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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 17:39
Notes perdues (2)

 

14 janv. 2011

Danken ist: Gehören lassen

eines jeden in sein Eigentum

doch Lassen - wie?

das Lassen ist zu innerst?

Remercier c'est: laisser chacun

écouter ce qui lui est propre

et lui appartenir

mais laisser - comment?

Laisser est le plus intime?

Laisser être est le mouvement le plus intime.

 

20 janv.

Réinventer le monde depuis les rivières, les arbres et les fleurs. L'Arboretum avec Ali et sa maman. Restés longtemps sous le séquoia cassé, sous les branches, dans la lumière.

Karachi. Où l'on retrouve ce cher Galy-Dejean, bon soldat du nucléaire civil et militaire, en train de de déposer "quatre sacs bourrés de quelque 20.000 billets de 500 et de 100 francs déposés dans une agence du Crédit du nord le 26 avril 1995."

6 avenue Zola, 4ème étage.

 

1er fév.

La chance d'avoir fait l'amour, la toute première fois, avec une jeune pute amoureuse.

La bouleversante beauté de F., habillée, nue, dormant, jouissant.

Le regard, les mains, les pieds d'Ali. Ses poings repliés sur sa poitrine lorqu'il a froid, lorsque la nuit tombe et que la lumière faiblit, lorsqu'il veut qu'on le serre dans nos bras. Ses orteils en éventail, le pouce replié, lorsqu'il a chaud et qu'il a bien mangé. Son regard attentif vers la lumière du vasistas au-dessus de lui, lorsqu'on le baigne.

Les révoltes d'Afrique. La france ridicule (gouvernement, médias, intellectuels de télévision). Double double langage. "Savoir-faire reconnu."

La surprise et la joie de Marco lorsque je débarque en plein cours de badminton (il m'a dit une fois qu'il lui arrivait de s'y ennuyer faute de joueurs sérieux). Il me bat trois fois sur quatre. La force de sa main quand il serre la mienne, soudain.

Wir leben in der Nacht

und sehen nicht die Sterne,

weil ungewohnt der Pracht

aus Nähe naher Ferne.

Incapable de traduire: aus Nähe naher Ferne.

 

Marco me fait écouter sa chanson de pirate de l'espace préférée sur internet:

"il était un songe dans le futur

rêvant d'espace et d'infini

brodé d'une dorure

où le temps un instant

nous livre ses prophéties

où toutes les joies

et même les douleurs

sont enchaînées aux larmes de nos coeurs

les paroles disent que

l'amour de la vie

n'est plus jamais une utopie

si l'ombre s'empare de ton âme

il y a fait naître un sourire

toutes ces lois qui nous damnent

ne sont pas retranscrites

dans le livre de la vie

il faut le conserver dans ta mémoire

mais si tu le perds par hasard

il existe une clef

au fond de tes pensées

guidé par la liberté

il n'y aura pas toutes les réponses

quelles que soient tes amours

dans les cieux

les enfants sont chance

d'un monde plus heureux

il ne faut pas

suivre tous ces vieux

si l'ombre s'empare de ton âme

il y a fait naître un sourire

toutes ces lois qui nous damnent

ne sont pas retranscrites

dans le livre de la vie"

 

Je regarde un documentaire sur Barbe Noire avec Marco. Un historien américain: "Barbe Noire est l'archétype du pirate sanguinaire dans la mémoire collective. Une sorte de monstre surnommé le Diable des mers. En commençant notre enquête historique on s'attendait à documenter le parcours d'un homme cruel et terrifiant, d'une sorte de barbare. Or quand on lit le récit de ses prises par ses adversaires vaincus, on s'aperçoit qu'il ne tuait jamais personne. Il ne prenait pas toute la cargaison. Parfois même, il échangeait des cargaisons ou de petits bateaux."

 

12 février

L'homme épuisé qui feuillette un catalogue de jouets de Noël dans le métro. Ses chaussures trouées. Taches discrètes sur ses vêtements. Impression générale d'un homme à quelques années de mourir. Je parle un peu avec lui. Il a trente-cinq ans. Un fils de sept ans.

Rencontre d'un biochimiste indien et de toute sa famille par hasard dans le RER. Lui en élégant costume gris, le visage en grande partie masqué par une épaisse cagoule bordeaux. Cinq ou six enfants de sept à dix-sept ans. Longue discussion intéressante sur la biophotonique. Nous échangeons nos mails. Il porte le nom d'un célèbre chanteur indien: Ajoy Chakrabarty.

 

30 mars

Dettes de tous côtés, huissiers, amendes, saisies sur compte, dossiers invraisemblables, questionnaires absurdes, voiture enlevée dans la rue et mise à la fourrière un jour de vide-grenier.

Presque chaque jour, selon les gens, malentendus énormes, ignorance volontaire, peur de la dépossession, angoisse dévorante. Moi de plus en plus sourd face à tout ça, de plus en plus ours et fauve. Ne décroche presque plus le téléphone. Préfère que tout se passe par courrier, ou pas.

Les amies décevantes. Le temps qu'elles massacrent. L'amputation méthodique de tout ce qui est possible et désirable dans la conversation.

Recherche absurde d'un nouveau travail supplémentaire et d'une petite chambre dans les environs après l'appartement sous les toits devenu trop cher et inutile. Moi seul peux m'y sentir vraiment bien tout le temps (14° l'hiver à moins de pousser le chauffage électrique à fond) avec trois pulls, deux paires de chaussettes et un bonnet. Et financièrement je ne peux plus me le permettre.

Vie toujours plus simple. La joie d'avoir à manger une fois par jour. La joie de dormir six heures par nuit. Un petit luxe: la joie de boire de l'eau minérale. Parfois un petit vin à deux euros.

Pas question de plier. Pas question d'abandonner les quatre ou cinq personnes que j'aime.

Donc trouver un autre endroit.

 

7 septembre 2011

Quitté le 104 rue Boucicaut aujourd'hui. Deux belles dernières nuits sous le toit. Il faudrait toujours dormir et même vivre directement sous un toit pour entendre la pluie, le vent ou le silence.

Rue des Rosiers. Librairie sur trois étages dans un ancien atelier rue Pavée. Cigarettes. Tendresse très sage. Assis sur le sol. "Bon, est-ce que tu sais cuisiner?"

Relecture des Falaises de marbre. Jünger captivant puis écoeurant. "Le magnifique sentiment d'être en sécurité dans l'ardeur du danger." J'ouvre la correspondance de guerre de Jünger dans la Pléïade boulevard Saint-Michel. Quelques pages de 1940. Dégoût.

 

"Qu'est-ce que tu deviens?

- ...

- Tu continues à écrire?

- ... "

 

Le type "qui a des problèmes" et qui me guide à travers une ville de banlieue dévastée. Gentil, misérable, chômeur, joyeux sans excès. Quand il est sûr que je vais retrouver mon chemin après m'avoir accompagné sur plus de quatre kilomètres, il me dit "au revoir" le regard plein d'espoir et repart en courant en sens inverse malgré son problème d'équilibre. Je reste figé pendant une bonne minute en le regardant s'éloigner sur le boulevard désert bordé de boutiques minables pour la plupart à l'abandon.

 

11 septembre 2011

Vu un autocollant sur la vitre arrière d'une voiture dans un embouteillage: "Amour pour tous. Haine pour personne." Quelques mètres plus loin, en avançant toujours parechoc contre parechoc: "Live and die on the beach."

 

11 oct.

I. me guide dans le noir en me tenant par la main. Amitié amoureuse immédiate.

Recroisé par hasard N.

"Et tu as toujours des enfants?"

 

18 oct.

"Puis, comme si souvent par le passé (mais à la différence que cette fois j'emportais avec moi le vieux sac à dos prêt depuis tant d'années), je m'enfonçai dans la brume du parc."

E. que je connais à peine rencontrée dans la rue, comme souvent depuis quelques mois. Elle marche lentement devant moi avec ses collègues sous la pluie et les arbres, un parapluie à la main. Je la reconnais à sa chevelure magnifique. Je ne pensais pas qu'elle m'avait vu mais elle s'écarte pour me laisser passer devant elles et me sourit et dit bonjour. Je ne le montre pas mais après quatre jours passés à écrire sans sortir de chez moi je suis ému d'exister encore pour quelqu'un, et surtout pour elle.

 

1er nov.

Beauté d'Ali.

"Ta." En montrant une chose.

"N'tete." En se séparant d'une chose.

"Bonjour, c'est Teddy." Ma voix enjouée la plus grosse possible. Son rire immédiat en regardant l'ours bouger la tête.

 

17 nov.

Ancien atelier de Vitry transformé en maison, au milieu des hangars. Bohème.

 

5 décembre

Ali marche. C'est F. qui me l'a finalement dit au téléphone. Il y a trois semaines, je lui ai fait faire le tour de la petite place derrière le palais des papes quand j'étais là-bas, en le tenant par les deux mains. Il était ravi. Trois semaines plus tard, je ne l'ai pas vu faire ses premiers pas seul.

La première question qu'il a comprise et à laquelle il répond en montrant avec son doigt: "Où est la lumière, Ali?"

Le premier mot: "Bas!" pour "Là-bas!"

Marco, dans sa lettre à "cher papa Noël", lui demande de l'emmener "vivre des aventures dans la nature avec papa" et "retourner en Amérique avec maman."

Avalanche time. Les clones du président.

Demandé F. en mariage. Pas de réponse. Bonne réponse.

La rudesse de ma concierge, madame Patience, avec mes colocataires de l'immeuble mal fréquenté que j'habite rue Marx Dormoy. Sa gentillesse avec moi. "Vous venez d'arriver, je ne vais pas vous faire payer la mise à jour de votre passe." Elle embrasse Marco qui ne se laisse embrasser par personne. Cinquante ans. Camerounaise. Regarde des séries toute la journée sur internet. Héroïque. Patiente tout en se donnant l'air du contraire.

Quelques dettes réglées. Mille quatre cents euros d'impôt sur le revenu, avec 18 mois de retard.

Vivre seul n'est pas difficile. C'est vivre sans enfants.

Revendu le Glock d'I. K. au noir. Je me suis dit que ça devait faire partie du jeu. A ce moment du jeu. Autant dire hors-jeu.

Plus léger, plus fluide, plus détendu. Redevenu physiquement aussi chinois que je l'étais à seize ans. Dors plus. Mange encore moins et encore mieux. Respiration, exercices. Petits vices pour rester mortel.

Accident sur une route du sud, de nuit. Une vieil homme me refuse la priorité sur une départementale. Je freine à temps mais impossible d'échapper à la voiture derrière dont le conducteur est bourré. Une égratignure sur la voiture. Un miracle. Il y a deux ans j'aurais eu le réflexe d'éviter à droite en m'engouffrant dans la petite route quitte à frôler l'aile arrière gauche du vieux. Je suis redevenu un bleu. Ali et sa maman ont eu peur.

 

13 décembre

Quelque chose s'est débloqué dans ma respiration la semaine dernière. Un beau rêve, l'impression que mon sternum craque vers l'extérieur et, au réveil, l'étonnante réalité de cette impression. Je peux gonfler mes poumons à bloc à volonté. Depuis mon enfance, j'en étais le plus souvent incapable. J'attendais: "Oui? Non? Non. Ah, si." Maintenant à volonté. Corps nouveau. Bonheur enfantin caché dans tous les gestes.

Dans les journaux, la Grèce.

"Tu ne sais pas ce qui t'attend demain au réveil."

"Les gens veulent se mettre en conformité avec la loi, mais nous, nous ne savons pas quoi leur dire, nous n'avons pas le détail des mesures."

"Un homme a dû payer 200€ et présenter 13 documents et pièces d'identité pour renouveler son permis de conduire."

"On coupe les salaires des employés du secteur public, alors ils ne travaillent plus. Quand tu appelles la police pour lui signaler quelque chose qui t'arrive, elle te répond: 'C'est ton problèm, débrouille-toi!'"

"Augmentation de la violence intrafamiliale, des vols, des homicides."

"Les cas de violence intrafamiliale ont triplé."

Salaires diminués de 35 à 40%."

"Créations d'impôts perpétuelles."

"Première tranche d'impôt sur le revenu à 2000 euros par an."

"Taxe foncière de 0,5 à 20 euros par mètre carré reportée sur la facture d'électricité et payable en deux ou trois fois sous menace d'une coupure de courant et de pénalités."

"Début novembre, ni les retraités ni les salariés ne savaient ce qu'ils toucheraient à la fin du mois."

"Mise à la retraite après 33 ans de service avec 60% de leur salaire, et 600€ maximum pour les 'réservistes', en plus d'une interdiction d'occuper un emploi rénuméré."

"Je ne paie plus mes factures, je réduis mes achats, les magasins ferment, le chômage augmente."

"Budgets coupés de 40% dans les hôpitaux."

"Mon père souffre de la maladie de Parkinson, ses médicaments coûtent 500€ par mois. La pharmacie lui a fait savoir qu'elle ne pourra bientôt plus les lui délivrer parce que l'assurance ne paie pas."

"Augmentation spectaculaire du nombre de suicides, +25 à + 40%."

"Hausse importante de la prostitution, ainsi que des contaminations par le virus du sida et des autres MST."

"Autrefois les sans-abris étaient plutôt des alcooliques, des toxicomanes et des malades mentaux. Maintenant, les sans-abris risque davantage d'être des individus ou des familles de la classe moyenne, des jeunes et des personnes modérément pauvres."

"Une crise barbare."

"Dans plusieurs villes (Volos, Patras, Heraklion, Athènes, Corfou, Salonique) des communautés ont mis en place une économie parallèle en inventant des systèmes locaux d'échange. Ces initiatives ne sont pas à la hauteur de l'enjeu."

"Maintenant tout s'effondre."

"Une population foncièrement incapable d'instaurer une communauté politique."

 

12 janvier 2012

"Une petite connaissance ne saurait être comparable à une grande; une courte vie ne saurait être comparable à une longue existence."

 

7 février

Beau livre de L. sur Nabokov. L'enchanteur. Ses sensations à elle, ses citations à lui: "Je compris que le monde n'était pas du tout une lutte, n'était pas des successions de hasards rapaces, mais une joie papillotante, une émotion de félicité, un cadeau que nous ne savons pas apprécier."

 

9 février

"Un signe clair et convaincant de la survivance de son être derrière le voile du temps, derrière la chair de l'espace."

 

17 février

Ecrire seul.

La prise de Taris, par TS.

Le peu de gens qui se sentent réellement heureux de vivre. La joie infinie qu'ils procurent, soudain.

Le slogan d'un fast food libanais où je vais parfois prendre un kefta et une bière: "Ancestral. Saint. Equilibré."

Presque toujours en train de vivre dans l'instant. Le reste ne m'intéresse pas. Malentendus absurdes. Invivable.

 

27 février

Obligé d'utiliser des techniques ancestrales chinoises pour désarmer une femme. La comédie peut tuer.

J'ai appris au petit à imiter le rugissement du lion. Il le fait dès qu'il voit un chien, un cheval, un rouge-gorge ou la trotteuse d'une horloge.

Le plaisir de libérer peu à peu, une heure et demie durant, un châtaignier d'un pied de lierre gros comme la cuisse d'un homme.

 

 

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Published by riverrun
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