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18 juin 2014 3 18 /06 /juin /2014 12:08

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Un ami rencontré récemment à Paris, qui partage mon goût pour les aventures soi-disant insensées, m'envoie un étonnant manuscrit. En exergue, cette phrase de Thoreau:

 

"Pourtant, il existe quelques anciennes routes pouvant être parcourues avec profit, comme si elles menaient quelque part maintenant qu'elles sont presque désertées."

 

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Un message de la femme que j'aime:

 

"Dans les dessous de Paris aussi, Gare d'Auster essayé de pressentir ton passage gare du Lion, comme une bobine stimulée par un aimant proche. T'imagine partant pour la mission européenne du cheveu dans le vaste bordel ferroviaire. Voulu passer par Javel pour t'envoyer un mnm's de notre première île-square, mais faute de RER repris la 13 et voici un narcie de la femme au chapeau. Vibrations d'amour sensibles sur le réseau ferré."

 

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Cette fin étonnante d'un roman de Romain Gary, Europa:

 

"Quelque part, on ne sait au juste où, dans une topographie autre dont les cartes sont difficiles à obtenir et où les points de repère sont pour la plupart trompeurs, s’élaborait pourtant, avec une lenteur extrême et dans le secret le plus absolu, afin de ne pas attirer l’attention de l’ordre des choses établies, une naissance nouvelle, dont il n’était pas encore possible de prévoir la nature exacte, mais où l’on distinguait déjà quelque chose comme un commencement d’amour. Le Temps, le Destin, l’Europe, avaient repris leurs places, d’aucuns disent dans les rouages d’un très vieil orgue de Barbarie, qui en faisait sa gentille musique, et d’autres, dans le magasin d’accessoires du Piccolo Teatro de Milan, où ils pouvaient encore servir. Aux plus hautes instances de la hiérarchie, on déniait toute réalité à l’affaire, et on avait raison, car il n’y avait pas de réalité. Il était encore possible de s’asseoir sur un banc dans le parc et d’éprouver un semblant de vie, un frémissement, mais il y avait toujours une ombre au tableau et cette ombre était que le tableau demeurait terriblement seul, qu’il souffrait d’une irrémédiable solitude dans sa beauté, et qu’il fallait attendre encore des millénaires et franchir des abîmes avant que cette beauté descendît du cadre, devînt enfin de ce monde, et qu’il y eût une réalité sans déshonneur et une dignité sans oubli. On disait qu’il devait finir comme ça et on avait raison, car un fil de lumière continuait à courir à travers les siècles, mais il courait ailleurs, et ce qui se transmettait était seulement une noire et poussiéreuse toile d’araignée. Les saisons passaient avec leurs fleurs et leurs fruits, mais on ne laissait pas entrer les visiteurs. On pouvait regarder le lac pendant des heures et des heures et sa surface demeurait limpide et sereine et là où il y avait eu un vol de chevelure et de jupon blanc, s’élevait parfois un visage d’une pureté miraculeuse, et on disait qu’il y avait quelqu’un quelque part qui continuait à aimer, à croire et à attendre, mais on ajoutait qu’il avait naturellement perdu la raison. On avait arrêté celui qui était allé lacérer La Joconde parce qu’il prévoyait qu’il y aurait encore deux guerres, des centaines de millions de morts et une souffrance sans nom, mais on disait naturellement qu’il avait perdu la raison. Des fleurs, oui, des fleurs et des fruits, on voyait ce qu’il appelait Europe flotter dans le sourire de la Vierge, mais c’était seulement une œuvre de Bellini. Parfois, un certain interstice kw dans les espaces stellaires s’élargissait et on apercevait alors Arlequin qui passait la tête à l’intérieur, pour voir s’il restait encore du monde. Et puis, il y eut quelques âges géologiques pénibles à ceux qui n’avaient rien pour se couvrir, où disparut l’humanité, ce qui rendit tout incompréhensible, mais comme tout l’était déjà auparavant, on ne peut parler ni de fin ni de commencement, et il n’y eut en somme rien de changé.

Cimarrón, 1971."

 

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Published by riverrun - dans Carnets!
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