Pendant que la guerre ravageait les royaumes, quatre ermites taoïstes impuissants dans le monde mais réputés pour leur sagesse s'étaient retirés sur les hauteurs du mont Tan et soignaient les gens de passage.
Ils se retrouvèrent un jour au pied de la cascade où ils venaient puiser l'eau, pour discuter d'une affaire importante.
Le premier, Petite-sagesse, dit: "J'ai certainement atteint la plénitude. Je ne descends plus dans les villages. Je me contente de peu, je n'ai qu'un vêtement, celui que je porte, et je n'ai presque plus besoin de manger. J'ai tellement peu de choses dans ma cabane que même les mites n'habitent plus chez moi."
Un autre, Sagesse-inférieure, dit: "Je n'ai pas encore atteint une telle sagesse, car je mange encore des céréales et j'ai encore un peu de vin caché sous mon lit, mais j'aurai bientôt si peu de choses dans ma hutte que même les mites ne resteront plus chez moi."
Un troisième, Grande-sagesse, dit: "Les mites n'habitaient plus chez moi, puis elles sont revenues. J'ignore pourquoi, car je n'avais moi aussi que le vêtement que je portais, et je ne me nourrissais plus que d'air et de rosée. J'ai cherché partout dans ma cabane s'il restait un seul grain de riz quelque part, mais en vain. Puis les mites ont à nouveau disparu. Je fais maintenant comme s'il n'y avait jamais eu de mites dans tout l'univers. Et même si elles revenaient dans ma cabane, pourquoi me dérangeraient-elles?"
Le quatrième, Sagesse-profonde, parla le dernier: "Quant à moi je fais tout comme vous trois, car je vois bien que vous êtes plus sages que moi. Parfois j'ai un vêtement, parfois j'en vole un deuxième dans un village pour laver le premier, puis je rends le moins bon, parfois je n'en ai plus, parfois je vole du riz, parfois je ne mange rien, et il faudra que Sagesse-inférieure me dise où il trouve son vin, car il était fort bon. Mais je vous en supplie, dites-moi: qu'est-ce que des mites?"
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