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17 septembre 2012 1 17 /09 /septembre /2012 04:07

Comment la pensée transforme immédiatement le temps, et donc le lieu. Le jeu de la mémoire. Choses concrètes, temps qui dure, senti dans des lieux concrets, étonnants de détail, même minuscules, même méprisés et ignorés. Surtout ignorés, comme s'il y avait une jouissance supplémentaire à savoir ce qu'ignorent tous ces fous.

Ce type a un potager ridicule entre un bout de rue et la voie ferrée. Je suis passé ici trois mille fois presque sans le remarquer, jusqu'au jour où j'ai dû faire le trajet à pied et j'ai demandé du feu au type debout au milieu de son jardin. La maison est une ancienne maison de garde-barrière pour le passage à niveau qui n'existe plus et qui n'a pas été remplacé par un pont, ni par un tunnel. Pas de haie, une clôture qui vous arrive à la taille, tout le monde peut voir ce qui se passe dans son potager. Très peu de gens peuvent voir ce qui se passe dans sa tête.

Il s'en occupe tous les jours ou presque. Une heure ou deux en général. Parfois toute la soirée, au printemps, en été, en automne. Tout le dimanche. Quand il part travailler il est dans son atelier de maintenance des TGV et il pense souvent à son potager. "En fait je crois que d'une certaine manière j'y pense tout le temps, ça m'aide. Dix secondes à penser à mon potager, c'est comme une pause invisible d'une heure. C'est meilleur qu'un café ou une cigarette. Parfois je me dis que même si je n'avais plus mon potager, je continuerais de m'en occuper là-dedans." Il tapote de l'index sur sa tempe gauche.

"Tout le monde devrait avoir une sorte de potager", je réponds de l'air du type qui comprend tout.

"Vous avez tout compris", il me répond, "c'est exactement ce que je pense moi aussi. Et vous c'est quoi votre potager?

- Un cahier", je dis pour simplifier.

Et maintenant je suis dans le train et je regarde les vieux hangars derrière les vitres en plexiglas rayées de gouttes de pluie, en compagnie de mes camarades noirs qui foncent en dormant vers leurs chantiers de banlieue. J'ai essayé de dormir mais je suis bien réveillé. Sans rien dans les mains, j'écris mon cahier.

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Published by riverrun - dans Carnets!
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commentaires

Andreas Guest

« Andreas Guest, c’est ton vrai nom?

- C’est bien possible, oui.

- Parce que si j’ai bien compris, du peu que tu as publié depuis 'Lahatena' en 2001, ça a été le plus souvent sous des pseudonymes pas toujours transparents comme Alexandre Gambler, Léo Zyngerman et Thomas Spaeher ? Schizophrénie ?

- Je ne sais pas, il faut peut-être demander à quelqu’un d’autre. Je crois surtout que n’importe qui ne peut pas raconter l’histoire de n’importe qui. »

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