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19 juillet 2017 3 19 /07 /juillet /2017 17:00
Peinture Albertine Trichon, roseaux et encre de Chine, juillet 2017

Peinture Albertine Trichon, roseaux et encre de Chine, juillet 2017

Il y avait la fois où encore enfant en cherchant à fuir quelque chose il s’était jeté la tête à toute volée contre une barre de fer fixée à hauteur de visage derrière une branche, dans un parc qu’il n’arrivait plus trop à localiser, genre château de Versailles, et le goût de ses dents brisées quand il avait repris connaissance.

Il y avait
 
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Il y avait le parfum de la première fille qui l’avait embrassé, le parfum de la première fille qui lui avait fait l’amour, le parfum d’une fille qu’il avait aimée et qu’il n’avait jamais touchée,

Il y avait ODBC Database support.

Il y avait l’odeur du premier ordinateur cramé qu’il avait ouvert avec un minuscule tournevis pour comprendre ce qui se passait.

Il y avait l’odeur des bois, des fougères et de la terre quand il pleut en été, l’odeur des grands feux de branchages quand il avait sept ans, une fumée qui vous prenait aux sinus et qui couvrait la forêt blessée d’un voile de nausée et d’ennui, il y avait les mille sentiers dans les collines du Luberon, avec leur poussière, parfois l’empreinte mystérieuse d’un serpent ou d’un renard depuis longtemps disparus.

Il y avait SCL Real Time Engine.

Il y avait le rêve de la montagne familière soudainement réapparue, immense au sud des immeubles, il y avait les longs samedis après-midi de pluie à la recherche des copains dans les cours d’immeubles désertées inondées, les poursuites dans les cages d’escaliers plongées dans l’obscurité et les ascenseurs fous dans une belle résidence dans un beau quartier dans une belle ville de merde, oui ça devait être Versailles, et puis les doigts hilares des gamins tâtonnant à la recherche des interrupteurs et les courses furtives sur les grandes pelouses interdites et la légende du fusil du gardien.

Il y avait la cabane suspendue dans un if, et la cabane perchée au bord d’un mur de soutènement, et la cabane cachée dans un immense bosquet de houx.

Il y avait une maison et une rivière dans une vallée et tout ça bien fourré dans la brume.

Il y avait SCL Compiler.

Il y avait son premier amour, quand il avait huit ans, une petite fille qui en avait d’abord pincé pour un autre garçon et qui lui disait qu’il avait l’air d’un monstre dans un grand chalet perdu dans une tempête de neige.

Il y avait HS601HP Compilation Lab.

Il y avait la fois où il s’était enfui de chez ses parents pour aller rejoindre les indiens d’Amérique avec un copain qui voulait rejoindre les cowboys, et ils avaient été rattrapés par la police et les voisins.

Il y avait les ombres qui couraient sur les arbres en cercle autour de lui, la nuit où il était redescendu seul d’une montagne en passant par une forêt, en éclairant son chemin avec une torche.

Il y avait

 

Il y avait l’aigle qui planait au-dessus d’un sommet et Thomas adolescent qui comprenait qu’il était libre lui aussi de s’envoler et de partir où il voulait maintenant et plus tard à chaque instant, si tu restes c’est que tu veux rester, alors tu n’as pas le droit de te plaindre.

Il y avait l’odeur âcre des freins mouillés du RER au printemps quand on comprenait qu’on pourrait bientôt sortir sans manteau malgré la pluie.

Il y avait στεγάσαι φρενὸς ἔλλοπος εἴσω.

Il y avait le jour où il était resté trois heures parfaitement immobile et muet debout sur une borne sur le parvis de Notre-Dame à regarder la Préfecture de police, les pigeons, le bitume et les touristes en pensant à des phrases qu’il avait retenues par cœur et quand il avait recommencé à bouger il pouvait à peine marcher.

Il y avait le Global Area Strike System.

Il y avait la nuit d’été (bassin d’Arcachon => on fait quoi cette nuit ?) où il avait suivi à pied cette jolie fille de seize ans lèvres humides qui lui avait jeté un regard amusé avant de lui tirer la langue et de foncer en maillot de bain sur une 250 cm₃ vers une fête lointaine. Il l’avait retrouvée assise sur une plage dans un village sans éclairage public et il avait réussi malgré ou grâce à trois Adelscott à l’embrasser pendant qu’elle riait avant de se faire défoncer le portrait par la bande du copain jaloux. Alors Liliane l’avait relevé et ramené à moto dans une maison vide et lui avait servi du miel clair pendant trois jours et quatre nuits en échange d’une réparation d’ordinateur et de récitations de poèmes romantiques sous la véranda à la tombée de la nuit du genre de some are born to sweet delight, some are born to endless night.

Il y avait 1 20925S 90094 C 90309.49691663 .15089804 60810-4 32486-3 0 110/2 20925 51.6587 261.4830 0000922 255.5607 105.1049 16.46899992 316.

Il y avait ce train blanc qui n’en finissait pas de défiler devant ses yeux, le long d’une vallée encaissée avec des dessins anciens au pied des falaises.

Il y avait ces deux gosses de quinze ans qui remontaient un fusil d’assaut sur un banc sous un réverbère au pied d’un long immeuble de huit étages et des maisons sur le toit de Sofia pendant l’été un neuf neuf huit.

Il y avait deux serpents enroulés sous une bûche au fin fond d’une prairie en Bourgogne pendant l’été un neuf huit neuf.

Il y avait ces chaînes de chiffres qui filaient devant ses yeux un million fois par exemp010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110010010101010100100010111010100101011101011110100100000101111110.

Il y avait un grand éclair qui durait.

Il y avait le rêve d’une écorce de pin-labyrinthe où il déchiffrait l’or vif d’une résine muette.

Il y avait le froid.

Il y avait le silence à bord d’un voilier au centre exact d’une tempête.

Il y avait le froid sur ses avant-bras appuyés sur la table réfractaire de la salle zéro neuf le jour où il avait reçu son premier dix-neuf sur vingt en physique et le sourire la prof qui lui disait : « Comment tu as fait, Tom ? Il y a un mois tu avais 6/20. Et je sais que tu n’as pas triché. Comment tu as fait ?

- J’ai recopié mon manuel pendant les vacances, madame. »

Il y avait la sueur sur ses avant-bras une nuit d’été assis devant les aveuglants rectangles de trois écrans plasma depuis des heures et l’impression que le monde réduit à x(t) y(t) z(t) s’était éteint pour toujours entretemps.

Il y avait le regard magique gravé sur sa rétine d’une fillette brésilienne au campement de la fazenda Cuiaba du sertao de Xingo sur les rives du fleuve Sao Francisco.

Il y avait le corps affolant de Laura sous la douche poussée à 30°C.

Il y avait le jour où devant le QG de l’Etat-major il avait reçu tous ces coups et où il avait senti sa tête imploser.

Et il y avait maintenant, entre les murs de cette prison qui disparaissait chaque jour, chaque nuit, dans un brouillard fiévreux traversé de cauchemars, d’étouffements et là-bas d’ombres pénardes comme la fois où il luttait contre le courant à deux-cents mètres de la digue et il voyait les rayons du soleil plonger et danser au-dessous de lui dans les profondeurs radioactives et presque infinies de la Méditerranée.

Et des cascades de souvenirs comme ça chaque jour pendant trois semaines.

Alors oui, ça faisait beaucoup de choses pour des journées d’oiseau. Mais ça ne faisait pas beaucoup de choses quand c’était tout ce qui restait d’une vie d’homme.

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