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11 avril 2014 5 11 /04 /avril /2014 19:35

 

 

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De là où j’étais caché j’avais vu qu’elle s’était mise à sourire un peu, Laura, et même beaucoup tout à coup. Elle souriait pas souvent. Je sais que Tom aimait plus que tout quand elle souriait. Il me l’avait dit un soir où on pensait y passer là-bas, coincés dans une tour au milieu d’une de leurs dix ou douze capitales à la con, avec des snipers à nous dans les étages et des snipers à eux dans tout le quartier. Tom s’était mis à sourire un peu aussi. Et puis Laura l’avait regardé en se mettant à tourner sa cuiller dans sa tasse d’un air insinuant. Tom avait arrêté sa main et il avait regardé ailleurs sans lâcher sa main et je crois bien qu’elle aimait aussi quand Tom souriait et quand il posait sa main sur la sienne pour qu’elle arrête de faire ceci ou cela d’un air insinuant. Je dois dire, Tom souriait plus très souvent, depuis quelques années. D’ailleurs voilà, il souriait plus.

« Pourquoi t’es pas venu avec nous, Tom ?

- Je sais pas.

- Pourquoi tu veux pas me dire ?

- … 

- Pourquoi tu parles presque plus quand je te pose des questions ? Autrefois il suffisait de te lancer, tu t’arrêtais plus…

- …

- Pourquoi tu parles plus ?

- Je sais pas, Ralo. »

Tout à coup ils étaient sortis de la brume et ils avaient vu les montagnes enneigées à soixante-dix kilomètres devant eux dans la lumière de la lune. La neige là-bas faisait plus de lumière que les phares du pick up sur l’asphalte. Au bout d’un moment Tom avait posé sa main gauche sur la cuisse de Laura, gentiment. Elle n’avait pas repoussé sa main. Au bout d’un autre moment elle avait posé sa main droite sur la main de Tom toujours posée sur sa cuisse. Elle était glacée, la main de Laura. À part quand elle faisait ces trucs que lui avait appris son père là-bas au Canada, elle avait toujours les mains glacées. Parfois rien qu’à lui serrer la main les gens tiraient des tronches pas possibles. Alors Tom avait retiré sa main de sur la cuisse et sous la main de Laura et il l’avait posée sur la main de Laura, juste pour la réchauffer.

« Comment ils vont, tes enfants, Tom ?

- Je sais pas.

- T’as pas de nouvelles du tout ?

- Non.

- Je les aime bien, tes enfants.

- Ouais, moi aussi », Tom avait dit en retirant sa main, parce que maintenant la main de Laura s’était réchauffée.

La route était presque droite. Pas tout à fait, ça tournait un peu parfois, mais on ne perdait jamais les montagnes de vue, sauf quand il y avait quelques bosquets de chênes-verts ou d’oliviers. C’est simple. On avait l’impression que la route de Tom et Laura finirait jamais. C’était pas une impression désagréable pour eux, je pense. Ni pour moi, en y réfléchissant. Je crois bien que si Laura n’avait jamais arrêté d’aimer Tom, ça m’aurait bien rassuré sur le sens de la vie et toutes ces conneries. Mais vous savez comment c’est.

 


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Published by riverrun - dans Fragments
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