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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 10:23

 

 

« Si on résume, pour un homme, il existe sept façons d’être heureux: être père, être amoureux, être fou, savoir pourquoi le monde est foutu, savoir comment sauver un petit bout du monde, garder une victoire secrète, et tout perdre sans faire d’histoires. »

Arthur Shipman 

 

 

 

 

Curriculum Vitæ


Alexandre Gambler


 

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1976 – 23 septembre, vers 15 heures, lors du premier orage suivant la canicule de cette année : naissance, à Argentan sur Orne (Basse Normandie), d’Alexandre Gambler. Il est fils de Gaspard G., professeur de philosophie, né le 22 octobre 1947 à Caen, et de Maria Zimmer, professeure d’allemand, née le 27 février 1949 à Duisbourg (Allemagne).

Deux mois plus tard, décès de Jean G., grand-père d’Alexandre, ancien membre du réseau des Francs-Tireurs et Partisans « Guillaume le Conquérant » (Normandie), ancien déporté d’Oranienburg-Sachsenhausen.


1977 – Déménagement de la famille G. au 13, rue du Général Pershing à Versailles où le père enseigne la philosophie au lycée Hoche. La famille G. effectuera de très fréquents séjours en Allemagne dans la Ruhr, chez la famille Zimmer, jusqu’en 1994.


1979 – Premier voyage de la famille G. en Suisse, à Sils Maria (Haute Engadine). Campement trois semaines à Sils Maria, sur les bords du lac de Silvaplana. Ascension du Piz Corvatsch. La famille G. passera chaque été quelques semaines à Sils Maria jusqu’en 1982.


1982 – Alexandre G. entre à l’école primaire Richard Mique à Versailles. Une jeune institutrice antillaise aux robes multicolores et parfumées lui apprend à lire et à écrire en posant très souvent une main affectueuse sur son épaule.

Pendant l’été, voyage de la famille G. en ferry jusqu’en Irlande. Première mention dont se souvienne Gambler, par son père, sur une plage irlandaise, des noms de Leopold Blum et de James Joyce. Première tempête en mer. Première rencontre avec des dauphins sur une plage du Connemara.


1983 – Naissance à cinq minutes d’intervalle d’Erika et Bernard G., enfants de Gaspard et Maria G. – Alexandre leur fera croire, un peu comme à tout le monde, tout et n’importe quoi jusqu’en 1997.

Il ligote affectueusement ses camarades d’école Valentine G. et Amaya R., sur leur demande, au fond du parc de la résidence du 13, rue Pershing. Il les libérera tard dans l’après-midi. Début probable de l’intérêt porté par Alexandre G. aux pratiques guerrières des indiens d’Amérique et au nawa shibari.

 
1984 – Février : Premier voyage scolaire sans les parents, dans les Alpes, en classe de neige. Joie du ski. Première tempête de neige. Une nuit, dans l’immense dortoir endormi, Alexandre G. reste éveillé plusieurs heures et commet l’imprudence de faire grincer son lit à coups répétés en se tapant la tête dans l’oreiller. Un stagiaire vient lui donner un coup de poing dans le ventre pour le réduire au silence. Début probable de l’intérêt porté par Alexandre G. aux questions de censure et au combat à mains nues.
Gaspard G. déménage sa bibliothèque et son bureau dans un studio du quartier. Alexandre G. va le chercher tous les jours avant les repas et l’attend patiemment en contemplant les livres, les manuscrits, en lisant une version pour enfants de l’Iliade et de l’Odyssée, ou un récit de l’épopée d’Alexandre le Grand, et en observant longuement, aux murs, les portraits de Husserl, Wittgenstein et Heidegger et un triptyque de Jérôme Bosch représentant le Jardin des Délices, le Purgatoire et l’Enfer (1504). Début probable de l’intérêt porté par Alexandre G. aux bibliothèques privées.
Longs jeux avec une vingtaine d’autres enfants dans le parc de la résidence du 13, rue Pershing, en particulier des « chasses à l’homme ». Découverte et mémorisation des codes d’accès aux 13 cages d’escalier de la résidence. Alexandre G. ne sera jamais repris par ses poursuivants.


1985 – 6 décembre, dans la nuit : attaque à l’explosif du quartier général du Réseau Centre-Europe des Oléoducs (CEPS) de l’OTAN au 11 bis, rue du Général Pershing (fin de la soi-disant « Campagne Pierre Akkerman »). Toutes les fenêtres du 13, rue du Général Pershing donnant de ce côté sont soufflées, à l’exception de celle de la chambre d’Erika et Bernard G., protégée par un cèdre du Liban planté en 1734 par Bernard de Jussieu qui l’avait ramené du Jardin botanique de Londres. Début probable de l’intérêt porté par Alexandre G. aux arbres, au Liban, aux botanistes et à l’Angleterre.

 

1986 – Le jour où l’accident de Tchernobyl est révélé en France, Alexandre G. contemple longuement une dizaine de poissons morts dans le bassin du parc de l’ONISEP de Versailles où il va s’initier au saut sur trampoline et au basket.
Lecture de Huckleberry Finn.
En mai, classe de mer en Bretagne. Premier apprentissage de la voile sur un « Optimiste », en compagnie de son camarade sourd Matthieu L. ; Alexandre G. est particulièrement impressionné par l’habileté du moniteur de voile, amputé du bras droit.

 
1987 – Alexandre G. entre sur concours au Collège Franco-Allemand de Buc (Yvelines), en classe de sixième. Deux heures de transport par jour. Amitié avec Gilles B.-Ch., quatrième fils du commandant du porte-avions « Foch » basé à Toulon.
Pendant l’été : Déménagement de la famille G. dans une maison neuve à Gif sur Yvette (Essonne). Gaspard G. offre à son fils un V.T.T. d’adulte : Alexandre est grand. Il mesure déjà un mètre et soixante-trois centimètres. Découverte de la vallée de l’Yvette et de la vallée de Chevreuse où se trouve le château de Mauvières (commune de Saint-Forget), ancienne propriété du grand-père de Cyrano de Bergerac. Explorations à vélo, seul, à l’aide d’une carte et d’une boussole, à la recherche de la maison des parents d’Aurore D. dont Alexandre G. sera très romantiquement amoureux pendant trois ans.


1988 – Alexandre G. commence par ennui la rédaction d’un roman-feuilleton qu’il fait lire à ses camarades de transport et de collège. La version finale de ce roman comportera huit cents pages manuscrites. Texte aujourd’hui fort heureusement perdu. Très mauvais résultats scolaires sauf en français, en allemand, en anglais, en arts plastiques, en géométrie et en éducation physique.
Première découverte ravie de Molière.
Eté : séjour de deux semaines à Toulon chez la famille B.-Ch. Plongée en apnée le long des digues. Alexandre manque se noyer en s’aventurant dans un puissant courant de reflux. En reprenant pied sur une plage tout étonné d’être encore vivant, il s’aperçoit que personne ne s’en est aperçu. Visite du porte-avions « Foch » dont la vétusté surprend le jeune Gambler.
Grands incendies au nord de Toulon.

 
1989 à 1991 – Ennui au collège, sauf aux cours de français de monsieur Fontaine, professeur de retour d’Afrique qui l’encourage à écrire, aux cours de flegme anglais de monsieur Halfmann et aux cours de physique-chimie de mademoiselle M’Bengue. Exploration approfondie du plateau du Hurepoix le week-end. Pivot très maladroit et d’autant plus efficace dans l’équipe de basket de Gif sur Yvette.

 
Janvier-février 1991 – Etonnement devant le spectacle de la Première Guerre d’Irak à la télévision.


1992 – Entrée au Lycée Franco-Allemand, en section scientifique, option mathématiques.
Alexandre excelle dans les matières littéraires, sauf l’histoire et la géographie. Mais il tient absolument à continuer d’étudier la physique et la chimie.

Etonnement devant le spectacle des guerres yougoslaves à la télévision.

Découverte de Balzac, Rabelais, Kafka. Amour à demi-avoué pour deux sœurs rivales, l’une brune et superficielle, l’autre blonde et profonde. Durant
l’été, séjour avec ses parents à Berlin. Etonnement de réaliser qu’il parle presque parfaitement allemand. Première prise de conscience des grandes catastrophes idéologiques modernes.


1993 – Février, séjour à Oxford. Découverte de Shakespeare.
Juin, nouveau séjour, dans un cadre scolaire cette fois, à Berlin. Gambler fausse compagnie à ses camarades et erre une semaine dans la ville sous prétexte de préparer un exposé sur « L’architecture socialiste », qu’il ne rédigera jamais. Emerveillement pour la faune des anciens quartiers officiels autour d’Unter den Linden à la nuit tombée.
Juillet, séjour avec la famille dans le chalet du philosophe Heidegger à Todtnauberg, dans la Forêt Noire. Première lecture des Caractères de La Bruyère et d’Ainsi parlait Zarathoustra.


1994 – En mai, Gambler travaille un mois durant au cirque Diana Moreno-Borman, à Paris, comme garçon de piste, et joue avec délectation le personnage de l’Empereur de Chine dans la pièce La muraille de Chine du dramaturge suisse Max Frisch.
En juin, Gambler obtient le diplôme du baccalauréat franco-allemand, série scientifique, option mathématiques, avec la mention Bien, au grand désespoir de ses professeurs.
Durant l’été, séjour à Cambridge, visite des coulisses du National Theatre de Londres, confidence à un ami comédien : « This is just a factory. »
En septembre, entrée en hypokhâgne au Lycée Henri IV, à Paris. Etonnement devant le manque d’imagination de ses professeurs, de ses nouveaux camarades et de la critique littéraire en général. Une exception dans la ranceur ambiante : le professeur Ballorain. Déception devant le conformisme sentimental des parisiennes. Premières rencontres de prostituées, souvent gratuites. Découverte de Joyce, Rimbaud, Char, Kleist. Natation. Course de fond plusieurs fois par semaine, seul, dans la vallée de l’Yvette (10,5 km).

 
1995 – Gambler se prépare à renoncer à la khâgne et rend des dialogues en lieu et place de dissertations au concours blanc du second semestre. Son professeur d’histoire, monsieur Sussel, le juge « fou », ce que Gambler prend pour un compliment venant de la part de ce monsieur. Il n’est pas pris en khâgne à Henri IV. Pendant l’été, un professeur d’allemand à l’Ecole Normale Supérieure, « autodidacte », le convainc de préparer le concours de Fontenay Saint-Cloud dans cette langue. Nouveau séjour à Sils Maria en Haute Engadine.
Septembre : Gambler entre en khâgne au Lycée Lakanal (Sceaux) avec pour professeur d’allemand monsieur Grassin-Delyle et pour professeur d’histoire monsieur Scot : « Je préfère vous le dire le premier jour : j’ai la réputation d’être un professeur d’histoire français d’origine écossaise, et de plus, marxiste. Je vous le dis, en vérité : le capitalisme finira un beau jour par exploser en plein vol. » Dont acte.
En octobre, premières vendanges. Explosions amoureuses. Pour la dernière fois, Gambler s’imagine devoir sacrifier une relation au profit d’une autre – et perd évidemment les trois.
Eblouissement en entendant pour la première fois 'Round Midnight de Thelonious Monk à la radio, dans l’appartement prêté par un psychanalyste pendant les grèves de décembre.
Lecture intensive de Heidegger, Kafka et des écrits politiques du sous-commandant Marcos.

 
1996 – En février passage à La Haye. Découverte de Vermeer. Note du 14 février : « Je m’aperçois qu’avant aujourd’hui je n’avais jamais vu de tableau. »
Lecture quotidienne de Kafka et Rimbaud.
Echec au concours de Normale Sup. Quatre sur vingt en histoire sur « L’Angleterre de 1851 aux années Thatcher ». Dix sur vingt sur « La Chine : un géant fragile. »
Eté : redécouverte de la voile en Bretagne, sur un catamaran, avec son frère Bertrand.

 
1997 – Gambler entre à Normale Sup. Dix sur vingt en histoire sur « Le monde du travail de 1871 à 1936. » Deux sur vingt en géographie sur « La centralité des villes françaises. » Un sur vingt en commentaire littéraire sur L’enfant, de Jules Vallès.
Etonnement devant la médiocrité intellectuelle des normaliens. Rencontre d’étudiants esteuropéens, touaregs, chinois, argentins, portugais, autrement plus dégourdis. Découverte de la vie et de la poésie de Hölderlin grâce à Rémy Colombat, et de Zhuangzi grâce à un étudiant chinois.


1998 – Fréquentation de groupuscules d’extrême-gauche peu recommandés. Participation à diverses « actions politiques » de peu d’envergure, toutes vouées à l’échec. Accrochage d’une banderole de vingt mètres au premier étage de la tour Eiffel, lisible depuis le parvis du Trocadéro : « VIVA ZAPATA. »

Rencontre de sa future femme Lina au deuxième étage de l’internat de l’avenue des Lombards. Explosion sexuelle. Lina lui apprend le bulgare. Durant l’été, découverte de la Bulgarie. Impression de guerre économique aiguë.
A l’automne, séjour seul à Berlin. Errances dans le massif du Harz sur les traces de Goethe et Heine. En décembre, retour à Paris. Tango. Lectures géopolitiques tous azimuts.


1999 – 22 mai : Mariage avec Lina.
Juin : Gambler rédige et soutient à l’Université de Paris 4 – Sorbonne (dans les souterrains sans fenêtre du Grand Palais) sa maîtrise bâclée de littérature germanique avec le professeur Colombat, sur le thème : « Mensonge et raison dans l’oeuvre de Jurek Becker ».
Septembre : naissance de son fils Marco.

 

2000 – Rédaction à Paris 4 et soutenance (dans les nouveaux locaux de la rue Malesherbes dont le marbre gris lui rappelle irrésistiblement celui du bunker hitlérien qui orne désormais les murs de la station Friedrichstrasse et le hall de la Humboldt-Universität à Berlin), de son mémoire bâclé de littérature germanique avec le professeur Colombat, sur le thème : "Hölderlin et l’écriture du danger." Brouille avec Colombat au sujet de la correspondance entre Heidegger et Staiger. Fin du service militaire obligatoire. Gambler cesse ses études.
Fréquentation de l’ « Ecole du Tigre Volant » de maître Tran, dans les sous-sols de l’Eglise américaine au 65, quai d’Orsay. Remarque décisive du vieux maître : "Tu es maladroit. C’est comme ça. Invente un style maladroit."

 
2001 – Juillet : agrégation d’Allemand à la surprise générale. « Toi, ils t’ont donné l’agrégation ? »
Séjour en Bulgarie et en Grèce durant l’été. Gambler comprend l’Odyssée en se baignant dans la mer Egée.
Septembre : Stage au Lycée Louis le Grand. Déception devant la médiocrité des élèves et des collègues. Première constatation concrète de l’effondrement de la lecture et de l’écriture chez toutes les générations, dites « jeunes » ou non. Etonnement devant la stupidité des diverses interprétations officielles et « théories du complot » concernant les événements du 11 septembre en Amérique.

 
2002 – Janvier : Stage au collège Méliès, rue de Tanger, à Paris. Amusement devant les impacts de balles de 9 mm en salle des professeurs. Note du 31 janvier : « Education. Cinéma. » Demande de mutation en Seine Saint-Denis pour l’année suivante.

 
2002-2008 – Nombreux établissements de la Seine Saint-Denis.

Découverte de Sollers, Debord, Sun Tzu, Li Bo. Après une bagarre de rue, Gambler comprend soudain Hemingway. Eblouissement à la première écoute de First Meditations de John Coltrane, à la lecture de Guérilla dans le désert de Lawrence d’Arabie et à la vue des Tauromachies de Picasso.

Nombreux séjours dans les Balkans, dont deux, trop brefs, au Kosovo, juste avant l’indépendance. Presque rien à déclarer.

Quelques liaisons extra-conjugales, détournements de mineures et fréquentations de prostituées de diverses origines pour parfaire son éducation.
Rédaction en 27 jours d’un texte contenant une description complète de ses orientations sexuelles, religieuses, syndicales et politiques : Une criminelle conversation. Initiation au tir au pistolet (.22LR, 9mm, .45) et au fusil de sniper (Mini-Hécate .338). Entraînement de wushu auprès de Qin Shi, championne de Chine, et Farès Zerou, champion de France. Marche et course à pied. Poker. Peu de vices, mais à fond. Aucune addiction connue à ce jour. Fait la sieste, lorsque le temps le permet, sur les pelouses du parc de Sceaux.

Vous y attend sans impatience.

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commentaires

omnitech guides 12/01/2015 12:33

To be frank I have never heard of Arthur Shipman before but I really liked this thought. He says there are seven ways for a man to be happy. But I say all those without fuss really make a man happy.