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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 13:09

De petits cailloux sur le vasistas, une fois, deux fois, sept fois. Je me lève les yeux fermés, cherche de la main l’ouverture. Ça y est, je sors la tête dans la nuit chaude. Je soulève mes paupières avec mes doigts. Il y a quatre personnes devant la grille du jardin. Je distingue la silhouette de la belle Shu Lien reconnaissable entre mille. Sa jolie chevelure parfaitement peignée et épinglée sur le côté sous la lumière du réverbère. « Arthur! Ils sont en train de prendre la Colline et le Royaume! » Qu‘ils les prennent. Mais non. La Colline, le Royaume, c’est sacré, je comprends pour la première fois en cherchant ma montre et en la trouvant dans le pot du cactus. Je fais briller le cadran lumineux. Cinq heures moins le quart. Je m’étire les bras et la nuque et les jambes et je respire douze fois comme le dragon. Je lui ai pourtant dit que c’était mauvais pour elle à son âge les nuits blanches, à Shu Lien. Mais elle ne fait jamais ce que je lui dis. Elle a sa manière à elle de faire ou de ne pas faire les choses. Moi, j’aime bien.
J’enfile mon jeans et mon T-shirt et mon blouson et mes chaussettes et mes baskets et je sors par le vasistas. Ils me regardent tous les quatre. Ils adorent quand je fais ça. Alors moi je me laisse glisser jusqu’au bord du toit et hop, salto roulade pour descendre sur l’herbe en douceur et bing délicieuse sensation sur la nuque, merci la rosée fraîche et l’odeur de l’herbe et la petite brume qui se lève des pelouses. Je me relève dans la nuit des réverbères et les ombres des arbres comme si j’avais petit-déjeuné en vol.
Tout de suite Shu Lien s’appuie sur moi de tout son poids, donc rien. Elle ne m’embrasse pas. Ce qui est bien avec Lien c’est qu’elle ne m’embrasse jamais devant les autres. Tous ces crétins qui s’embrassent dans les couloirs du lycée devant tout le monde. Quel gâchis de baisers. Il faut être invisible pour embrasser. Tout mais pas ça. Les baisers de Shu Lien c’est sacré, je me dis pour la première fois en cherchant mes cigarillos et en les trouvant dans la poche déchirée de mon blouson.
Alors, Lien. Toujours ta manie des nuits blanches?
Alors, Arthur. Toujours ta manie d’être au lit du coucher au lever du soleil?
La nuit c’est fait pour dormir, l‘Orchidée.
La nuit c’est fait pour être heureuse, idiot.
Idiot, c’est bien dit, même si je vois qu’elle regrette aussitôt de m’avoir appelé comme ça devant les copains. Je lui souris.
La nuit c’est fait pour rêver, Shu Lien. La nuit c’est fait pour sauver sa mémoire, je continue bêtement perdu dans la brume nocturne de mes propres idées.
On peut rêver et mémoriser dehors, pas la peine de se mettre au lit pour ça, Arthur. Ma nuit à moi c’est fait pour me rattraper de tout ce qu‘on m‘a empêchée de faire pendant la journée. Toi, dans ta nuit tu ne peux pas comprendre: personne ne t’a jamais empêché de rien. Moi, avec tes parents je serais déjà championne du monde du bonheur.
Laisse mes parents et le championnat du monde du bonheur tranquille, tu veux bien.
T‘as raison, Art‘. Revenons aux choses qui fâchent.
Les narcos sont en train de prendre la Colline, nous rappelle tragiquement Roberto.
Faudrait pas qu’ils m’empêchent d’avoir mes nuits de bonheur sauvage, conclut Shu Lien sur un ton sans réplique. Donne-moi ça.
Elle me prend mon cigarillo à peine allumé et elle crapote un peu. Ensuite elle me rend mon cigarillo avec le bout mouillé par ses lèvres et elle vérifie d‘un regard que ça me fait plaisir.
Merci, Artie.
Ça me fait plaisir.
Les trois copains hochent la tête d’un air entendu.
Ouais pour qui ils se prennent, fait Roberto.
Ouais pour la Colline j’en sais rien mais s’ils croient qu’ils peuvent annexer le Royaume pour leurs trafics, analyse Hans avec son accent allemand hilarant. Hans il n’a pas apprécié quand il a compris ce que l’Allemagne avait fait entre 33 et 45. Maintenant il voit des annexions, des spoliations et des exterminations partout, et d’ailleurs sérieusement: qui pourrait lui donner tort? Ça commence à durer cette histoire, non?
On devrait leur montrer que dans le Royaume il y a des rois, il dit Hans.
Et des reines, complète Roberto en regardant Shu Lien qui me regarde pendant que je les regarde tous les quatre.
Ouais c’est de la basse stratégie, dit le frère de Lien en s‘allumant une Winston d’une main sans protéger la flamme de son briquet de l‘autre. Il fait toujours ça, Tien-An. Quand il s’allume une clope le vent s’arrête. Moi je peux mettre un quart d’heure à allumer un cigarillo certaines fois alors qu‘on aurait dit qu‘il n‘y avait pas un souffle d‘air avant que j‘essaie d‘allumer mon briquet. Lui il met sa clope aux lèvres, il approche son briquet et hop c’est l’œil du cyclone. Il peut y avoir une tempête à deux mètres et les chaises de jardin s‘envolent, lui il va allumer ce qu’il veut debout droit comme un « i » l’autre main tranquillement dans la poche où je sais qu’il serre son couteau papillon en regardant défiler les nuages.
M’ont l’air fatigués, les gars. Ils sentent tous l’alcool et la cigarette. Shu Lien aussi sent l’alcool et la cigarette mais elle n’a jamais l’air fatiguée. Mon amie, soit elle dort, soit elle est réveillée.
On marche à travers les lotissements vers la voie ferrée.
C’est moche les villes européennes, mais c’est tellement moche que c’est beau, dit Roberto d‘un air inspiré. Roberto est persuadé que ce n‘est pas mon kung fu qui lui plaît, à Shu Lien, c‘est mon cortex.
N’importe quoi, dit Shu Lien.
Mais si, proteste doucement Roberto, qui aimerait bien être à ma place quand Shu Lien en marchant passe sa main sous mon T-Shirt pour toucher la peau de mes reins. Mais Roberto finalement est un chic type et un copain depuis le collège. Il m’en veut juste un peu que Shu Lien marche appuyée contre moi dans les nuits du début de l’été avec ses cheveux et ses yeux et ses gestes et sa robe très courte, mais pas trop. Un jour il m’a dit: « Arthur tu serais n’importe qui d’autre on t’aurait tué de nous avoir pris Shu Lien. » Moi j’ai dit: « Je n’ai pas pris Shu Lien. Et surtout pas à vous. Personne ne peut prendre Shu Lien. » Il m’a regardé d’un air bizarre et il a dit: « Me dis pas que tu l’as pas encore prise? » Et là je l’ai giflé et il s‘est excusé. « Désolé, Art’. Si j’étais le copain de Lien et que tu m’avais demandé ça moi aussi je t’en aurais collé une. »
Mais si, proteste doucement Roberto en se rapprochant de Shu Lien. Autrefois par exemple tu vois quand je traversais la campagne en voiture avec mes parents je n’aimais pas les poteaux téléphoniques avec tous leurs câbles en pleine campagne. Eh bien maintenant qu’ils ont disparu je réalise que c’était des poteaux poétiques.
Je te comprends, dit Shu Lien plus doucement que prévu. Oui je te comprends, Roberto. Sa voix redevient dure tout à coup. Mais tu te trompes.
Pourquoi il se trompe? demande Hans toujours avec son accent qui devient de plus en plus fort plus il est fatigué et saoul et amusé.
Il se trompe, Roberto, parce que c’est lui qui est poétique, dit Shu Lien radoucie en passant le dos de ses doigts libres sur la joue piquante de Roberto qui n‘en espérait pas tant. Les villes européennes à quelques maisons, à quelques jardins, à quelles rivières près ce n’est pas poétique. Ce sont ce que les gens qui vivent vraiment dedans font et ce qu’ils ne peuvent pas faire dans ces putains de villes qui est poétique. Regardez. On nous empêche de presque tout. Y en a qu’un seul ici qui a compris ça et c’est pour ça que je mets ma main sous son T-shirt quand il marche à côté de moi parce que c’est comme pour tout, ce n’est pas son dos qui est poétique, c’est la manière dont il se sert de son dos.
Roberto hallucine en continuant de marcher la tête basse.
Ne dis pas de bêtises, Shu Lien, je fais en serrant doucement son épaule.
Je ne dis pas de bêtises. Il faut se dire les choses entre copains pendant qu‘on est pas encore trop cons sinon ça sera trop tard. Ce n’est pas pour te faire mal, Roberto. Tu es notre ami à Artie et moi. C’est pour que tu comprennes que si vous étiez tous lucides comme Artie je mettrais mes mains sous tous vos T-shirts.
Façon de parler?
Non.
Hans rigole en réfléchissant.
C’est une guerre, continue Shu Lien en me pinçant le dos parce que je continue à serrer son épaule pour qu’elle arrête de leur faire du mal inutilement.
Qu’est-ce que c’est maintenant que cette histoire de guerre aussi, je me demande sans rigoler.
Et vous vous êtes en extase devant le moindre Cercle des poteaux téléphoniques disparus alors qu’on est en guerre Art’ et moi. Même si lui il dort presque toutes les nuits de vingt-deux heures à six heures et que cette guerre on ne pourra pas la gagner seuls. Même si, si Art’ et moi on était réveillés ensemble toutes les nuits de vingt-deux à six heures on pourrait pas.
Hans tape du pied dans une canette vide. Il a réfléchi et maintenant il ne rigole plus. Je le regarde de côté. Je suis sûr qu’il repense à la fille qui venait chaque soir après la pièce pour lui parler à Fribourg quand on avait monté la Muraille de Chine là-bas en Allemagne. Elle l’aimait beaucoup et ça se voyait qu’elle était futée et elle lui avait dit qu’elle aimait beaucoup la manière dont il jouait le prince rebelle ce qui voulait dire qu’elle l’aimait beaucoup lui. Et c’est vrai qu’il avait trouvé le truc et elle voulait juste prendre un verre dans le centre avant qu’il rentre et lui il préférait rester avec les autres parce qu’il était bêtement amoureux de Sandra qui n’avait rien dans la cervelle. Une guerre de perdue, zéro de retrouvée.
On traverse une pelouse plantée de bouleaux rapprochés avec leurs troncs noirs et blancs qui brillent dans la lumière des réverbères à travers la brume qui monte de l‘herbe. Ça c’est beau au milieu de toute la mocheté du Cercle des Villes disparues, je me dis, et les yeux et les mouvements et la main de Lien dans mon dos qui arrête de me pincer et qui recommence à me caresser me disent la même chose.
Et si vous me parliez plutôt des Cobras, les gars? je fais en m’arrêtant et en donnant mon blouson à l’Orchidée parce qu’elle vient de frissonner.
On était chez Sophie et il était trois heures et on voulait finir la nuit au Royaume, explique Shu Lien en se serrant tout à coup dans mes bras.
Parce qu’on était fatigués, explique Roberto en regardant tristement les jambes nues de Shu Lien.
Parce qu’on avait bu plus que de raison, ajoute Hans qui adore caser dans la conversation des tournures bien françaises comme « plus que de raison », « point trop n’en faut », « tant va la cruche à l’eau », « qui veut voyager loin », etc.
Tien-An ne dit rien. Il se rallume une nouvelle clope de la main gauche. Ça me tue mais chacun ses talents. S’il s’entraîne encore quelques années il deviendra le légendaire Maître de la Voie du Briquet sans Vent et moi le légendaire Maître de la Voie du Cigare Mouillé.
Alors on est passés par le terrain de sport, continue Shu Lien en recommençant à marcher. Et puis on a escaladé les clôtures du parc et on a longé la rivière jusqu’au pont. Ensuite on a traversé le petit marécage, on est passés par la ZAC derrière la station service et on est arrivés sur la friche. On a tout de suite vu les lumières des deux voitures qui montaient la Colline jusqu’au Royaume et Tien-An a reconnu la vieille Mercedes pourrie des Cobras avec son aile avant blanche.
Elle me regarde encore.
Si ça se trouve ils sont partis déjà, je dis d’une voix plus faible que d’habitude en regardant mes pieds et le bout de mon cigarillo.
Ils font tous semblant quelque temps de ne pas avoir entendu. Shu Lien serre encore un peu plus son épaule contre la mienne en marchant.
Ouais, si ça se trouve, mais si ça se trouve non, dit Roberto sur un ton poétique.
Non, ils sont encore là, je le sens, et ça va être plus difficile que les autres fois, dit Shu Lien qui pressent toujours les catastrophes.
Je pourrais aller vérifier si Tom et Samy ne sont pas réveillés et disposés à nous prêter main forte, fait Hans d’un air soudain inquiet.
Disposés à nous prêter main forte, c'est bien dit, je lui réponds en souriant.
Hans me regarde sourire d’un air soulagé et me fait un clin d’œil rassuré. Hans a toujours confiance dans mes sourires. Et moi ça me rassure de rassurer Hans. Les bons comptes font les bons amis.
Un week-end de quatre jours, logiquement, Tom et Samy sont partis avec leurs parents ingénieurs à Deauville, Dinan ou Dinard, répond tranquillement Shu Lien. Non, non, il n’y aura que nous cinq. Si on voit qu’on ne peut pas y arriver on se repliera comme des petits soldats, c’est tout. Je veux qu’Arthur voie la situation et décide si on peut les chasser cette nuit pour reprendre la Colline ou non.
Et le Royaume? je demande. Ils sont entrés dans le Royaume?
Un long silence. Tien-An hausse les épaules. Roberto soupire. Hans ne dit plus rien. Shu Lien regarde droit devant elle.
Bon, on y sera bientôt.
On traverse les parkings de la ZAC déserte et désolée en longeant la rivière. J’ai pris la main de Shu Lien fraîche, soyeuse et légère comme un serpent qui dort dans la mienne. Elle se penche vers mon oreille: « Ça va mal se passer cette nuit. Je suis sûre. Mais je veux qu’on y aille. Tout ce que j’aime est dans le Royaume. Même toi tu es dans le Royaume. » Je me penche vers son oreille parfumée: « Je ne suis pas dans le Royaume. Mais tu t’inquiètes pour rien. C’est Roberto qui te donne des idées noires parce qu’il est triste et fatigué et qu‘il a bu. On ne prendra pas de risque. De toute façon le Royaume pour moi ce n‘est pas le hangar, c‘est toi. » Elle se penche vers mon oreille: « C’est gentil. Tu sais bien que non et moi aussi. Réfléchis un peu. Les filles ne sont pas des royaumes. Sinon pour toi il y aurait une infinité de royaumes. Parce que tu auras une infinité de femmes. Je suis juste la première. Et tu es mon premier homme. Un homme ou une femme ne peut pas être le Royaume. C’est déjà beaucoup d’être dans le Royaume. » Je me penche à son oreille: « C’est toi qui m’a montré le chemin du Royaume. Et maintenant je suis tout le temps dans le Royaume. Pas besoin d’aller au hangar pour y être. » Elle se penche à mon oreille: « Toi aussi tu m’as montré le chemin du Royaume. Je sais bien que ce n’est pas le hangar le Royaume. Parfois moi aussi je m’imagine que c’est toi le Royaume. Mais c’est faux. Il faut être fidèle au Royaume et à ceux qui sont fidèles au Royaume et c’est pour ça qu’on va libérer le hangar. »
Mais en fait c’est quoi ces messes basses? demande Roberto qui n’a vraiment pas le moral cette nuit au moment où nous arrivons à cent mètres de la Colline sur les bords du terre-plein de la voie ferrée.
Je redonne la moitié qui reste de mon cigarillo à Shu Lien.
Hans, tu fais le tour par la gauche. Tien-An, par la droite. Roberto, tu restes ici avec Shu Lien. Rendez-vous ici dans quinze minutes. Regardez vos montres.
Je grimpe à quatre pattes la Colline en traversant deux fois la route en escargot et j’arrive au bord du vieux parking défoncé éclairé par les trois réverbères dont la lumière se met à trembloter. Je ne sais pas si ça vous fait pareil, quand je marche la nuit je fais trembloter la lumière d'un réverbère sur vingt. Derrière la vieille carcasse de bus carbonisée il y a la Mercedes déglinguée des Cobras avec la Fouine dedans et c’est tout. Je me lève et je traverse le parking jusqu’à la Fouine. Il sort de la voiture, il tangue légèrement et s’appuie les bras croisés sur la portière.
J’croyais qu’à c’te heure tu f’sais d’jolis rêves dans ton lit à barreaux, Art’.
Les autres sont dans le hangar, Laf?
On s’est dit qu’vous en auriez pas b’soin c’te nuit ta bridée et toi. Alors on s’est installés gentiment. Ça pose un blème?
Je vais au mur défoncé du hangar et j’entre dans le couloir. Ça sent la pisse et le vomi. D’habitude par miracle le Royaume sent bon. J’imagine ce que dira Shu Lien. « Les gens pissent et vomissent là parce que le Royaume leur fout les jetons. » Oui, j’imagine la tête de Shu Lien quand elle sentira cette chlinguerie. J’arrive au bout du couloir et je pousse la deuxième porte. J’écoute. Ils braillent et se marrent jaune là-dedans. Sont bourrés. Je traverse les derniers mètres dans le noir en regardant la lumière sous la troisième porte avant d’entrer.
King est affalé sur le fauteuil défoncé préféré de Shu Lien, une bouteille de vodka presque vide dans sa main baguée d‘argent, en train de se marrer l‘autre main baguée d’or sur les yeux. En face de lui, Patrick est assis les coudes sur les genoux, les épaules un peu remontées comme toujours quand il est aux aguets. C’est un Manouche que je connais bien. On se croise tout le temps l’été dans l’Essonne et son père m’a à la bonne. Il est presque toujours aux aguets, Patrick. Jamais ivre. Il fume une cigarette. Il me regarde tranquillement avec le même sourire que d’habitude, comme si je me pointais à un rendez-vous avec des vieux potes ou que je tombais sur la caravane de son père au détour d‘une route. Entre King et Patrick il y a un gars que je ne connais pas vautré sur le vieux tapis berbère rafistolé que Hans avait ramené l’année dernière quand on a créé le Royaume. Le gars continue de vomir sur le tapis ce qu’il n’a pas réussi à vomir à l’entrée.
King arrête de se marrer en me voyant mais il continue à sourire en me montrant l’un des fauteuils près de lui.
Ah bah le v’là. Au moment où on l’attendait plus. Salut Artie. Viens nous faire ton show. Viens, viens. Je pensais que Roberto arriverait jamais à te faire venir, Artie. Fais comme chez toi mon pote. Faut qu’on cause toi et moi d’après c’que m’dit Pat.
Le visage de Patrick s’assombrit mais son corps ne bouge pas d’un millimètre.
Je m’assieds dans un autre fauteuil, je m’adosse et je m’accoude confortablement, je pose ma cheville droite sur mon genou gauche, je regarde s’il y a des courants d’air, je m’allume un deuxième cigarillo de la nuit du premier coup et je regarde Pat. Pat regarde King. King me regarde. Je regarde King.
Ouah ouah ouah petit garci et tout. Artie, petit génie, tu m’as l’air bien parti dans la life? D’après ce que disent Pat et Roberto t’es dans un lycée d’élite toi et ta bridée et toute ta petite bande de geoisbours?
Possible. En attendant c’est un peu notre endroit ici, King. Tu me dis de faire comme chez moi mais c’est vous qui êtes chez moi, là.
T’as la voix qui tremble un peu, Artie. T’as le cœur qui bat trop vite? Sûrement d’avoir escaladé la colline. Tu devrais boire un peu d’ça. On va discuter sérieux là, faut pas flancher mon pote.
Il me tend vaguement la bouteille de vodka.
Patrick sourit en me regardant des pieds à la tête.
Et puis après tu me montreras ton titre de propriété, Artie.
Ce tapis, là, par exemple, King. C’est mon pote Hans qui l’a ramené et ton pote euh… comment il s’appelle déjà?
Maxagaze.
Ton pote Maxagaze il vomit dessus comme s’il était en train de faire dans la bassine à linge de sa manman. Y a pas un truc qui cloche?
T’échauffe pas Artie. Il est chaud l’Artichaud, dis donc, Pat. Il est chaud comme ça quand il vient dégueuler dans la caravane de ta sœur à Malesherbes, lui?
Le sourire de Patrick disparaît. Il se met à regarder à travers King et King se met à rigoler.
Désolé, Pat. Désolé, c’est sorti comme ça.
Dis pas de mal de ma sœur, King.
Ouais, désolé.
Et dis pas de mal non plus d’Artie qu’a jamais vomi après qu’il a bu et encore moins dans nos caravanes.
Merde mais en fait vous êtes paincos pour de vrai ou quoi tous les deux, Pat? Le méchant manouche du 9-2 et le petit génie du lycée d’élite des geoisbours. On est mal!
Patrick se tait et évite de me regarder, à cause de sa soeur. Moi pareil. King donne un petit coup de pied dans l’épaule de Maxagaze qui se tourne difficilement sur le côté pour le regarder avec des yeux tellement injectés de sang qu‘on dirait que tous les vaisseaux ont déjà éclaté. Je n’ai jamais vu des yeux aussi rouges. Il a peut-être pris un coup aussi, sa pommette a l’air enflée comme un poivron.
Et merde toi t’es vraiment parti hein Max? Allez dehors, Max. Va rejoindre la Fouine dans la caisse. Regarde t’en mets partout, c‘est malpoli.
Le gars par terre se retourne en gémissant et arrête de bouger. Au bout de quinze secondes il ronfle comme un bébé et sur le dos de son T-shirt je déchiffre le programme de la nuit: WAR & HATE.
J’arrive pas à le croire. Regardez-moi ça. Bon. Le Max il va rester là un moment on dirait, Artie. Désolé mon pote, tu vois le problème. Mais c’est pas le vrai problème. Le vrai problème c’est que toi et ta bande d’intellos vous faites les innocents mais vous êtes pas tolérants.
Ah non?
Non. Pas tolérants. Vous vous mettez pas à la place des gens. Tu vois mon pote Max là qui vomit il sait même plus quoi sur votre tapis. Qu’est-ce qu’il fait de mal, s’tu réfléchis. J’veux dire oui, d’accord il tue votre tapis sans faire exprès. Mais un tapis c’est un tapis et votre tapis là c’est une merde, oui ou non? Me dis pas que c’est un tapis magique votre tapis. Juste un vieux tapis ramené du Maroc par des bourges pour faire joli dans le salon. Dix ans plus tard il est déchiré et cramé et regarde il se défait par tous les côtés. Attends attends attends. Me dis pas que toi et ta bridée vous comptez vous envoler avec ça? Y a le lit du box d’à côté pour ça, non? Oop… Qu’est-ce que j’ai dit moi… Escuse-moi, j’avais oublié que ta bridée c’était une garantie cent pourcent WW qui couchera pas la première année. Même qu’il paraît que même avec toi elle veut pas partouzer. C’est vrai ça, Artie? C’est pour ça que t’as les boules et que t’es malpoli avec les gentils mecs comme moi? Bref mon pote Max regarde il est déchiré et logique il dégueule ce qu’il a bu sur votre joli tapis de merde sur lequel t‘as même pas eu le temps de t‘envoler avec ta oinch. Et alors? Je vais te dire. Toi tu joues les chauds. C’est votre endroit et tout, ouais c’est à nous vous dites faites comme chez vous mais c’est vous qui êtes chez nous, tatati, tatata, bref: cassez-vous les mecs, quoi? Nous on peut pas se casser, tu vois bien. Regarde mon pote dans quel état il est mon pote. Même la Fouine qu’est dehors avec la caisse il a un gramme et demi dans le sang c’est la misère comment tu veux qu’il conduise avec un gramme et demi?
Un gramme et demi de quoi?
King rigole.
D’alcool, tout doux Artie. Le reste c’est là.
Il tapote sur la poche de jambe de son battle dress d’un air satisfait.
Un gramme et demi d’alcool c’est illégal pour conduire, t’as pas encore passé ton code ou quoi, Artie faut t‘instruire!
Patrick ne sourit plus et il regarde King d’un air bizarre. Je lui ai déjà vu cette tête-là deux fois. Une fois on était au bord de l’Essonne du côté de Malesherbes, là où la vallée se resserre et où il n’y a plus de maisons et Michel qui était plus âgé de sept ou huit ans que moi et Patrick, Michel il a commencé à raconter qu’il pouvait attraper les vipères à mains nues et leur briser les vertèbres contre un arbre et ensuite il a commencé à dire le nom de toutes les filles qu’il prétendait avoir baisées et comment et où et pourquoi et ce qu’elles faisaient comme sortes de cris et à un moment donné il a dit un prénom qui était le prénom de la sœur de Patrick: Aurélie. Et l’autre fois c’était un jour où j’étais venu pêcher la carpe ou je sais plus quel poisson avec le père de Patrick près du campement de juillet et parler de Balzac (l‘écrivain). Le père de Patrick s’appelle René et il passe pour un peu timbré mais il n’est pas plus fou que les autres, c’est plutôt l’inverse et dans sa caravane il a deux cents livres ce qui est beaucoup pour un nomade mais rien pour René. Un jour René m’a demandé si c’était vrai que j’écrivais un roman. Patrick avait dit à son père que je ne savais pas chasser le canard au 22 long rifle mais que je savais écrire des histoires. Alors René me demande ça au bord de la rivière après avoir pêché un drôle de poisson vert et doré et je dis que non, j’écris pas de roman et j’écris plus d’histoires parce que j’ai plus d’histoires intéressantes à écrire.
Pourquoi tu n’as plus d’histoires intéressantes à écrire?
Parce que la fille qui les lisait ne veut plus les lire, m‘sieur.
Pourquoi elle ne veut plus les lire?
Je sais pas.
Tu ne sais pas ou tu préfères ne pas en parler?
Je ne sais pas et je préfère pas en parler.
Quand il y a un truc dont on ne veut pas parler il se met à en parler, René, c’est sa méthode.
Cette fille tu y tiens?
J’y tenais.
Faut pas tenir aux filles mon gars. Et faut pas que les filles tiennent à toi. Faut tenir à ce que tu sais faire. Et faut que personne te tienne. Pat me dit que tu sais écrire des histoires. Pourquoi tu n’écris plus d’histoires?
Parce que sinon elles restent sans être lues.
Elles resteront pas sans être lues. Pat m’a montré deux histoires de toi.
Lesquelles?
Celle du vieux monsieur que tu aides à porter une valise presque vide dans la rue. Tu lui demandes pourquoi il porte une valise presque vide et il répond que dans cette valise il y a les dernières affaires de son fils qui est mort. Tu lui demandes quand son fils est mort et il répond il y a trois jours, il revient juste de l’enterrement avec cette valise. Tu lui demandes comment était son fils et il te regarde et il répond qu’il avait ton âge et qu’il te ressemblait et que maintenant c’est toi qui portes sa valise qui est devenue trop lourde pour lui, même s’il n’y a plus rien dedans.
Le soleil brillait ce jour là par taches vertes et dorées comme les poissons à travers les frondaisons et faisait des rayons de lumière dans le tunnel vert que formaient les branches au-dessus de l’eau et moi ça me faisait tout drôle que le père de Patrick me raconte tranquillement ma propre histoire que j‘avais vécue pour de vrai un an avant un soir en revenant du lycée. René continuait à regarder l’eau à l’endroit où sa ligne était tombée et Patrick taillait une branche avec son cran d’arrêt en écoutant.
Et l’autre histoire?
L’autre c’est celle où tu racontes comment tu te bats avec un vieil éléphant du cirque Diana Moreno Boorman pour lui reprendre le manche de la bêche qu’il a brisée parce qu’entre deux nettoyages de la merde du chapiteau des bêtes tu l’as oubliée dans l’enclos. Tu finis dans la fosse à merde des éléphants. Ce qui est logique, mais rigolo pour un gars qui est censé nettoyer.
Ça me fait plaisir que vous les ayez lues, m’sieur.
Et le m’sieur petit crétin ça lui fait plaisir que tu les aies écrites. Mais s’il te faut absolument une fille pour lire tes histoires pour que tu les écrives, merde, c’est trop con et ça va te causer des ennuis tôt ou tard mais pour le moment Patrick n’a qu’à te présenter sa sœur qui vit dans la caravane jaune. Elle comprendra peut-être tout de travers à tes histoires, mais je te garantis qu’elle les lira et qu‘elle t‘en racontera de belles si t‘as le cran et la patience de l‘écouter.
Dis pas d’mal de ma sœur, p’pa.
Je dis pas de mal de ma propre fille, fils. Arthur il sait écouter et il sait que j’aime ma fille quand je dis ça. C’est pas parce qu’elle est folle et abîmée, ma p’tite Aurélie, qu’elle n’est pas belle et que je l’aime pas. Je dis qu’elle comprendra rien aux histoires de ton copain parce qu’elle écoute tout et elle lit tout et elle regarde tout d’une drôle de manière. On se reconnaît plus soi-même dans le miroir quand on écoute Aurélie trop longtemps. Mais Arthur il ferait bien de comprendre qu’on n’écrit pas les histoires pour les filles. Les filles ne savent pas lire, et c’est triste mais c’est comme ça. Les filles veulent de l'argent quand ça va mal et des séries télé quand ça va bien. Aurélie elle est pas comme ça et après tout ça pourrait... Elle lit tout ce qui lui tombe sous la main mais quand tu lui demandes ce qu’elle a lu elle dit n’importe quoi. Si tu lui donnes Gala elle va te dire: « J’ai lu un joli conte. » Si tu lui donnes la Peau de chagrin elle va te dire: « Il s’en passe des choses à Paris. » Si tu lui passes le Canard enchaîné elle va te dire: « J’ai lu de la science-fiction. » Si elle tombe sur un programme télé elle va dire: « C’est beau l’astronomie. »
P’pa arrête de parler de ma sœur!
Je l’aime ta sœur, fils de crétin.
N’en parle pas quand même, s’te plaît, p’pa.
Et en disant ça Patrick a le même regard qu’il a maintenant quand King se met à tapoter d’un air satisfait la poche de son battle dress où il serre sa poussière.
T’es passé à la chnouf, King? il demande d’un air nerveux, le Manouche.
King a l’air mal à l’aise tout à coup et ça se voit encore plus parce qu’il essaie de faire semblant de rien et il continue à me regarder sans répondre à Pat.
Donc Artie, s’tu veux bien t’concentrer deux minutes j’ai une mission à te confier dans ton lycée de geoisbours qui va changer ta life.
Economise ta salive, j’en veux pas de ta farine.
Et en même temps je repense à Aurélie à l’hôpital quand je suis allé la voir la semaine dernière. Et je repense à Aurélie la première fois que je l’ai vue près de la rivière avec ses béquilles. Et je repense au moment où elle s’est assise près de moi sur le tronc d’arbre et où elle m’a tendu ses béquilles.
Tu veux mes béquilles?
Non merci.
Parce que je t’ai vu tout à l’heure quand tu es arrivé par la route et que tu es descendu de ton vélo.
Ah?
Tu boites.
Non, c’est gentil, je boite pas.
Si, tu boites. Je l’ai vu.
T’as pas confondu avec quelqu’un d’autre?
Non, c’était toi. Je t’ai bien reconnu.
Mais tu me connais pas.
Si.
T’es la sœur à Patrick?
Et toi t’es celui qui raconte les histoires. Mon père m’a parlé de toi.
Aurélie a six ans de plus que moi et il lui manque une jambe et sur l’autre jambe qui est très belle il y a une énorme cicatrice très moche. Sinon, c’est l’une des plus jolies filles que j’ai jamais vue. Elle a des cheveux blonds très secs qui restent en longues mèches compactes et un visage rond brûlé par le soleil avec des yeux vert sombre qui ne vous lâchent pas et elle porte une chemise nouée sur le nombril et un short comme si elle n’avait pas peur de montrer ses jolies jambes mutilées.
T’as quel âge, Arthur?
Seize. Et toi?
Vingt-trois aujourd’hui.
Aujourd’hui?
Oui.
C’est ton anniversaire?
Oui.
Je la regarde dans les yeux. Elle se met à regarder la rivière tout à coup.
Bon. Si j’attrape un poisson je te l’offrirai mais je te préviens c’est mal barré. La prochaine fois que je viens je t’apporterai un petit cadeau plus sérieux.
Elle se met à sourire et d’un coup ça me soulage et ça me rend heureux. Avec tous leurs mystères à René et Patrick je croyais qu’Aurélie ne souriait jamais et que c’était très dur et désagréable de lui parler. Elle me plaît tout de suite Aurélie.
Moi, je n’aime pas les cadeaux sérieux.
Alors je t’apporterai un cadeau pas sérieux.
Tu es gentil. Je savais que tu serais gentil.
Puisqu’on échange des gentillesses, toi tu es belle, même avec tes jambes.
Je sais. Mes jambes c’est mes jambes et elles font partie de moi et moi au moins je ne boite pas.
Je comprends pas ce que tu veux dire mais même tes jambes je les trouve belles.
Elle recommence à me regarder.
Et c’est vrai que je boite un peu aujourd’hui, Aurélie. Je sais pas comment tu l’as vu, et je sais pas ce qui m’arrive depuis quelque temps, mais dans ma tête je boite et je sais pas trop pourquoi, ça me tue.
C’est pas dans ta tête que tu boites, Arthur.
Façon de parler.
Non, c’est pas une façon de parler.
Non?
C’est dans ton ventre que tu boites.
Dans mon ventre?
Oui.
Et comment tu as fait pour voir ça.
Parce que c’est la première chose que j’ai regardée. Je commence toujours par regarder comment marche le ventre des gens.
Ok.
Je regarde la rivière parce que son regard est très fort et tellement bienveillant que tout à coup j’ai peur.
Ça alors on me l’avait encore jamais faite. Et pourquoi est-ce que mon ventre boite?
Elle se remet à sourire et à regarder ailleurs.
Ça c’est pas compliqué à comprendre. Mais si tu veux on va traverser la rivière toi et moi ici il y a un endroit où je peux passer avec mes béquilles et toi tu passeras en t’appuyant sur moi et on remontera sur la berge en face en traversant les orties blanches et on va s’avancer dans les arbres jusqu’à une clairière où je te montrerai mon royaume avec des hautes herbes et le sol est doux et personne ne nous verra et je mettrai mon ventre sur ton ventre sans que personne ne sache et ton ventre ne boitera plus jamais.
Dix pourcents pour toi, Artie. Pense à tout ce que tu vas pouvoir offrir à ta noiche avec ce deal. Dans ton lycée d’riches j’suis sûr que tu pourras te faire des putains de keuss.
Je ne réponds pas pendant quelques secondes, je souffle une longue bouffée de tabac par les narines et puis je me décide à répondre d‘une voix enfin calme et posée.
Le problème c’est que j’suis pas sûr du tout que cette coke soit bonne, King. C’est pas la même farine que t’as offerte à la sœur de Pat la semaine dernière quand t‘es allé du côté de Malesherbes?
On se lève tous les trois et King s’arrête en plein vol. Patrick a son cran d’arrêt ouvert à la main.
Fais rien, Pat, je dis. J’suis pas sûr que c’est lui.
Déconne pas, Pat. C’est pas moi, c’te bouffon dit n’importe quoi.
Ça non plus j’en suis pas sûr, je réponds. T’as qu’à nous montrer c’que t’as dans ta poche, King. Pat nous dira s‘il pense que c’est de la bonne ou si c’est la merde qu’a envoyé Aurélie à l’hosto.
King se décompose.
J’lui ai rien fait à ta sœur, Pat. N’écoute pas c’t’enculé de geoisbour.
Va t’en, King, je dis en surveillant Pat qui reste là, les bras ballants, son couteau toujours ouvert à la main. Prends ton Maxagaz et la Fouine dans votre Mercho pourrie et tirez-vous de cette colline avant que ça finisse mal.
King ne dit plus rien, il force Maxagaz à se relever et il lui met un bras sous l’aisselle pour l’empêcher de retomber et il disparaissent par la porte.
J’suis désolé, Pat, je dis au Manouche sans le regarder. Tu peux rester ici si tu veux pour finir la nuit. Demain je te prêterai mon vélo pour que tu rentres.
Pat ne répond rien.
Je ressors dans la nuit pendant que la Mercedes redescend la colline et je retourne à l’endroit où j’ai laissé Shu Lien avec Roberto. Hans et Tien-An sont assis sur le terre-plein à côté de Shu Lien qui pleure de rage en silence.
Qu’est-ce qui se passe?
Roberto a essayé de la forcer à l’embrasser.
Pendant que nous on faisait le tour de la Colline comme tu avais dit, Art’.
Il est où, Roberto?
Elle lui a mis un coup entre les jambes et il est parti.
Je m’agenouille devant Shu Lien et elle me prend dans ses bras et elle commence à pleurer de soulagement maintenant. Elle me serre plus fort qu’elle ne m’a jamais serré. Tien-An et Hans s’écartent sans rien dire et ils montent doucement la pente de la Colline sans nous regarder.
J’aurais jamais dû te laisser seule, Shu Lien. J’aurais jamais pensé que Roberto…
Comment t’as fait pour les virer les Cobras, Arthur?
Mon copain manouche m’a aidé.
Patrick?
Oui.
Il était là?
Il était venu avec King mais il m’a aidé.
J’avais tellement peur pour toi, Arthur, ça faisait vingt minutes et tu revenais pas. J’ai commencé à pleurer de rage parce que tu revenais pas et j’ai voulu monter te chercher mais Roberto m’a retenue et il m’a attrapée et il m’a plus lâchée et il m’a écrasée dans l’herbe.
Il t’a rien fait d’autre, Shu Lien?
Non, elle fait en éclatant en sanglots. Elle ne peut plus parler. On se serre l’un contre l’autre. Elle est brûlante et ses larmes sont partout maintenant sur ma figure et mes oreilles et dans mon cou et elle me sourit et elle pleure en même temps.
Un jour on perdra le Royaume, Arthur, un jour on perdra le Royaume. On peut pas le garder toujours, je le sens, un jour on le perdra.
Non.

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Published by riverrun - dans Nouvelles
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