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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 07:23
(Très brève) - 15. Modestie

15. Modestie

103.0°E Gorizont 31 (incl. 4.3°) 020927 96.5°E Gorizont 28 (incl. 5.8°) 010417 95.0°E NSS 6 030608

Il mit plusieurs semaines à comprendre ce qu’elle avait voulu dire. Impossible de cogiter. Le printemps faisait des ravages au deuxième étage et ça finissait en crises et bouclage des portes trois-dix fois par jour. On aurait eu le temps de réfléchir mais on n’avait pas celui d’agir. Or l’action précède la réflexion. De plus la poésie ne rythmera plus l’action. Elle sera en avant. Et enfin l’homme qui ne voit qu’une source ne connaît qu’un orage. Les chances en lui sont contrariées. Par conséquent j’adopte une position entre l’aptitude et l’inaptitude ; mais qui tient le juste milieu entre l’aptitude et l’inaptitude ne saisit qu’une vérité apparente et n’échappe pas encore aux embarras du monde. Qui prend pour véhicules le Tao et sa vertu pour s’ébattre librement est au-dessus de tout cela. Il vit en dehors de l’éloge et du blâme ; il s’étend comme le dragon, se replie comme le serpent, il se transforme selon le cours du temps et ne s’obstine dans aucun parti pris ; il s’élève ou s’abaisse selon l’harmonie universelle ; il s’ébat auprès de l’ancêtre des êtres : être être mais non être sur être ; qui pourra entraver sa liberté ? Telle est la loi de Cheng-nong et du Souverain Jaune.

Pendant l’un des rares moments d’accalmie Thomas vérifia que sa porte n’était pas fermée de l’extérieur et sortit dans le hall.

Il était onze heure du  matin à l’horloge du pays officiel.

D’habitude c’était l’heure de la deuxième crise. Mais le bâtiment était réellement très calme ce matin. Depuis plusieurs minutes on n’entendait plus la Sainte et le type du premier étage qui cognait toujours son crâne contre les cloisons fêlées entre onze et douze en mémoire d’on ne savait plus trop quel carnage avait arrêté depuis quelque temps. Certains disaient qu’une cloison avait fini par céder et qu’il s’était évadé en défonçant la grille du parc d’un dernier coup de tête. D’autres que dans son élan en explosant le mur de sa chambre il était tombé en paix dans les rosiers en fleurs et qu’il était resté là, au milieu du parterre si l’on osait dire, de l’autre côté de l’asile, exposé aux morsures des corbeaux, des vautours et des dieux. Thomas aurait préféré même s’il ne connaissait pas le type qu’il finisse parmi les grands rosiers sauvages au fond du parc. Un peu d’intimité dans la mort, c’était quand même le minimum.

« Hé ? Ohé ? » fit Thomas, sur ses gardes.

Une porte s’ouvrit prestement à l’autre bout du deuxième étage et Laura apparut dans toute sa splendeur et une superbe robe courte décolletée blanche à fleurs roses. Elle lui fit joli signe d’approcher.

Tout le deuxième étage était sagement réuni dans cette chambre (l’équipe soignante exceptée). Et tous les regards – émerveillés – étaient tournés vers Thomas. Quelqu’un s’aventura même à chuchoter pour que les autres se concentrent bien : « Le voilà ! c’est lui notre héros ! »

« Mais qu’est-ce que vous faites ? » demanda Thomas, légèrement anxieux.

« On t’attendait », dit Philippe, incapable de se retenir plus longtemps.

« Chut », fit Laura. « Il faut le laisser se concentrer. 

- Je ne vois pas pourquoi je devrais me concentrer », protesta Thomas mollement mais Laura l’avait déjà fait asseoir au milieu de la chambre sur la seule chaise en vue. Tous les autres étaient assis sur le lit ou le lino jaune rayé. Laura était debout, magnifique, ses cuisses finement musclées et légèrement bronzées orientant tout l’espace.

« Moi je veux bien une petite séance de délire à voix basse mais où sont les infirmiers ? » demanda Thomas d’un ton conciliant.

« Réunion syndicale », répondirent tous en chœur sauf Laura.

« N’essaie pas de changer de sujet », le prévint-elle doucement. « Tais-toi et regarde. »

Il y eut un moment de silence parfait.

Thomas regardait les autres. Les autres regardaient Thomas.

Thomas regardait Laura. Laura regardait Thomas.

Laura regardait les autres. Les autres regardaient les cuisses de Laura.

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