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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 17:14

 

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La dépouille du Minotaure en costume d’Arlequin a été peinte par Pablo Picasso et Luis Fernandez en juin 1936 pour le Quatorze-Juillet de cette année-là.

 

Lettre publique aux directeurs des services

de renseignement de la république de France


- ainsi qu'aux plus avisés de leurs subordonnés -

 

 

Lettre de motivation &  curriculum vitæ rédigés le 14 octobre 2008 dans l'espoir d'obtenir un emploi au sein des prestigieux services de renseignement de la république de France.

 

“Others are blindly led away,
And made to act for ends unknown,
By the mere spring of wires they play,
And speak in language not their own.”
Jonathan Swift, The Puppet Show

« Cette route est fort agréable, quoique solitaire,
on y respire un air libre et subtil qui nourrit l’âme
et la fait régner sur les passions. »
Cyrano de Bergerac, L’autre monde

 

 

 

Alexandre Gambler
3, rue des Couloirs
Fontenay aux Roses
France

 

À Mandrin Corbard de Gaveau
Directeur de l’ACSE
114, boulevard Mortier
Paris


au Général Lugo
Directeur de la DRA
123, boulevard Saint-Germain
Paris

 

à Bertrand Squalino,
Directeur de l’AGRI
48, rue de Villiers
Levallois-Perret

 

Et accessoirement au Général Seppi
Directeur de l’APDS
& à Bertrand Lagrainoir
Directeur Général du Renseignement

 

 

Fontenay, le 14 octobre 2008,

16 heures.

 

Messieurs,


J’ai l’honneur de solliciter directement auprès de vous, et de la manière la plus ouverte et la plus transparente qui soit, un emploi au sein de l’un au moins de ces organismes discrets – trop peu estimés – et efficaces que sont l’Administration Centrale des Services Extérieurs (ACSE), la Direction du Renseignement des Armées (DRA), l’Administration de la Protection et de la Défense du Secret (APDS) et la toute nouvelle Administration Générale du Renseignement Intérieur (AGRI) issue de la fusion, en juillet 2008, de l’ancienne Direction de la Surveillance de la République (DSR) et de la Direction des Renseignements Nationaux (RN) – laquelle disposait d’ailleurs d’après mes sources personnelles – autant jouer cartes sur table dès maintenant – d’une « insignifiante sous-fiche » nous concernant, mon fils de neuf ans et moi.

 
Ma démarche est naturellement d’abord motivée – comme vous le découvrirez, j’espère, dès le début de votre enquête – par la certitude d’avoir, après sept années passées à enseigner la langue allemande dans différents établissements publics du département de la Seine Saint-Denis (voir curriculum vitæ joint à ce courrier), à peu près fait le tour des situations intéressantes (comas narco-éthyliques, trafics de drogues divers, prostitution d’élèves mineures, morts ou suicides de professeurs et de travailleurs clandestins, assassinat à la bombe sur l’autoroute A1) que je pouvais y rencontrer. J’y ai certes appris le peu de choses que je sais aujourd’hui de la vie de certaines des catégories les plus pauvres, les plus injustement stigmatisées et les plus démunies de la population de la France, mais je n’y ai jamais trouvé les moyens qui m’auraient permis, avec quelque succès que ce soit, d’y œuvrer pour mon pays à la mesure de mes ambitions – pourtant fort modestes.

 

Ma conviction à présent la plus solidement établie est que toutes les précautions ont été prises par les personnes et les organismes compétents – fût-ce parfois par omission – pour qu’il devienne impossible à un simple professeur, fût-il diplômé de l’Agrégation et ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de Fontenay Saint-Cloud comme j’ai l’immense émerveillement de l’être, d’influencer positivement en quoi que ce soit l’avenir d’adolescents condamnés par l’incurie feinte et la mauvaise volonté réelle du Ministère de l’Education Nationale et du Rectorat de l’Académie de Créteil (je n’imagine pas un instant, malgré les nombreuses allusions en ce sens que j’ai pu entendre dans la bouche de certains de mes collègues, que d’autres rectorats en France puissent user d’une aussi détestable hypocrisie dans la gestion des moyens humains et financiers de la République – que celle de l’académie de Créteil), condamnés aussi par l’aimable et peu discrète complaisance, à l’égard de ces institutions, de la quasi totalité des syndicats de l’Education, à une vie généralement brève, médiocre et sans douceur ; ou longue, pénible et sans plaisirs. Et cela qu’ils trouvent un jour, par exemple, un emploi utile à la société qui les aura formés en tant qu’agent comptable chez Darty, ou responsable de la sécurité chez Carrefour, ou dans la future carrière d’un ancien élève de Sciences-Po « issu des quartiers », voire comme dealer d’héroïne afghane apprécié, quelques mois durant, des policiers locaux.

 

Mais bien d’autres raisons autrement plus originales me poussent à solliciter aujourd’hui un emploi à la mesure de mes capacités dans l’un des services de renseignement de la république de France que vous avez l’honneur – mais aussi, j’en suis parfaitement conscient, l’écrasante, pénible et navrante responsabilité – de diriger d’une main de maître.

 

Tout d’abord, l’humble citoyen qui vous écrit dispose d’une connaissance assez approfondie de quatre langues européennes (outre le français : l’allemand, l’anglais et le bulgare), dont deux rares (vous l’aurez noté), ce qui lui a d’ores et déjà permis, au cours de ces dernières années, de constater l’infinie diversité des hypothèses journalistiques ou scientifiques sur une multitude de thèmes clefs, des plus communs (le pouvoir d’achat, la construction européenne, les pertes financières probables dues à diverses crises boursières que j’espère passagères ou, dans un passé déjà lointain, les origines et les débordements réels des émeutes des banlieues françaises) aux plus sensibles (le nombre de sous-marins nucléaires opérationnels de la Marine de France, la probabilité d’un conflit ouvert Etats-Unis/Iran et les conséquences prévisibles d’un tel conflit sur le prix à la pompe du litre de sans-plomb 98 en Île-de-France, les applications probables du fichier « Edvige » ou encore – qu’on me passe l’expression – les orientations sexuelles véritables du Président de la République de France). Je ne doute pas que les départements d’analyse des Services de Renseignement de la République de France tireraient le plus grand profit de ma connaissance de ces langues – et, partant, de mes capacités d’apprentissage accéléré d’autres langues rares (je songe en particulier à l’albanais, au macédonien, au roumain mais aussi, dans un tout autre domaine géographique, au tamahaq qu’il me tarde d’apprendre) – dans une zone géographique aussi stratégique que le sont les Balkans en général et l’exYougoslavie en particulier, mais aussi, évidemment, dans l’analyse éclairée des intérêts de nos amis allemands et suisses dans cette région, qui ne laissent pas d’inquiéter, comme je le sais, certains de nos meilleurs analystes du Ministère de la Défense.

 

(Qu’on me permette aussitôt de glisser ici une requête qui pourra surprendre les moins renseignés et les plus suspicieux : si l’un de vos services pouvait faire preuve d’assez de lucidité pour financer mon apprentissage du tamahaq – voire du kel tadele – il est évident que je m’engagerais à m’investir totalement dans l’acquisition des principales autres langues employées dans la région. Si certains d’entre vous ne perçoivent pas immédiatement l’intérêt pour les services de renseignement de la république de France de posséder un analyste, et surtout un officier traitant disposé à apprendre sérieusement le tamahaq, je leur suggère vivement de s’adresser à monsieur le Directeur Général du Renseignement Bertrand Lagrainoir pour de plus amples informations. Ceux en particulier qui s’étonneront de me voir m’intéresser à des zones géopolitiques en apparence aussi éloignées que les Balkans et l’Afrique du nord devraient demander à monsieur Lagrainoir quel rapport il peut bien y avoir entre la médecine bulgare, la COGEMA et certains feuilletons télévisés assez récents, tournés en décors naturels, comme les Aventures de Cécilia à Tripoli ou On ira tous à N'djamena.)

 

En sus de mes compétences linguistiques, je dispose d’une assez bonne connaissance géographique de pays tels que la Bulgarie, la Macédoine et le Kosovo (& Métochie), où j’ai effectué différents séjours au cours des dix dernières années sous couvert de « tourisme », accompagné ou non de ma femme Lina, de nationalité franco-bulgare, et de mon fils Marco. Je serais par exemple capable d’aller à pied les yeux fermés, simplement équipé d’un parapluie français et sans succomber à aucun malheureux accident de la circulation, de Drujba 7 à Serdika dans la ville de Sofia, de l’hôtel Holyday Inn à la toute nouvelle ambassade des Etats-Unis dans la ville de Skopje et de l’hôtel Sara au siège de l’United Nations Development Program dans la ville de Pristina.

 

Cette connaissance géographique – parfaitement vaine en elle-même, il faut bien l’admettre – se double fort heureusement d’une conscience très aiguë des enjeux politiques, économiques et stratégiques de la région. Qu’il me soit permis d’évoquer ici, par exemple, sans révéler d’informations sensibles qui ne seraient pas encore venues, en France, à la connaissance d’un public éclairé, l’importance du tracé du futur oléoduc Bulgarie-Macédoine-Albanie (AMBO) à capitaux américains, ainsi que du marché de la prostitution, des gains du trafic d’armes entre mafias albanaise, serbe et soldats russes et occidentaux de part et d’autre de la rivière Ibar, sans oublier les revenus du raffinement (dans des laboratoires assez adroitement localisés) et du trafic d’héroïne afghane, dans la crise du Kosovo et la gestion de l’instabilité en Macédoine ; ou l’importance cruciale de la ville de Sofia, non seulement dans l’acheminement de l’héroïne vers l’Europe, mais aussi dans le trafic international d’armes de guerre et de technologies sensibles au cours des quinze dernières années, en direction de pays comme l’Irak et l’Afghanistan; ou encore le rôle politique et stratégique constant, à côté de celui des puissances largement connues pour s’intéresser de près aux Balkans, de diverses organisations iraniennes, saoudiennes ou celui, discret mais croissant, de la présence chinoise dans la région, notamment en Serbie, dont l’opinion publique de la France n’a pris que tardivement – et fort brièvement – conscience à la suite du « terrible mistake » commis par vos collègues américains dans la nuit du 7 au 8 mai 1999.

 

Je suis convaincu, là encore, que les services de renseignement de la France, souvent déstabilisés – me semble-t-il – par la complexité des conflits politiques, mafieux et économiques dans cette région – et pour évoquer un exemple précis parfaitement aveuglés dans l’affaire du colonel Méchain au printemps 2000 – pourraient tirer le plus grand profit des capacités d’analyse d’un Français ayant parcouru librement les Balkans, sans idée préconçue, dans l’anonyme Seat Ibiza blanche immatriculée en Bulgarie prêtée par son beau-père, sur toute une période de dix ans, dans des temps aussi troublés que le furent dans cette zone, malgré tous les efforts de la France et de ses principaux alliés européens, les années 1998-2008.


Toutefois, je tiens à préciser – avant que vous ne le découvriez par vous-mêmes – que mon parcours présente, si je ne m’abuse, de criants contrastes avec celui des aspirants habituels à la profession d’analyste ou d’officier traitant des services de renseignement de la France.

 

La quasi-totalité de ceux des faits passés qui, s’ils sont généralement très appréciés – pour des raisons sur lesquelles je ne m’étendrai pas mais dont je tiens à souligner que je suis parfaitement conscient – chez les futurs agents ou « honorables correspondants » de quelque service de renseignement sérieux que ce soit, pourraient en revanche constituer un obstacle à mon éventuelle intégration dans l’un au moins de vos services, sont évoqués rapidement – par ordre chronologique – dans le CV que je joins à ce courrier. Mais certains doivent être dès ici commentés.


Les différentes activités dites « subversives » auxquelles j’ai pu participer, dans l’inconscience de la jeunesse, pendant mes trop courtes années d’études (qui durèrent cependant assez longtemps pour nous éviter mon incorporation en tant que « scientifique du contingent », sans doute pour la durée du service militaire, au Centre de Formation Interarmées au Renseignement (CFIAR), anciennement Ecole Interarmées du Renseignement et des Etudes Linguistiques (EIREL)), ne font d’ordinaire pas partie des titres de gloire des aspirants officiers des services de renseignement de la France. Je tiens cependant, au risque de saborder d’avance mes chances de vous rejoindre sur le front de l’insécurité, à signaler que j’ai participé (ou apporté mon soutien actif) durant l’hiver 1997-1998 à diverses actions dont je conserve un souvenir parfois assez flou, mais au nombre desquelles je peux encore compter comme ayant réellement eu lieu :


1) Le ravitaillement des éléments de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm qui occupèrent cet établissement plusieurs semaines – entourés par une compagnie de CRS – dans l’espoir d’y inviter d’autres étudiants ainsi que des ouvriers – suivez mon regard – avant de s’apercevoir qu’il n’y avait fort malheureusement plus en France ni étudiants, ni ouvriers, mais seulement des spectateurs de télévision – et des spectateurs fort pauvres ;

 
2) La séquestration pendant trois heures de trois (ou quatre) employés de la Direction des Affaires Sanitaires et Sociales (DASS) de Paris dans un immeuble du 2e arrondissement (à ma décharge, je tiens à rappeler au cas où cela ne figurerait pas dans ma fiche RN que je réservai un accueil froid mais exceptionnellement courtois au commissaire de police et à ses quinze hommes en civil qui vinrent frapper à la porte de l’appartement du cinquième étage où je m’étais retranché avec une dizaine de normaliens, une quinzaine de RMIstes en fin de droits et trois ou quatre SDF) ;


3) L’occupation, pendant 67 minutes, des greniers de l’Ecole polytechnique à Paris, rue Descartes, et l’expulsion (toujours froide mais courtoise) d’un agent des RN qui comptait tout haut les éléments subversifs installés dans ledit grenier, téléphone portable à l’oreille, hors dudit grenier (mais par la porte) ;

 

4) Enfin l’occupation, pendant trois heures, du siège du principal parti alors au pouvoir, toujours en compagnie de quelques normaliens, RMIstes en fin de droits et SDF, et l’utilisation active pendant toute la durée de cette occupation des téléphones, copieurs et télécopieurs disponibles à tous les étages et dans chaque bureau de cet établissement.


Tous ces actions se terminèrent cependant sans violence ni effusion de sang (à l’exception notable du bris, que je regrette encore, fin janvier 1998, d’un grand miroir au siège du Parti socialiste), et parfois même – c’est du moins ainsi que je l’analyse a posteriori – dans une réelle entente avec les services de police, et je m’étonnerais moi-même rétrospectivement de n’avoir jamais passé une nuit au poste si je n’avais heureusement pris conscience depuis de l’incroyable inutilité et de la parfaite absurdité de telles activités. Pour toutes ces raisons, je crois que mon ou mes futurs employeurs pourront s’accommoder, sans trop déroger à leurs principes habituels de recrutement, de l’originalité toute relative de mon parcours.


En revanche, deux autres éléments que je tiens également à porter moi-même à votre connaissance me semblent d’une gravité autrement plus préoccupante.

 
C’est à l’automne 2002 que je fis la connaissance du chercheur Jean-Pierre Petit, mécanicien des fluides, astrophysicien, égyptologue et mathématicien, inventeur de divers appareils à induction magnéto-hydrodynamiques, aujourd’hui retraité du CNRS. Notre amitié qui dure encore aujourd’hui malgré quelques importants désaccords sur l’opportunité du développement du logiciel de traduction automatique « Antibabel » ou du soutien – dans la grande affaire de savoir ce qui est réellement censé s’être passé le 11 septembre 2001 – au grand philosémite caché qu’est Thierry Meyssan, naquit très simplement de la passion avec laquelle nous tentâmes de résoudre ce que nous appelions parfois entre nous (mais nous n’étions probablement pas les seuls dans ce cas) : L’affaire Giudicelli.

 
Je ne reviendrai pas sur les détails de cette pénible affaire que certains d’entre vous – ou de vos subordonnés – connaissent vraisemblablement mieux que moi-même. Qu’il me soit simplement permis de justifier la ténacité de mon enquête, plus de deux années durant, de la Provence à la Champagne et de Bruyères-le-Châtel à Freyming-Merlebach, par la profession de foi suivante : en tant que Citoyen de la bienheureuse république de France, en tant que patriote de cœur de ce pays de gloire où je suis né et où j’espère sincèrement mourir – à moins d’avoir l’honneur de périr un jour en mission dans l’un ou l’autre des pays où il semblera judicieux à l’un ou l’autre de vos services de m’envoyer – en tant que patriote éclairé, donc, je ne peux accepter l’idée que le développement d’armes modernes, même et surtout lorsqu’elles sont indispensables à la sécurité future de mon pays dans un monde dont vos analystes – et ceux de différentes firmes d’armement extrêmement bien renseignées – soulignent avec beaucoup de justesse le caractère simultanément flou et dangereux, puisse mettre en danger en quoi que ce soit la vie ou la santé de nos Concitoyens. C’est pour cette raison que je communiquai, au cours des années 2002-2003, tout ou partie des documents et éléments d’analyse que Jean-Pierre Petit et moi-même pûmes réunir (relevés sismiques du CNRS de Marseille, cartes géologiques, rapports de différents Comités Hygiène et Sécurité, comptes-rendus des témoignages recueillis, etc.), concernant les proches environs de la mine de lignite de Gardanne (Bouches du Rhône) – laquelle fut précipitamment fermée au cours de cette enquête, avec deux ans d’avance et dans des circonstances pour le moins étonnantes – à des individus ou des organismes aussi divers que : « Greenpeace-France », « Greenpeace-PACA », monsieur Noël Mamère (député), monsieur Roger Meï (maire de Gardanne), monsieur Michel Despratx (journaliste à Canal Plus) ou encore l’association « Robins des Bois », avec les résultats que vous savez.

 

Avec un certain sens de l’ironie, le Centre National Nucléaire (CNN) installa par la suite à Gardanne, après la fermeture de la mine de lignite et dans les mêmes locaux, son « Centre Microélectronique de Provence », avec l’accord enthousiaste de monsieur Roger Meï qui espérait, depuis deux ans, engager ainsi la reconversion économique de la ville ouvrière dont il avait été député-maire depuis de longues décennies. Je tiens à souligner ici à quel point je respecte aujourd’hui les projets de tous en ce qui concerne la commune de Gardanne en particulier et le développement économique de la région PACA en général. Je suis aussi préoccupé que tous par les questions environnementales en Provence et surtout leur impact sur l’immobilier et la vitalité économique de ce beau pays. Je me rends compte aujourd’hui que la fermeture précipitée de cette mine de lignite, dont je suis peut-être hélas en partie responsable, risque d’avoir de graves conséquences le jour où les eaux souterraines auront rempli les anciennes galeries minières, mais aussi les éventuelles autres cavités qui auraient pu être creusées à proximité dans un autre but, et se déverseront dans la galerie d’évacuation appelée « Galerie à la Mer » qui débouche, si mes renseignements sont exacts, dans le port de l’Estaque, à Marseille. Fort heureusement, mes expériences ultérieures m’ont apporté la certitude que le Ministère de la Défense de la France, contrairement à celui de l’Education Nationale, sait généralement prévoir à long terme et mettre en œuvre, sans lésiner, les moyens appropriés face à chaque situation qui menacerait de devenir critique ou publique – ce qui revient désormais souvent au même. Je n’éprouve donc, vous le croirez sans peine, aucun sentiment de culpabilité exagérée pour mes actes et mes initiatives de la période 2002-2004 concernant ce dossier (que je sais maintenant entre de bonnes mains). Et ce d’autant moins que, si les Services en charge de la protection des sites de test des armes nucléaires de puissance subkilotonnique – je songe en particulier à mes amis de l’Administration de la Protection et de la Défense du Secret (APDS) – n’ont pas trouvé le moyen, à l’époque, d’orienter, canaliser, dévier, fausser mes recherches ou contrer toutes mes démarches malgré mon inexpérience dans ce genre d’enquête (il m’arrive notamment de penser à quel point il aurait été facile, si les tests en question avaient été réalisés sur d’autres sites que sous le Massif de l’Etoile, par exemple sur le Site d’Essais des Landes, ou au Centre de Tirs à Froid de Moronvilliers, ou sous un vaste champ de tir comme celui de Canjuers, de m’empêcher toujours d’approcher la vérité en me fournissant régulièrement, très habilement, de nouveaux éléments focalisant mon attention sur Gardanne et ses environs), je devrais alors logiquement constituer, pour tous les autres Services auxquels je m’adresse aujourd’hui – et peut-être même pour l’APDS qui serait bien la dernière à s’enfermer dans une hostilité improductive visà-vis d’anciens adversaires même aussi négligeables que votre serviteur – une recrue de choix.

 
Je ne vois en revanche pas d’autres raisons pour que mon amitié pour Jean-Pierre Petit vienne interférer avec mon souhait d’obtenir un poste au sein des Services de Renseignement de la France. Il est évident que si mon vœu d’entrer au service de mon pays dans l’un de vos organismes était exaucé, je m’astreindrais alors aussitôt à respecter, ma vie durant, tous les principes qui font du Renseignement d’Etat l’une des professions les plus respectables qui soit dans un monde flou et dangereux : au premier rang desquels le fondamental devoir de réserve, principe dont l’utilité me semble aujourd’hui pleinement reconnue par tous, même ceux qui n’ont nulle nécessité d’en faire usage – parce qu’ils ne savent rien.

 
L’exposé du second élément qui me fait redouter un refus de votre part (et qui me ferait en tout cas refuser dans la plupart des services américains si j’avais le malheur d’être né outre-Atlantique) tient en un mot. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, pour des raisons que vous comprendrez sans peine si vous êtes mariés et surtout si vous êtes bien mariés (ce dont je ne doute pas un instant concernant deux d’entre vous). Le mot en question est : satyriasis. Il est même possible (mais peu probable) qu’à la suite d’un concours de circonstances sur lesquelles, m’étant étendu déjà longuement sur beaucoup d’autres choses, je ne m’étendrai pas non plus – dans le souci évident de ménager la vie privée, mais aussi la progression de carrière de certains de vos collègues –, une partie des renseignements contenus dans ma fiche des Renseignements Nationaux ait trait à cette affection dont je souffre – souffrance cependant toute relative quand je songe à celle de valeureux officiers parfois contraints par la rigueur de leurs missions à une abstinence que je qualifierai d’ « à la limite de l’inhumain », et ce aux dépens de la sécurité sexuelle et affective de leurs épouses ou concubines. Donc, passons vite.

 
Je tiens par ailleurs – et ma trop longue lettre s’achèvera là-dessus – à vous prévenir aimablement que mon engagement dans l’un ou l’autre de vos services de renseignement ne sera pas envisageable, je regrette d’avoir à l’écrire, sans quelque décisif changement dans la manière dont sont gérés certains de vos dossiers et certaines de vos opérations, mais surtout dont sont choisies certaines orientations cruciales des organismes dont vous avez, pour quelques années encore, la responsabilité, ou que vous avez la tâche à la lettre impossible, à travers vos rapports et vos recommandations, d’orienter intelligemment.

 
Tout d’abord, la petite guerre qui se livre depuis sept ans dans le monde du Rens’ et jusqu’au sein des plus prestigieux services de la France, entre les défenseurs du secret le plus absolu et les partisans d’une certaine franchise à l’égard de l’opinion publique – si tant est qu’il en existe encore une en France –, me paraît devoir appartenir définitivement au passé. J’ose espérer que l’affaire Dasquié, notamment, n’en est que l’un des derniers et tardifs rebondissements. Mais il n’en est rien – toujours d’après mes sources, qui contrairement à celle de Dasquié, et malgré le dangereux flou de la loi Dati du 15 mai 2008, n’iront pas croupir entre quatre murs – et la majorité d’entre vous s’imaginent encore devoir obéir sans démissionner lorsque la présidence de la France, dans une légère mais conséquente crise de panique et sur demande expresse de la Maison blanche, vous ordonne de cacher aux yeux de tous les Français ce qui restera cependant aux miens comme l’une des plus éclatantes prouesses des services de renseignement de la France. Personne ne m’a demandé mon avis, bien entendu, mais permettez-moi de vous le donner ici sans préambule : voilà qui vous fournira, je l’espère, un argument décisif pour – ou contre – mon intégration à l’ACSE ou l’APDS, et soulagera peut-être votre conscience lorsqu’il vous faudra à l’avenir prendre à nouveau des décisions d’une telle importance. Je suis aujourd’hui persuadé – et je sais que vous saurez bientôt que je sais de quoi je parle – que de larges extraits du ou des précieux rapports à l’origine de toute cette affaire pourraient être publiés non seulement dans la presse française, mais même dans la presse russe sans qu’aucun tort ne soit par là fait à personne qui n’eût intérêt à la découverte de la vérité – bien au contraire. Il suffirait d’ôter les divers passages permettant d’apprendre comment ces informations ont été collectées pour que cette publication se révèle être, au contraire de ce qu’on s’imagine peut-être encore en haut lieu (par pusillanimité sans doute ; par manque d’intérêt pour la vérité, c’est probable ; j’oserai même dire en me laissant aller à un très répréhensible mais fort compréhensible désir de provocation : par goût de l’ignorance, la chose est évidente lorsqu’il essaie de parler), un acte politique profondément constructif, un acte courageux, lucide et salutaire, je dirai même peut-être un de ces actes dignes des Lumières, digne de l’éternelle et indomptable Patrie des Droits de l’Homme, comme on en voit trop peu ces temps-ci.

 
Oui, en vérité, c’eût été – ce serait encore aujourd’hui, si ceux d’entre vous dont ces choses dépendent pouviez seulement vous y résoudre – un acte réellement éclairé, sans aucun doute digne d’un Rousseau, d’un Diderot, peut-être même d’un Voltaire – et plût à Dieu qu’un beau jour les services de renseignement de la France pussent compter parmi leurs membres un Rousseau, un Diderot, un Voltaire ! – oui, ce serait un acte véritablement éclairé que de libérer aujourd’hui l’officier responsable de cette courageuse fuite de toutes les charges qui pèsent contre lui, de le libérer, de le réhabiliter et même de le décorer pour services rendus à la République avant de publier – pour dégonfler toutes les théories les plus folles qu’aurait émises et fait circuler depuis des mois l’opinion publique si elle n’avait pas déjà, dès longtemps, été privée, à force de diversions, de fausses rumeurs propagées par de faux sages, de demi-vérités prononcées par de vrais fous et de silences exagérés respectés par tous, de la simple capacité d’émettre et faire circuler des théories – de publier, donc, de larges extraits, si possible authentiques, du ou des rapports en question – qui se révèleront finalement, vous verrez, parfaitement inoffensifs, pour les raisons susdites.

 
Cette capacité d’ouverture, d’indépendance et d’innovation, cette fierté retrouvée, cette clarté dans l’exposé public de nos buts généraux et de nos plus brillantes réalisations – clarté qui manque totalement, malgré tous les efforts de nos publicitaires, dans la présentation des buts réels de vos louables entreprises actuelles – c’est la première condition que je mettrai à mon éventuelle entrée dans les services de renseignement de la république de France.

 

Mais non la seule. Car une seconde réorientation des Services de Renseignement de la France me paraît incontournable si vous souhaitez engager à l’avenir un personnel de valeur dans vos ambitieuses officines d’où sortirent un Philippe de Dieulepeult, un Alain Blafart, un Gérard Soral ou un Didier Guillaume.

 
Comment expliquer, à l’heure où les services de renseignement de la France, du moins les quatre ou cinq que vous avez l’honneur de diriger, totalisent un budget officiel – certes largement insuffisant – de l’ordre de 670 millions d’euros (hors rémunérations et charges sociales) – comment expliquer que la présidence de la république de France soit aussi mal renseignée, je ne dis pas sur l’équipement de tel ou tel dangereux groupe de taliban retranché au fin fond des immenses bunkers souterrains de Tora Bora, mais simplement sur l’état de l’équipement et sur « l’efficacité » – le terme de vulnérabilité conviendrait mieux – tactique du contingent français en Afghanistan ? J’espère ne rien vous apprendre en vous rappelant aimablement, par exemple, que les émetteurs-récepteurs radio utilisés par les soldats français en Afghanistan lors de leurs patrouilles habituelles ne fonctionnent généralement qu’à l’arrêt complet du véhicule ? Et qu’ils sont réputés incompatibles avec ceux qu’utilisent les autres contingents de l’OTAN ? Que les soldats français sont, d’après leurs homologues américains, notoirement mal équipés en gilets pare-balles, en casques, et sous-équipés en munitions, et ce depuis le début de leur engagement sur zone ? (Soyons pratiques : alors que n’importe quel GI emporte sur lui lors d’une patrouille motorisée ordinaire 210 cartouches de 5,56 mm et que chaque véhicule blindé de l’US Army emporte alors entre 10.000 et 15.000 cartouches de M16, peut-on envisager de révéler le nombre – que j’ignore naturellement – de munitions dont dispose une section du 8e Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine (RPIMa) et du Régiment de Marche du Tchad (RMT) lors d’une périlleuse mission de reconnaissance à plus de quarante kilomètres de la capitale afghane libérée ?) La Présidence de la France sait-elle, par ailleurs, que ses soldats disposent d’un nombre d’hélicoptères assez insuffisant dans la région ? Que l’altitude de la capitale afghane est de 1800 mètres, alors que lesdits hélicoptères français déployés – qui datent il est vrai d’il y a plus de trente ans – plafonnent péniblement à 2000 mètres (sous d’autres latitudes, il est vrai) ? Que les officiers supérieurs français en Afghanistan refusent régulièrement l’aide matérielle proposée par leurs alliés américains ? Que les Français sont à peu près les seuls en Afghanistan à scinder, en terrain difficile, une section de reconnaissance entre Véhicules Avant Blindé (VAB) et fantassins, éloignant dangereusement les uns des autres, et réciproquement ? Mais surtout, pour en venir au fond de cette affaire, savez-vous, Messieurs, que les profits générés par les généreuses « saisies » d’héroïne et ceux que permettrait d’espérer l’humble prise de participation française – enfin possible aujourd’hui – dans le futur Oléoduc Trans-Afghanistan (TAP), auraient depuis longtemps, si l’on s’en était seulement avisé avant le malencontreux drame du 18 août 2008, pu servir – grâce au notoire entregent (à Kandahar du moins) de personnes comme l’estimable Ahmed Wali Karzaï - à ce à quoi ils serviront peut-être désormais : c’est-à-dire au rétablissement, au plus grand bénéfice de nos jeunes Castrais du 8ème BPC et de nos grands gaziers, de relations commerciales civilisées – pour ne pas dire amicales – avec nos adversaires taliban et leurs respectables sponsors pakistanais, saoudiens et autres, dans l’exploitation de ce que j’appellerai pour employer un terme trop peu traduit, et même trop peu cité dans la presse française : la fameuse et glorieuse Strategic Road de notre Temps ?

 
Qui veut la fin veut les moyens ! Et pour citer un proverbe kosovar (ou d’ailleurs serbe) appris l’an passé d’un grossiste mécontent des tarifs français en vigueur à Mitrovica (que je traduis librement) : espère-t-on faire des milliards avec des bouts de chandelles ? Maintenant que de réelles et fructueuses négociations avec les taliban sont devenues médiatiquement envisageables en France, à moins d’être parfaitement rassurés sur les intentions de nos futurs partenaires d’affaires dans la région, il convient à mon sens (et c’est la deuxième condition que je pose à mon entrée dans quelque Service de Renseignement de la République de France que ce soit) – il convient et je dirai même plus : il faut armer le soldat Sébastien Devez !


Ma troisième condition sera de toutes la plus rapide à exposer et – j’en suis convaincu – la plus universellement compréhensible, a fortiori par des personnes de votre expérience, dont la compétence, la profondeur de vues et le sens civique sont hors de doute : Que soit effacé de mon « insignifiante sous-fiche » aux archives de l’AGRI le nom de l’établissement scolaire (en l’occurence une école primaire publique) où se trouve aujourd’hui scolarisé mon fils de neuf ans, Marco.


Vous le constatez tous, je l’espère, messieurs les Directeurs : je suis, dans un avenir que je souhaite infiniment proche, fermement résolu à m’engager à vos côtés – non seulement physiquement mais aussi intellectuellement – dans la grande Guerre énergétique et financière du XXIe siècle – que ce soit d’ailleurs sur le marché des hydrocarbures, de l’armement, de l’uranium ou même de l’héroïne – et vous conviendrez, je n’en doute pas, que les conditions que je pose à mon entrée au service de la Patrie des Droits de l’Homme sont d’une simplicité et d’une clarté, j’oserai même dire d’un courage intellectuel sans exemple – au moins depuis quelques décennies – dans le monde très renfermé du Rens’.

 
Confiant dans votre lucidité, pour ne pas dire votre clairvoyance dans tous ces domaines, je vous donne un an (donc jusqu’au 14 octobre 2009, 16 heures) pour remplir au mieux ces trois conditions et me contacter aux coordonnées indiquées en tête de ce courrier ou même par téléphone au 06.72.69.00.**. Si par malheur mon intégration au sein des Services de Renseignement de la République de France devait poser problème pour quelque raison inconnue de moi que ce fût, je crois qu’un simple stage – que vous êtes, j’en suis persuadé, en mesure de favoriser – au sein de la société d’audit et de conseil Basilic S.A., domiciliée à Paris, 33, rue Galilée, et plus particulièrement en tant qu’assistant de l’un de ses conseillers les plus avisés, j’ai nommé monsieur René Taderas, ancien Directeur du Département Militaire du Centre National Nucléaire, ou éventuellement monsieur Thibault Cathay, ancien dirigeant du groupe i-Kreskanta, me conviendrait parfaitement. Leur parcours et leur rôle dans « l’inflexion » de la doctrine nucléaire française et accessoirement dans la promotion des armes nucléaires de faible puissance récemment développées, testées et validées sur le territoire français, m’a depuis toujours paru – à titres divers et variés – presque aussi exemplaire que le mien – sur un tout autre terrain il est vrai.


Vous excuserez, s’il vous plaît, Messieurs, ce petit tour de stratégie, puisque vous n’ignorez pas que la charité républicaine nous oblige à courir au secours de nos semblables qui sans l’apercevoir ont les pieds sur le bord d’un précipice, prêts à tomber dedans : vous n’en avez pas besoin, vous qui vous tiendrez désormais, pendant les secousses de l’Etat, fortement attachés au gros de l’arbre ; aussi est-ce un des motifs le plus considérable pour lequel je suis et serai – au moins jusqu’à l’année prochaine –, Messieurs, Votre humble, très obéissant et très affectionné admirateur,


 
Alexandre Gambler

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