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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 08:39

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Business nucléaire, business climatique, business des organes, business génétique, business touristique, business sexuel, business de la famine et de l’abat-faim, business du numérique, des ondes et du médiatique, business du pétrole, de la guerre civile ou de l’invasion armée – bref, business de l’ennui, de l’horreur et de la terreur : toute la vie du monde dans lequel sévissent les conditions modernes de destruction-production-destruction s’annonce comme une regrettable accumulation de perditions et de désastres. La devise des serfs du désastre étant « I’m busy, now », aucune tentative de parlementer avec cette armée d’exterminateurs et leurs complices désœuvrés n’a jamais été suivie de succès.

 

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Tout ce qui même était autrefois directement perdu s’est éloigné dans le spectacle du désastre. Tout ce qui était parfois directement sauvé a été méthodiquement perdu ou avorté. Tout ce qui est encore indemne s’est abrité dans une inapparente réserve et y reste parfois effectivement indemne – et parfois se perd quand même.

 

Ce qui prouve que l’indemne n’a pas été totalement exterminé et sans doute aussi qu’il y aura toujours l’indemne, est – entre autres – la possibilité d’écrire, même aujourd’hui et aujourd’hui même, des phrases vraies, et depuis n’importe où.

 

Ainsi, aucune des merveilles de la raison – la raison qu’on enferme ou pas – n’a été oubliée par nous – et en tout cas par moi. Je pourrais les rejouer toutes. Je suis la partition. D'autres la sont aussi et la seront et l'ont été.

 

 

 

De l’art d’écrire une certaine poésie


1
Le désastre en général, comme spectacle concret de la société, est l’épuisement catastrophique des possibles.

 

2
Le désastre se présente à la fois comme le spectacle même de la société, comme une partie du spectacle, comme une conséquence du spectacle, et comme unification des moyens. Du fait même que le désastre paraît séparé du spectacle, il est le lieu de la conscience refoulée et du regard falsifié ; et l’unification qu’il accomplit n’est rien d’autre qu’un langage obligatoire du refoulement spectaculaire et de l’inconscience désastreuse.


3
Le désastre n’est pas un ensemble de catastrophes, mais un rapport mondial entre sujets, médiatisé par des catastrophes.

 

4
Le désastre ne peut être compris comme la conséquence catastrophique d’une technique mondiale, le produit des méthodes crues modernes de l’asservissement de masse. Il est bien plutôt un domaine devenu réel. C’est une domination du monde qui a cru s’assujettir la matière et, avec elle, les personnes. Mais toute personne n’a pas nécessairement vocation à se fondre dans la foule des sujets d’un aussi désastreux souverain.

 

5
Le désastre, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de destruction-production-destruction existant. Il n’est pas un supplément au monde réel, sa honteuse part d’échec. Il est l’unité centrale du spectacle réel.

Sous toutes ses formes particulières, désinformation ou pseudo-science, publicité ou médiatisation plaisante de catastrophes, et catastrophes elles-mêmes, le désastre constitue le modèle présent de la vie techniquement asservie. Il est l’affirmation répétée du choix déjà fait dans la destruction, et sa consommation conséquente. Forme et contenu du désastre sont identiquement l’explication totale des conditions et des fins du système existant.

Le désastre est aussi la validation permanente de ce présent catastrophique, en tant que justification principale de laterreur vécue dans le dispositif mondial.

6
On ne peut opposer abstraitement le désastre et l’activité spectaculaire effective. Le désastre qui infuse le réel est spectaculairement produit. En même temps la « réalité vécue » ou ce qui en tient lieu est matériellement envahie par le spectacle du désastre. Le « réel » est devenu l’irréel réalisé demeuré irréel. La réalité du désastre surgit dans le spectacle de la société et cette réalité est spectaculairement irréelle.
Cette double catastrophe est à la fois le lieu – et pour réemployer un mot philologiquement ancien et moderne poétiquement : l’aître – et le soutien du dispositif d’exploitation mondial.

 

7
Dans le monde réellement irréel, le vrai n’est plus ; ou n’est plus censé être qu’un moment du désastre ; ou n’est effectivement plus visible, ou audible, ou perceptible que par très peu de personnes, mais à tout moment.


8
La réalité du désastre unifie et développe une grande diversité de phénomènes jusqu’ici fort bien expliqués – à tort et à travers – mais très mal décrits. Leur diversité et leurs contrastes sont les décors et les parures de ce spectacle organisé mondialement et mondialement raté qui doit lui-même être reconnu dans sa vérité.

Considéré selon les termes de ceux qui s’imaginent, selon les cas, en être les principaux adversaires ou les principaux soutiens (ce qui dans plus de la moitié des cas revient au même), le désastre est la négation de la production de toute vie « humaine », c’est-à-dire irréelle, comme vie d’un « sujet ».

Mais la pensée qui atteint la vérité du désastre le découvre comme l’affirmation de la destruction-production-destruction des sujets du spectacle souverain ; comme la négation toujours répétée et toujours variée des phénomènes qu’il est censé rendre – et avoir d’ores et déjà rendu – à la lettre impossibles.

9
Pour décrire le désastre, ses formes, ses résultats, et les forces qui tendent à sa perpétuation, il faudrait distinguer artificiellement des puissances conjuguées. En analysant le désastre, on parlerait un langage désastreux. Mais le désastre n’est rien d’autre que le sens de la pratique totale d’une petite dizaine de projets métaphysiques concurrents : leur emploi du temps. Le désastre est l’Histoire.


10
Le désastre se présente lui-même comme une énorme négativité regrettable et inévitable. Le désastre parle, mais ne dit rien de plus que « ce qui est bon doit être exterminé, ce qui a été exterminé n’était pas si bon que ça. » L’attitude qu’il suppose par principe est cette jouissance négative qu’il produit par son monopole du ressentiment et, en matière sexuelle, de la jalousie, et qui l’aggrave toujours en retour.


11
Le caractère fondamentalement répétitif du désastre découle du simple fait que ses moyens sont en même temps son but et, parfois, son apparente absence de but.

« Car comment ? » – demandent invariablement ses sujets – « comment une catastrophe pourrait-elle avoir un but ? Comment même une catastrophe pourrait-elle avoir été simplement espérée, escomptée, voulue, projetée, organisée, orchestrée, réalisée ? »

Le désastre est le tsunami qui se lève invariablement sur l’empire de la haine du temps. Il inonde tout l’espace mondial, noie régulièrement sujets et rebelles mal déguisés dans les mêmes tourbillons et berce indéfiniment les débris.


12
Le spectacle qui repose sur le dispositif d’exploitation mondial n’est pas fortuitement ou superficiellement catastrophique, il est fondamentalement catastrophiste. Dans le désastre, produit et renfort d’une ruineuse obsession
d’économie, le but est le néant, et tout en est la matière. Le désastre ne peut en venir à rien d’autre qu’à lui-même.



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Published by OverBlog - dans Détournement!
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