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7 août 2017 1 07 /08 /août /2017 08:55

29. Chute dans l’abîme

48.0°E Eutelsat II f2 (incl. 3.0°) 030607 45.0°E Europe*Star 1 030607

Le 29 août Maurice but un verre de thé seul dans sa chambre, continua de discuter quelques minutes avec lui-même assis sur le rebord de la fenêtre, perdit l’équilibre et tomba du deuxième étage.

Il mourut sur le cou.

(Cependant la chute de six mètres d’un homme pris de vertige ou déséquilibré et qui n’a jamais été entraîné à se rétablir dans les airs ne constituerait pas à elle seule ce que les Chinois des temps anciens et les Chinois des temps futurs appellent une « chute dans l’abîme ». Car celle-ci ne nécessite en réalité ni chute, ni abîme au sens habituel du terme. Un homme qui a encore de très longues années à vivre, apparemment les deux pieds sur Terre, en bonne santé et – c’est là un point crucial – tout à fait indépendamment de son statut économico-socio-spirituel, riche ou pauvre ou ni l’un ni l’autre, admiré, méprisé ou ignoré, cultivé, inculte ou idiot (au sens étymologique du terme), peut être en chute libre dans l’abîme. Cette chute peut être volontaire ou accidentelle ou voulue par d’autres, conscience ou inconsciente ou voulue par des dieux absents, présents ou disparus, perceptible, imperceptible ou symbolique. Cette chute, comme celle d’un corps dans le vide intersidéral, peut être verticale, horizontale ou diagonale : d’un point de vue au-delà des points de vue, elle est tout cela à la fois et peut paraître ininterprétable. Il n’en reste pas moins que Maurice, du point de vue de Thomas, est mort. Et là se trouve, du point de vue de Thomas, l’une des chutes dans l’abîme possibles. La mort d’un ami n’est pas la fin de quelque chose. La mort d’un ami ne s’arrête jamais. La mort d’un ami ne s’arrête selon toute probabilité que le jour où vous mourez vous aussi. Et encore.)

Tom déplia le papier glissé sous sa porte et lut : « ça va, tom ? laura »

Mais il n’avait, lui, aucun moyen de faire passer un mot à Laura pour lui répondre. Alors il ouvrit la fenêtre, se pencha vers celle de Laura qu’il n’arrivait pas à voir et appela : « Laura ? »

Mais il n’y eut pas de réponse.

Tom regarda le sol six mètres plus bas.

Il avait déjà sauté une fois de cette fenêtre et encaissé le choc de l’atterrissage sans difficulté, sans doute entraîné dans une vie antérieure à rouler-bouler pour soulager son squelette en encaissant une bon petit paquet de newtons.

Mais ce n’était pas une chute et ce n’était pas un abîme.

C’était un saut et une pelouse.

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