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15 octobre 2014 3 15 /10 /octobre /2014 12:09

http://www.bellenews.com/wp-content/uploads/2012/10/Chinese-author-Mo-Yan-has-been-awarded-the-2012-Nobel-Prize-for-literature.jpg

 

 

Espèces de gangsters aux paroles mielleuses! Ne comptez pas vous en tirer ! L’enfant que vous avez fait cuire pour moi me sourit. Vous dites que ce n’est pas un enfant mais un plat réputé ? Ou avez-vous vu un tel plat ? A l’époque des Royaumes combattants, Yi Ya a fait cuire son fils pour le faire manger au duc Huan de Qi. Il était délicieux, meilleur que le meilleur des agneaux. Où allez-vous, espèces de Yi Ya ? Mains en l’air, vous allez être jugés. Vous ne valez même pas Yi Ya qui, lui, au moins faisait cuire son propre enfant. Vous, vous faites cuire les enfants des autres. Yi Ya appartenait à la classe des propriétaires fonciers féodaux ; il obéissait à la règle suprême : suivre aveuglément le roi ; vous, vous êtes des cadres dirigeants du Parti, vous tuez les enfants du peuple pour vous remplir la panse. Jamais la justice divine ne le tolérera ! J’entends les pleurs des enfants dans les corbeilles de cuisson à la vapeur, leurs cris dans la marmite d’huile. Sur la planche à découper. Dans l’huile, dans le sel, la sauce de soja, le vinaigre, le sucre, l’anis étoilé, le poivre, la cannelle, le gingembre, l’alcool, partout leurs pleurs. Leurs pleurs dans vos estomacs. Leurs pleurs dans les toilettes. Leurs pleurs dans les égouts. Dans les rivières, les fosses septiques. Dans le ventre des poissons, dans les terres cultivées. Ils pleurent dans le ventre des baleines, des requins, des anguilles, des calamars, des trichiures, sur les épis de blé, dans les grains du maïs, les cosses de soja, sur les vrilles des patates douces, dans les tiges des sorgho, dans le pollen du millet, etc. Ils pleurent ? Oui, des vagissements insupportables sortent des pommes, des poires, des raisins, des pêches, des abricots, des noix. Dans les boutiques de fruits, les cris des bébés. Dans les boutiques de légumes, les cris des bébés. Et sur les tables des banquets de la ville de Jiuguo retentissent les cris des petits garçons assassinés, des cris à faire dresser les cheveux sur la tête. Contre qui voulez-vous que j’ouvre le feu si ce n’est vous ?

 

Mo Yan, Le pays de l'alcool, sept. 1989-fév. 1992.

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Published by riverrun - dans Citations
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