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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 11:13

http://petitvagabond.files.wordpress.com/2010/06/madeleine-a-la-veilleuse-1630.jpg

 

 

Le dernier compagnon avec lequel je m'entretins fut Roger Chaudon. Il me déconseillait, lui, fortement de partir. Il mettait une insistance triste à me peindre en noir le milieu qui allait être le mien en Afrique du Nord, les intrigues dont je serais le témoin écoeuré. Chaudon, dont je devais quelques jours plus tard à Alger apprendre le martyre, avec une honte impuissante, est un de ceux auprès du souvenir de qui je reviendrai longtemps, car il était celui-là même qui avait le don de purifier toute question par la teneur juste de sa réponse. Il aimait la vie comme on l'aime à quarante ans, avec un regard d'aigle et des effusions de mésange. Sa générosité l'agrandissait au lieu de l'entraver. Il croyait sans niaiserie que la vertu de nos dix doigts ajoutée à la ténacité de notre coeur, à une ruse aussi, parade au mal qu'il fallait, pour ne pas être contaminé, rejeter ensuite comme une défroque, possédaient contre la tyrannie des ressources qu'on ne doit pas perdre. Le battant des avocats du diable lui était connu: "Leur descendance est assurée pour de nombreuses années. Ils ont si bien fait leur compte qu'ils ont des fils jusque parmi nous. Nous connaîtrons l'époque d'une autre peur. Je parie ma vie contre l'entreprise." Telle était sa pensée.

René Char, La lune d'Hypnos, 1945

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Published by riverrun - dans Citations
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