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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 18:53

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Première nuit de repos, après la deuxième série de quatre nuits de veille sur la « résidence club », la fatigue et l’éloignement des enfants me pèsent, alourdissent mes pensées de deux à quatre heures du matin, il y avait un petit poème en prose de Charles, je crois, pas pris de musique, juste une dizaine de livres, mais là courriers administratifs jusqu’au sommeil puis, au moment de me coucher après trois gorgées de rhum, en pyjama dans le couloir, pieds nus sur le carrelage triste, j’ouvre l’Odyssée au hasard, réconfort immédiat :

 

« Ulysse : Ô reine, à ton bonheur !... ton bonheur éternel,

jusqu’au jour où viendront la vieillesse et la mort :

c’est notre lot à nous. Puisque je vais partir,

Ah ! qu’en cette maison, longtemps fassent ta joie

Le roi Alkinoos, tes enfants et ton peuple !

Et comme le divin Ulysse, sur ces mots,

Avait franchi le seuil, sa Force Alkinoos

Lui donna un héraut pour le mener jusqu’au

Croiseur, sur le rivage ; avec eux, Arété

Dépêcha trois servantes : la première portait

La robe avec l’écharpe tout fraîchement lavée ;

L’autre suivait, portant le coffre aux bois épais,

Et la troisième avait le pain et le vin rouge.

Quand ils eurent atteint le navire et la mer,

Les nobles convoyeurs se hâtèrent de prendre

Les vivres pour la route et de les déposer

Dans le fond du vaisseau ; puis des draps de linon,

Ils firent pour Ulysse, sur le gaillard de poupe,

Un lit où le héros dormirait loin du bruit.

Alors il s’embarqua, se coucha sans rien dire ;

En ordre, les rameurs prirent place à leurs bancs ;

De la pierre trouée, on détacha l’amarre,

Et bientôt, reins cambrés, dans l’embrun de l’écume,

Ils tiraient l’aviron. Mais déjà sur ses yeux,

Tombait un doux sommeil, sans sursaut, tout pareil

A la paix de la mort : comme, devant le char,

On voit quatre étalons s’élancer dans la plaine

Et pointer tous ensemble et dévorer la route

Sous les claques du fouet ; ainsi pointait la proue

Et, dans les gros bouillons du sillage, roulait

La mer retentissante, et le vaisseau courait

Sans secousse et sans risque, et l’épervier, le plus

Rapide des oiseaux, ne l’aurait pas suivi.

Il courait, il volait, fendant le flot des mers,

Emportant ce héros aux divines pensées,

Dont l’âme avait connu, autrefois, tant d’angoisses

A batailler sur terre, à peiner sur les flots.

Maintenant, sans un geste, il dormait, oubliant

Tous les maux endurés. Juste à l’heure où paraît

La reine des étoiles, qui vient pour annoncer

Le lever de l’Aurore en son berceau de brume,

Le navire, achevant sa course sur la mer,

Abordait en Ithaque. »

 

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Published by riverrun - dans Carnets!
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