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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 16:43

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Mon Island,

Tes beaux messages me rassurent entièrement sur ton beau voyage lointain. Pour tout t’avouer je n’étais pas très fier devant ton frère et son beau-père sur les bords de l'océan de te laisser partir seule dans un pays quasi en guerre, même loin du front européen… Un jour en me voyant arriver au collège pourri du coin avec mon blouson noir et mes gants noirs et mon bonnet noir et mes lunettes noires et ma tête renfrognée un collègue m’a dit : « Tu pourrais aussi bien être un tueur directement débarqué du Kosovo ». Evidemment, une bonne partie de ma fierté d’écrivain raté tient à ça : pouvoir rivaliser en gueule au moins sous certains angles avec les pires crapules. A la Cabane à un moment précis en dégustant les huîtres de nos hôtes et leur sauce incroyable je me suis senti comme l’ex-prof tout pâle qu’a rien compris à la géopolitique et qui laisse partir la fine fleur de l’humanité seule et sans armes dans un pays de fous dangereux. Sauf que moi je sais que ce n’est pas plus un pays de fous dangereux qu’un autre, qu’il y a même pas mal de chances que ce soit pour l’essentiel un pays aussi doux que le Portugal en avril. Mais quand même… Mon Island tu es si courageuse et si forte… Il faudra que je te protège un peu quand tu reviendras à Paris : pas pour toi je crois, simplement pour me faire du bien à moi, parce que je me suis quand même un peu inquiété pour toi pendant que tu prenais le train en solo…

 

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Mais là je vois tes belles photos de la station de repos, je sens que tu es dans la contrée où tu voulais aller, exactement, et que ton système nerveux de comtesse en fugue engrange tout un tas de trésors d’inspiration et « d’influx de vigueur et de tendresse réelle ». Je suis si fier et si amoureux de toi.

 

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Ici dans les confins de la Gironde ambiance si ennuyeuse qu’elle confine à la plus extrême tension, genre Rivage des Syrtes ou Désert des Tartares, quand ce n’est pas Sous les Falaises de Marbre avec Jean-Ma dans le rôle du traître inexorable. Plus le temps passe plus ce porc devient mystérieux. Ses rares gentillesses ou délicatesses sont-elles des hypocrisies parfaitement réussies ou la résurgence rare et miraculeuse et pour tout dire inespérée de la bonté humaine originelle ? Ses délations de collègues (« Machin est rentré parfaitement bourré avec des clients, Machin a probablement baisé telle cliente, Machine a oublié de faire 5 ballots », etc.) sont d’une mocheté nette et sans bavure, mais quand il rentre sur la pointe de pieds pour ne pas me réveiller à trois heures du mat’ pour aller faire sa sieste d’une heure et demie (au lieu des 45 minutes prévues par l’Institution sur mon canapé), comment ne pas reconnaître, sous l’épaisseur du lard, l’éternelle sensibilité et la vulnérabilité de l’humain ?

Les plages sont vides ou presque la moitié du temps, ce qui est à la fois très beau et très triste. Enfin il suffirait que tu sois là pour que ça devienne aussi très drôle et très bienvenu, même si le règlement de l’Institution m’interdit de détailler ici pourquoi.


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Les trois quarts des maisons sont déjà vides, enfin pardon : à louer. Quand j’aurai vendu mon premier bestseller, dans une quinzaine d’années, je nous achèterai entre autres une maison à Carcans Maubuisson, au bout d’une rue de sable qui se perd dans le lac. Nous viendrons vraiment vraiment hors saison et nous inviterons la bonne compagnie que tu veux, genre Yvette et Richard & Co que j’aime énormément, tu t'en doutes, et nous continuerons de produire des miracles quotidiens le crayon et la plume et le pinceau à la main.

 

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La batterie n’est pas à plat, je suis branché sur le secteur, mais je vais m'éclipser pour éviter la foule des lundis soirs à la cafèt' de l'Institution. Je pense très fort à toi, pas seulement quand je me jette sur ma couchette : à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit je t’imagine à demi-nue ou nue, assise ou debout, allongée ou penchée, en avant, en arrière, sur le côté, en train de nager, de ramer ou de peindre, et comme ce n’est pas un exercice de gym dicté par un demi-dieu abruti, tout ça venant du Tan Tien de ton ventre adoré, tes mouvements et ta joie comme la grâce iridescente des marées de lumière sur les bancs de sable.

 

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Yours.

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Published by riverrun - dans Carnets!
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