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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 08:38

 

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Après nos longues discussions au bord de l'Atlantique et nos tentatives de traductions en commun de Zhuangzi, mon amie Jen s'était mise à écrire elle aussi une pièce de théâtre. Le soir, quand nous nous retrouvions dans sa chambre ou la mienne, elle m'en montrait certains passages parce qu'elle savait à quel point ils me toucheraient. Le rôle du choeur antique était tenu par le personnage d'un fou aveugle, presque invisible mais présent à chaque scène quelque part dans le décor, dont j'ai noté ces quelques phrases:


On croit être les victimes du temps. En réalité le chemin du monde n’est nulle part immobile. Comment serait-ce possible ? Nous sommes nous-mêmes notre propre voyage. C’est pourquoi nous sommes aussi le temps. Nous sommes le temps lui-même. Fugitif. Impénétrable. Implacable.

 

Nous avions parlé en riant, la veille, de ces trois adjectifs: "J'aime le mot fugitif. Qu'est-ce qui peut être fugitif, en français?

 

- Une sensation fugitive.

 

- Qu'est-ce qui peut être impénétrable?

 

- Une forêt.

 

- Qu'est-ce qui peut être implacable?

 

- Un combat."

 

La dernière fois que nous avons passé quelques jours ensemble sur les bords de la Loire, en quittant le jardin de Chenonceaux où je venais de lui expliquer que passait pendant la guerre la ligne de démarcation entre la zone occupée et la zone sud, Jen m'a dit: "Je t'appellerai dans un mois en rentrant de Chine." Je n'ai plus jamais entendu parler d'elle.

 

Ce sera bientôt son trentième anniversaire.

 

Nous sommes nous-mêmes notre propre voyage. C'est pourquoi nous sommes aussi le temps. Nous sommes le temps lui-même. Fugitif. Impénétrable. Implacable.

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Published by riverrun - dans Carnets!
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Andreas Guest

« Andreas Guest, c’est ton vrai nom?

- C’est bien possible, oui.

- Parce que si j’ai bien compris, du peu que tu as publié depuis 'Lahatena' en 2001, ça a été le plus souvent sous des pseudonymes pas toujours transparents comme Alexandre Gambler, Léo Zyngerman et Thomas Spaeher ? Schizophrénie ?

- Je ne sais pas, il faut peut-être demander à quelqu’un d’autre. Je crois surtout que n’importe qui ne peut pas raconter l’histoire de n’importe qui. »

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