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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 09:07

20. L’objet de l’observation

80.0°E Express 6A 030609

Quand Thomas trouvait une feuille et un crayon en glissant la main sous le matelas de L’eau-Râ ça donnait ça :

 

28 juillet (je mets cette date au hasard, on est hors du temps ici et c’est l’un des rares points positifs. Je veux dire le temps des calendriers officiels. Bien sûr j’aime bien le calendrier naturel : les lunes, les équinoxes. 23 septembre, 21 décembre, 21 mars, 21 juin. Mais je demande si la joie que j’éprouve à sentir ces dates n’est pas une sorte de contrecoup à tout le reste des saloperies qui nous viennent du calendrier. Bref, disons qu’on serait le 28 juillet, même si ça n’a probablement aucune importance dans les circonstances présentes), je trouve une feuille et un crayon sous le matelas de Ralo.

L’impression depuis des mois d’encaisser les coups sans pouvoir répondre. Et surtout sans pouvoir fuir. Je pense que j’étais un excellent fuyard dans ma vie d’avant.

Discussions à la con. Sermons à la con. Interrogatoire cauchemardesque à la con. Parole ravagée. Secrètement intacte. Là-dedans. Ou dans le vrai dehors. Ce qui revient au thème.

Nabokov disait qu’un bon roman était une suite ininterrompue d’ellipses ou quelque chose comme ça. Fuck les transitions.

Et une bonne vie ?

Au milieu d’un terrain de banlieue tapissé de lambeaux de béton souillé d’hydrocarbures et semé de carcasses oxydées, un merisier aux mille branches en fleurs, blanc dans l’heure bleue.

A toi, M.

Mais qui est M. ?

Je rêve que je vole. Je vole. Coucou merisier. Je rêve qu’il y a des rosiers sauvages au fond du parc. (Blancs.) Il y a des rosiers sauvages blancs au fond du parc. Je rêve que j’embrasse Laura. J’embrasse Laura sur les quatre lèvres douces.

Gestes d’amour, gestes de guerre.

Création, destruction, création, vous connaissez le topo.

Mais est-ce que vous vivez le topo ?

Stephen a demandé à sa famille un dictionnaire des synonymes et un dictionnaire étymologique. La famille a débarqué avec le Littré. On a réussi à copier quelques trucs avant que tout ça finisse dans le bureau du docteur. (Une semaine de bouclage des nutshells.)

Synonymes de destruction : anéantissement, extermination, massacre, dévastation, ravage, ruine, dégâts, dommages, démolition, désagrégation, désintégration, démantèlement, abolition, annulation, autodestruction, carnage, écroulement, effondrement, élimination, extinction, révocation, tuerie, disparition.

Conjugaison : je détruis, tu détruis, il détruit, nous détruisons, vous détruisez, ils détruisent ; je détruisais ; je détruisis ; je détruirai ; je détruirais ; détruis, détruisons ; que je détruise, que nous détruisions, que je détruisisse ; détruisant ; détruit.

Littré, on s’accroche :

1) Renverser une construction de manière qu’il n'en reste plus d’apparence. Détruire un palais. Troie fut détruite de fond en comble par les Grecs. Vous ferez passer aussitôt au fil de l’épée les habitants de cette ville, et vous la détruirez avec tout ce qui s’y rencontrera jusqu'aux bêtes, [Sacy, Bible, Deutéron. XIII, 15]

2) Par extension, ruiner, anéantir. Les barbares ont détruit l’empire romain. Le temps détruit tout. Le débordement détruisit la récolte. Détruire les animaux nuisibles. Les Russes ne l’attendirent pas, ils décampèrent et se retirèrent vers le Borysthène, gâtant tous les chemins, et détruisant tout sur leur route pour retarder au moins les Suédois, [Voltaire, Charles XII, 4]

3) Absolument. Gengis-khan, que le ciel envoya pour détruire, Vient toujours implacable, [Voltaire, Orphel. I, 3]

4) Fig. N’eût-ce pas été, à force de vouloir établir la religion, la détruire par les fondements ? [Bossuet, Hist. II, 13]

5) Perdre, en parlant des personnes auxquelles on enlève la vie, la fortune, le pouvoir, l’amour, l’amitié, etc. Le pauvre tu détruis, la veuve et l'orphelin, [Régnier, Sat. X]

6) Détruire quelqu’un dans l’esprit d’un autre, l’y décréditer entièrement. Je vous fais un présent capable de me nuire ; Chez vous Quintilien s’en va tous nous détruire, Car enfin qui le suit ? qui de nous aujourd’hui S’égale aux anciens tant estimés chez lui ? [La Fontaine, Poésies mêlées, LXX (à Huet, en lui envoyant un Quintilien)]

7) Se détruire, v. réfl. Tomber en ruine. Ces bâtiments se détruisent tous les jours.

8) Être en opposition les unes avec les autres, en parlant des choses qui se combattent. Comme on voit tous ses vœux l’un l’autre se détruire ! [Racine, Phèd. I, 3]

9) Se donner la mort l’un à l’autre. Ils [les hommes] ont depuis enchéri de siècle en siècle sur la manière de se détruire réciproquement, [La Bruyère, X.]

10) Se donner la mort à soi-même. Ce malheureux s'est détruit.

11) Se nuire l’un à l’autre, en se discréditant réciproquement, en se rendant de mauvais offices. Messieurs les courtisans, cessez de vous détruire ; Faites, si vous pouvez, votre cour sans vous nuire, [La Fontaine, Fabl. VIII, 3]

12) Se nuire à soi-même. Soyez persuadée, ma très chère, que M. de Grignan se soutiendra toujours très bien, pourvu qu’il ne se détruise pas lui-même, [Sévigné, Lett. 13 nov. 1673]

Etymologie : Provenç. et espagn. destruir ; ital. distruggere ; du latin destruere, de la préposition de, et struere, bâtir (voy. STRUCTURE). Destruit [détruisit] est régulièrement formé du prétérit latin destruxit, avec l’accent sur tru.

En bref, si vous vous avez la flemme de vous taper tout ça même si c’est probablement déjà trop tard détruire à la base c’est débâtir.

Donc à la limite ça pourrait se faire en douceur. Mais en général non.

Eternité. Immortalité.

Dans ce pays les hommes ne rêvaient pas d’être immortels mais de crever en un violent orage qui couvrirait pendant trois jours le désert d’herbe rase.

Une éternité dure trois jours.

Je respire. Arbre. Un jour, une nuit. Printemps été automne hiver. Printemps automne hiver été. Printemps. Premier temps. Deuxième temps. Valse. Envoyer valser le temps. Printemps, printemps, printemps, printemps, à l’infini. Canons. Fugues.

You can’t catch my ghost.

Les voeux sont annulés, l’été brille incompris, les chemins sont déserts et l’eau attend, mais d’où cette joie à me lever et partir, à me coucher et partir ? A aimer, et partir ?

Lorsque tu auras bien oublié Belle Malconnue lorsque tu ne verras plus. Lorsque tu auras bien oublié votre longue maison aux pièces immenses et longues où flottaient ces odeurs de bois et de cannelle. Lorsque tu auras bien oublié nos nuits de limon sanglant côte à côte et tes pleurs ta peur de la lumière et des autres ta peur de perdre quoi ta peur de me dire ta peur de quitter ta peur de moi ta peur de me. Lorsque tu auras bien oublié l’oiseau qui chantait la nuit à notre fenêtre à la fenêtre de ta chambre de ta maison longue aux pièces immenses et belles sombres et les miroirs du mensonge comme des âmes arrêtées mais vivantes en corps. Lorsque tu auras oublié bien oublié la course de tes camarades leurs angoisses et leurs conquêtes exquises fuites bien organisées départs morts-nés pendant que moi je partais pour ici. Lorsque tu auras bien oublié le goût des nuits dorées dans le lit rouge aux grands draps lisses et chauds et les bruits effrayés oui au fond effrayés que font tes parents et tes frères le matin en se levant parce que c’est l’heure en corps. Lorsque tu auras bien oublié les plis indéchiffrables de nos vêtements emmêlés dans l’espace et l’odeur de nos corps momentanément alliés lorsque tu auras bien oublié le bois des miroirs le bois du sol la fenêtre et le vide les parfums inconnus. Lorsque tu auras bien oublié mes mains qui protégeaient tes yeux et les concours merveilleux de circonstances en jeunesse d’aube séminale lorsque tu auras bien oublié tous ceux qui te prenaient avant et après moi. Tous ceux qui te laissaient. Tous ceux qui t’espéraient livrée. La lumière de la lune pleine ou vide qui découvrait notre refuge invariable en faisant semblant c’est la première fois (c’est le présent) crevant nos rêves trop sages et la tristesse. Lorsque tu auras bien oublié nos gestes premiers miraculeux sept fois en un jour et l’accord de nos corps dans l’ombre et le désaccord de nos rêves dans la lumière. Lorsque tu auras oublié que je suis inconnu et incomplet là-bas et maintenant ici. Que je n’existe pas. Lorsque tu auras bien oublié mes rares mots et mes gestes amoureux. Toi et le Monde. Lorsque tu auras bien oublié ma voix manse et lourde et maladroite et mes gestes sûrs. Lorsque tu auras bien oublié que j’hésitais à te laisser t’abandonner rester t’emmener t’inviter t’oublier. Lorsque tu auras bien oublié mon amour où seras-tu ? Où sera la lune et son voyage ? Où sera l’oiseau immortel ?

Mortels éternels dans les chemins.

Il n’y a pas beaucoup d’immortalité. Si tu atteins la vie étrange, c’est déjà beaucoup.

Frédéric Nitch : L’homme a besoin de son pire pour atteindre son meilleur ou quelque chose comme ça.

C’est bien parti.

29 juillet. Corn Flakes. Je ne sais pas combien de temps je pourrai garder cette feuille et ce crayon sur

 

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