 18 heures 18 il se jette dans une rame bondée du RER et, pour ne pas voir ce qui se passe autour de lui, c’est-à-dire rien, niente, le néant mais au coude à coude et au fesse à fesse, qu’est-ce qu’il fait ? Eh bien il joue à la guerre qui lui garantit son job de fainéant… Je trouve ça fascinant…

A. Sh. – Alors pourquoi le smartphone comme révolution fondamentale plutôt qu’Internet ou FB ?

A. G. – Le smartphone c’est tout le temps, comme tu disais. Quand j’étais encore prof j’avais des élèves qui venaient me voir à la pause et qui me disaient : « Monsieur, voilà quoi j’ai un gros problème, je dors pas beaucoup parce que la nuit, je reçois des messages et des alertes sur mon téléphone jusqu’à pas d’heure, alors impossible de dormir. » Et quand je leur demandais pourquoi ils ne coupaient pas leur téléphone ils me répondaient évidemment quelque chose comme : « Mais je serai pas au courant de ce qui s’est passé quand j’arriverai au lycée le matin… » Ce qui n’était pas tout à fait vrai. La véritable réponse aurait peut-être été : « Mais comment je fais pour arrêter à telle heure ? » Et ce qui est vraiment étonnant, c’est qu’on vit dans une époque où le Surmoi social n’a peut-être jamais aussi puissant, les jeunes vivent vraiment sous une chape de plomb dans une forme de « politiquement correct » qui n’a pas grand-chose à voir avec celui que s’imaginent les adultes, et pourtant, ce Surmoi n’est pas du genre à les aider à se fixer des horaires pour déconnecter… Au contraire ! Tout se passe comme si le Surmoi social, pour des adolescents d’aujourd’hui, disait : « Ne te déconnecte pas ! Ne sois pas seul ! Ne dors pas ! »

A. Sh. – Oui enfin c'est un peu la même chose chez les adultes, non ?

A. G. – En un certain sens, oui, même si entre gens sérieux, tu sais bien que ce n’est pas très classy de laisser la trace d’une activité sur FB à trois heures du matin, par exemple, parce que ça veut probablement dire qu’on n’a, comme on dit, pas de vie !

A. Sh. – Dans le milieu où j’évolue si tu permets, c’est exactement l’inverse ! Est considéré comme classy d’avoir une vie en ligne intense la nuit, ou au moins de balancer quelques signes d’activité au cours de la nuit, signes qu’on peut imaginer ponctuer une vie sexuelle, intellectuelle ou sociale trépidante, etc.

A. G. – Je vois l’idée, mais moi je fréquente des gens beaucoup plus sages…

A. Sh. – Sages comme des images ?

A. G. – Sages comme des parents ! Même si pour certains ce sont des parents carrément hors norme… [rires] Mais donc le smartphone, oui, c’est la pierre de touche de la déshumanisation du temps. Je passe sur les interruptions de type smartphone en pleine conversation avec des amis du type : « Attends excuse-moi, il faut absolument que je réponde… » Quand ce n’est pas tout simplement fait sans rien dire ! L’autre jour un ami me demandait de lui expliquer un passage d’un philosophe que je ne nommerai pas qu’on pouvait à peu près traduire par : « La maturité de l’homme c’est quand on a retrouvé le sérieux avec lequel on jouait quand on était enfant. » Cet ami qui est parfois très coincé quand il s’agit de l’enfance (il me pardonnera) trouvait que c’était une phrase trop facile et moi je prenais bêtement la défense de l’auteur, allez, un certain Nietzsche. J’étais en train de raconter le sérieux que je mettais, enfant, à repérer les itinéraires que je pouvais essayer si c’était moi qui étais désigné comme proie à la chasse à l’homme, quand le téléphone de mon ami se met à vibrer, et il regarde son téléphone et je m’arrête de parler et il me dit : « Non, non, vas-y, continue… » et il continue de regarder son téléphone. [rires]

A. Sh. – Marrant que tu prennes justement l’exemple de la chasse à l’homme…

A. G. – Eh oui… Parce qu’en un sens la conquête numérique de la vie, c’est une chasse à l’homme inversée… L'humain devient invisible. Tout le monde s'en tape, ou fait semblant de ne pas s'en taper. L'oeil est attiré par tout autre chose, quelles que soient les dénégations habituelles. Tout ce qui porte la trace ou les couleurs de la machine, dans n’importe quel domaine, séduira toujours plus que de chercher l’humain… Le défi semble plus grand, plus puissant, plus attrayant quand tu as le choix entre te retrouver face à un humain, ou face à une machine.

A. Sh. – Au tennis ce n’est quand même pas encore ça…

A. G. – Mais si, regarde cet androïde de première génération qui s’appelle Rafael Nadal… [rires] Mais bon, surtout au jeu d’échecs, au jeu de go… Les journalistes adorent ces histoires d’homme contre la machine, d’intelligence artificielle – note bien qu’en anglais, I. A. c’est A. I., donc « haï », soit l’intérêt ultime, puisqu’il n’y a rien de plus puissant que l’amour, à part la haine…

A. Sh. – Ne commence pas à faire ton Lacan polyglotte, hein…

A. G. – Oui c’est un peu trop humain, cet exercice, tu as raison… Bref s’il n’y a pas d’attentat ce jour-là, que mettront les journalistes à la une ? « Deep Blue bat Kasparov ! » Deep Blue est leur héros, Deep Blue c’est la perfection, l’horizon ultime du jeu, l’invincible adversaire, l’ennemi irréfutable, et affronter ça dans une ambiance de « c’est plus fort que toi » qui était le slogan génial d’une vieille marque de jeux vidéos, c’est ça qui fait chavirer les foules d’aujourd’hui : l’humain, c’est tellement imparfait, tellement aléatoire, tellement subjectif… Les gens veulent de l’objectif, c’est le chiffre qui les fait trembler, c’est la machine qui les fait jouir…

A. Sh. – Peut-être pas à ce point-là quand même…

A. G. – Renseigne-toi un peu sur la pornographie moderne, mon cher Arthur, tu as peut-être un train ou deux de retard…

A. Sh. – Ne m’en dis pas plus !... Je préfère découvrir ça tout doucement… Mais le rapport avec l’art ! Je te rappelle que ma question initiale était : Quelle attitude adopter face à FB en tant qu’artiste ?...

A. G. – Oui, oui, c’est vrai, eh bien, l’art, FB et la question du nombre, il me semble tout de même que ça devient plus clair maintenant ?…

A. Sh. – Non… Pas vraiment…

A. G. – Déjà, le nombre de likes[rires]

A. Sh. – Trop facile, là, franchement…

A. G. – Plus sérieusement, l’appréciation quantitative ou numérique de l’œuvre d’art, déjà.

A. Sh. – Moi je pensais que tu allais me parler de prix, de dollars, ou plus précisément de dizaines de milliers, de millions de dollars…

A. G. – Oui, bien sûr, l’équivalent journalistique de « Deep Blue bat Kasparov ! » dans les pages culture, c’est « Number 5 de Jackson Pollock vendu pour 140 millions de dollars ! »

A. Sh. – A ton tour de retarder, « Quand te maries-tu ? » de Gauguin a été vendu pour 300 millions…

A. G. – Quand te maries-tu ? pas mal !... Note bien, au passage, que pour les arts dits « plastiques » qui le sont pourtant de moins en moins – enfin ça dépend de quel plastique on parle – il y a deux choses essentielles à savoir aujourd’hui : Premièrement, pendant qu’on parle à tout bout de « news » de « démocratisation » de la culture, c’est le marché de l’art qui fait la loi, du Guggenheim aux petites galeries à taille humaine du Marais et de Sotheby à Shanghai. Or le marché de l’art, en tout cas 90% du marché de l’art, cinq pays se les partagent : la Chine à près de 40%, les USA à 28%, le Royaume-Uni à 17%, la France à 5% et l’Allemagne avec deux malheureux pourcents. Ce sont les chiffres d’Artprice pour l’année 2016.

A. Sh. – C’est un peu surprenant cette concentration, mais en même temps, qu’en déduire ?

A. G. – Beaucoup de choses, mais pour l’instant je retiens qu’il y a une sorte de G5, disons même de G4 du marché de l’art. Je te rappelle quand même au passage que le marché de l’art est l’une des principales plateformes de blanchiment avérées, notamment lors du scandale des Panama Papers, mais : deuxièmement, plus ou moins 95% du chiffre du marché de l’art selon les années concerne les œuvres d’artistes morts. Et dans les 5% d’artistes vivants qui restent, une quinzaine de noms écrasent tous les autres.

A. Sh. – Facebook, Andreas…

A. G. – Facebook c’est la mare aux grenouilles. [rires]

A. Sh. – Dans le sens de Picasso qui disait « il s’agit de mettre un peu d’absolu dans la mare aux grenouilles » ?

A. G. – Oui ! Aujourd’hui si tu es un artiste vivant tu ne peux pas vendre tes tableaux ou tes sculptures si tu n’es pas sur Facebook. Enfin ça paraît difficilement imaginable. Sauf que Facebook est inondé d’œuvres d’art contemporain parfaitement nulles, je veux dire passées du côté du numérique, du chiffre et du machinal et le résultat est approximativement celui de la soi-disant fête de la Musique ou du Salon du Livre. Tu essaies d’écouter ton colloc qui joue de la guitare ou qui que ce soit tranquillement mais au pied de ton immeuble il y a 90 décibels de beatbox.

A. Sh. – Est-ce que tu es en train de dire que tu ne considères pas comme de l’art une œuvre qui a le moindre rapport au numérique, au chiffre ou au machinal ?

A. G. – Euh, attends je réfléchis… Gaffe, hein !... Glissant ça… Euh, non, non, je ne suis pas en train de dire ça, même si c’est vrai dans presque tous les cas, malheureusement… Je crois qu’il est possible de faire une œuvre qui a un rapport avec le numérique, le chiffre et le machinal, et heureusement, parce que je pense justement que ce sont des thèmes écrasants. Encore faut-il trouver une voie pour les aborder. Peu de gens le font sans échouer.

A. Sh. - Quelqu’un y parvient?

A. G. - Oui. Une artiste que j'aime, qui trace sa route en se foutant éperdument de ce qu’on pense de ce qu’elle fait, qui est capable de traverser la Russie en solo en pleine crise ukrainienne pour aller chercher le modèle ou le personnage ou le dialogue ou la couleur ou le lieu ou le rêve ou le cauchemar qu’il lui faut et qui s'appelle Isabelle Neveux.

A. Sh. – Mais ça suppose une force incroyable...

A. G. - Oui. Et de se battre économiquement pour continuer à créer en se fichant éperdument de vendre.

A. Sh. - Mais pour ceux qui essaient de vendre leurs oeuvres? Quelle stratégie adopter ?

A. G. – Aucune idée. [rires] Peut-être qu’il faut jouer la carte hors de FB… Peut-être qu’il faut jouer la carte FB d’une manière particulièrement subversive… Peut-être que la clef d'une percée, ce serait provoquer la machine... Même si comme ça, ça ne veut rien dire...

A. Sh. – Encore une conversation très enrichissante, je ne regrette pas du tout d’avoir joué le rôle du poseur de questions abruties…

A. G. – La prochaine fois c’est moi qui poserai les questions…

A. Sh. – Compte sur moi pour te ridiculiser...

A. G. – Arthur Shipman ? combien de décibels ?

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 08:03
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"Qu'est-ce que tu penses de la percée de l'extrême-droite en Allemagne?
- Je ne sais pas, qu'est-ce que tu penses de la destruction simultanée du code du travail et de l'état de droit en France?
- Comment ça ?
- OK, next."

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27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 07:30

Ce matin en écoutant ou plutôt en voyant ça, soudain tout s'éclaire.

"C'est pas une question d'avoir tort ou raison. Personne n'a envie de vivre dans un Etat sécuritaire. Personne ne trouve épanouissant d'être palpé, fouillé, écouté, surveillé. 'Fin, personne n'a envie non plus de revivre un cauchemar."

Que se passe-t-il?...

Cette petite jouissance semi-avouée dans la voix, et surtout ce beau froncement du front...

Merci, Alba Ventura.

Oui, tout s'éclaire.

Et dire que ça m'avait échappé jusqu'ici.

 

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Andreas Guest

« Andreas Guest, c’est ton vrai nom?

- C’est bien possible, oui.

- Parce que si j’ai bien compris, du peu que tu as publié depuis 'Lahatena' en 2001, ça a été le plus souvent sous des pseudonymes pas toujours transparents comme Alexandre Gambler, Léo Zyngerman et Thomas Spaeher ? Schizophrénie ?

- Je ne sais pas, il faut peut-être demander à quelqu’un d’autre. Je crois surtout que n’importe qui ne peut pas raconter l’histoire de n’importe qui. »

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